Dimanche, 8 December 2019
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Yaoundé: cours d’appel et tribunaux sans maîtres

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Les avocats ont respecté à la lettre le mot d’ordre de grève annoncé le 31 août dernier.
Par Jenner Onana avec Rodrigue Ndzana Bikele et Laetitia Etogo (Stagiaires)

Salle 4 du Tribunal de grande instance à Yaoundé, le 16 septembre, il est environ 14h30. Les sièges des juges sont vides. Ceux habituellement occupés par les avocats aussi. Aux bancs des accusés une dizaine de personnes. Ce sont, apprend-on, des représentants de la partie civile dans un procès qui les opposent à un établissement bancaire de la place. En l’absence de leurs avocats, ces hommes qui se plaignent pour licenciement abusif, sont venus personnellement suivre leur procès. Michelle N. (nom d’emprunt) en fait partie. Assise au troisième banc de la rangée droite, de son indexe de la main droite, elle redresse de temps à autre une tresse rebelle qui lui tape à l’œil. Le regard rivé sur l’écran de son téléphone, elle contrôle l’heure, pour une raison évidente, « je dois aller chercher ma fille à l’école à 15h ». Elle est présente au tribunal depuis 8h, fait-elle savoir. « J’ai appelé, en vain, mon avocat pour avoir l’heure à laquelle se déroule le procès. S’il était là, je ne viendrais pas, je devais vaquer librement à mes occupations. A présent, je suis coincée. Si on met mon procès en délibéré, je dois être au courant ». C’est effectivement vers 14h30, que la présidente du tribunal fait son entrée. Finalement, Michelle N. est contrainte de rester suivre son procès jusqu’à 15h, abandonnant ainsi sa fille à son sort. « C’est vers 16h que je suis allée la chercher, étant donné que le procès a été renvoyé », confie-t-elle au téléphone.
Comme elle, Roger L. est obligé de se battre, en l’absence de son avocat. Il consulte les listes des affaires inscrites au rôle. D’habitude, fait-il savoir, c’est son avocat qui s’en charge.
Dans les salles 2 et 3 du Tribunal de grande instance à Yaoundé, visitées par l’équipe de reportage de Mutations, aucun avocat n’est présent ; tout comme au Tribunal criminel spécial.
Ekounou
Du côté du palais de justice d’Ekounou, aucun avocat n’est visible à l’extérieur comme à l’intérieur du tribunal. Cependant, les procès suivent leur cours normal. Dans la grande salle, présidente du tribunal, greffière d’audience, procureur et son substitut, sont présents. Il est environ 11h. Les prévenus et accusés sont contraints d’assurer personnellement leur défense. « Il n’y a pas les avocats, on se défend seul», fait savoir Joséphine Melingui, une dame accostée à la sortie du tribunal. Pendant cette période de grève, deux options s’offrent à vous, explique un client. « Soit tu t’auto-défends, soit alors tu demandes le renvoi en attendant ton avocat ». Pour quorum non atteint, lors de la session extraordinaire du 15 septembre dernier, les avocats ont mis en exécution leur mot d’ordre de grève. Pour retourner dans les cours les pouvoirs publics doivent davantage faire la cour aux maîtres.

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