Lundi, 18 Juin 2018
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Yaoundé-Washington : vérités et faux-débats

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Le landerneau politico-médiatique camerounais bruit depuis une semaine d’un ping-pong « diplomatique » entre le Cameroun et les Etats-Unis.

Par Georges Alain Boyomo

Tout est parti du communiqué de l’ambassadeur de l’oncle Sam à Yaoundé, suite à une audience que lui a accordée le chef de l’Etat, Paul Biya. Peter Henry Barlerin s’en prend à l’armée camerounaise, accusée d’« assassinats ciblés » dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, et invite le président Biya à passer la main, en s’inspirant de Nelson Mandela, qui s’est volontairement retiré après un mandat à la tête de l’Afrique du Sud, et George Washington, l’un des fondateurs des Etats-Unis et parangon de la limitation des man-
dats. La riposte officielle du gouvernement camerounais est signée du ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, qui a convoqué l’ambassadeur américain afin de lui signifier le courroux du Cameroun.

Ce n’est pas la première fois que le président de la République reçoit un ambassadeur américain en
audience. Il est même constant qu’il reçoit à une certaine fréquence les ambassadeurs de certaines
puissances étrangères, loin des objectifs des caméras. La question est donc de savoir pourquoi le
plénipotentiaire américain a choisi cette fois-ci de révéler à la presse l’essentiel du contenu, généralement confidentiel, de l’entretien avec Paul Biya, à peine les grilles du palais de l’Unité franchies. Quelle était l’opportunité de jeter un tel pavé dans la mare, avant de prendre son congé, dans un contexte de célébration de l’unité nationale ?

Tout porte à penser qu’il s’est agi pour le gouvernement américain, dont Peter Henry Barlerin
n’est que le porte-voix, de frapper les esprits au Cameroun et dans le concert des nations par rap-
port à l’impasse, aujourd’hui irréfutable, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Plus en-
core, ce communiqué pourrait être un message, une mise en bouche avant d’autres actions moins
bavardes, à un niveau plus influent, pour contraindre le pouvoir de Yaoundé d’engager le dialogue politique tant prôné.

A l’observation, Washington ne dissocie pas la solution à la crise anglophone de la question de l’alternance. D’où l’évocation de Nelson Mandela et George Washington, à la veille d’une élection présidentielle pour laquelle la candidature de Paul Biya serait mal perçue par des « censeurs » occidentaux. Qu’on se le tienne pour dit : il n’est pas dans l’intérêt du Cameroun de se brouiller avec les Etats-Unis et vice-versa. Le rôle-pivot du pays dans la stabilisation du golfe de Guinée, considéré comme l’un des plus importants gisements d’hydrocarbures dans le monde, fait que l’oncle Sam ne souhaite pas y perdre pied. Par-delà les considérations d’ordre énergétique, le déploiement militaire des Etats-Unis dans cette zone participe de la préservation de sa propre sécurité intérieure.

D’ailleurs, à lui seul, le gigantisme du siège de l’ambassade de ce pays à Yaoundé coagule tous ces enjeux.
Passé le chassé-croisé entre l’ambassadeur des Etats-Unis et les autorités camerounaises, est-il encore raisonnable de faire l’économie du débat sur l’alternance à la magistrature suprême ? Qu’un pays ami nous fasse cette piqûre de rappel ou non, l’âge et la longévité du chef de l’Etat au pouvoir nous commandent à une réflexion dépassionnée sur le sujet. L’urgence de cette agora est d’autant plus signalée que le Cameroun est en butte à des crises sécuritaires et à une incroyable remontée des replis identitaires, lesquels dessi-
nent à grands traits le diable sur notre mur. Dès lors, l’option de casser le thermomètre pour espérer voir la température baisser n’est assurément ni citoyenne, ni patriotique.

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