Jeudi, 16 Août 2018
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Viol sur mineurs:la cote d’alerte

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Au Cameroun, les cas d’abus sexuels sur mineurs alimentent de plus en plus la rubrique des faits divers. Plus un jour (ou presque) ne passe sans qu’un enfant ne subisse cet acte ignoble. A l’observation, les bourreaux ne sont jamais des personnes venues de loin. Ils se recrutent généralement dans l’entourage le plus immédiat des victimes. Si le viol est aussi vieux que le monde, une espèce de tolérance de la société envers ce crime contribue à le perpétuer.

Une enquête menée par Mélanie Ambombo

Le 24 mars dernier au quartier Kondengui, dans l’arrondissement de Yaoundé IVe, l’un des pasteurs de la «Sainte église du Christ» surprend son fils de 10 ans et sa fille de sept ans en train de s’amouracher. Prise de panique lors de «l’interrogatoire» menée par son géniteur, la fillette dénonce aussitôt Alex Nzié Ewodo comme étant celui qui l’a initiée à la pratique. Celui-ci est le fils «adoptif» de la famille. Après exploitation par les éléments de la brigade de gendarmerie de Kondengui, le bourreau présumé avoue, selon certaines sources, s’être livré à des attouchements sur cette fillette et avoir «légèrement» pénétré son aînée de 14 ans. Moins chanceuses que ces filles de pasteur, deux autres de cinq mois et sept ans dans la ville de Nkongsamba -département du Moungo, région du Littoral – ont trouvé la mort le 09 mars dernier,
après avoir été sodomisées par le cousin de leur père.

Moments aussi troublants pour deux autres jeunes enfants enlevés en 2013 par leur père à la sortie de l’école à Dschang dans le département de la Menoua (région de
l’Ouest). Le garçon de trois ans et sa sœur de 05 ans sont sodomisés et abandonnés dans un état critique par cet étudiant de l’université de la même ville. Des cas de violences sexuelles sur mineurs comme ceux-ci sont légion. Sur la question, le Réseau national des associations de tantines (Renata), qui dit recevoir aux moins trois dénonciations par jour, affirme que depuis janvier 2018, 18 cas ont été portés à leur attention.

«Ce chiffre représente uniquement le nombre de victimes qui ont accepté de se faire enregistrer. Car, les mineurs victimes d’abus sexuels sont plus nombreux», affirme Cathy Aba Fouda, la responsable de la communication et du plaidoyer du Renata. Au Cercle international pour la promotion de la création (Cipcre), une Ong d’obédience chrétienne et de droit camerounais, les chiffres sont plus alarmants. Dans une étude parue il y a quelques années, l’organisation non-gouvernementale (Ong) indiquait qu’entre 2012 et 2014, 379 cas d’abus sexuels sur mineurs ont été dénoncés. La même organisation a affirmé avoir comptabilisé 475 cas entre janvier 2015 et juin 2016. Parmi les victimes, 36 avaient moins de sept ans ; 100, moins de 14 ans ; 109 ont
attrapé une grossesse, 6 ont perdu la vie, 144 ont eu des blessures graves et 49 ont contracté une Mst/Ist.

Impunité
Le phénomène de viol, qui, de 2008 à 2012 aurait connu une baisse de 08 à 05 % grâce aux campagnes de sensibilisation menées sur l’ensemble du territoire a, selon le Renata, repris de plus belle, touchant désormais les filles et les garçons – mais les filles de 0 à 10 ans continuent de payer le plus lourd tribut. «J’avais six ans lorsque le mari de ma mère, un homme très riche, a commencé à abuser de moi. Un soir, maman nous a surpris dans ma chambre et m’a jeté hors de chez elle, convaincue que c’est moi qui avais séduit son mari. Une réunion de famille a été organisée et toute la famille s’en est prise à moi en disant que j’étais une enfant dérangée et mal intentionnée, décidée à détruire la famille», raconte l’une des victimes sous anonymat.

Leur univers est aussi frappé par moment du sceau de l’homosexualité. Et toujours accompagné des chaînes de l’omerta. «J’ai eu mon premier rapport sexuel à l’âge de huit ans et c’était avec ma tante, la sœur cadette de ma mère. Venue d’Europe, elle passait son séjour à la maison. Et tous les jours, j’avais droit à des attouchements et elle introduisait des objets dans mon sexe. J’ai essayé de le dire à ma mère, mais elle ne m’a pas cru. Elle m’interdisait d’en parler», relate un autre témoignage. «Ce phénomène prospère parce que les victimes ne sont pas protégées. Certaines choisissent de se taire par peur de représailles. Et si personne ne dénonce, alors, il règne une sorted’impunité qui ne décourage pas les bourreaux», conclut la
conseillère juridique Viviane Tathi. Toujours selon elle, le phénomène perdure à cause des lenteurs judiciaires. «Les affaires sont toujours renvoyées malgré les preuves. Par ailleurs, les parents portent difficilement plainte. Or, si la famille ne le fait pas, l’action juridique ne peut pas être enclenchée selon la loi».

Psychopathe
D’après l’abbé John William Beyeck, les violeurs de mineurs sont des personnes de deux ordres. Dans un premier niveau, il s’agit de malades, victimes d’un déséquilibre mental. Des personnes qui ont subi des frustrations dans leur entourage, à ne pas beaucoup condamner, mais à accompagner pour devenir de bonnes personnes pour la société. Et dans un deuxième niveau, on a des personnes en plein rituels pour respecter les recommandations de leurs gourous. Pour un psychologue clinicien, ces prédateurs sexuels pourraient avoir eux aussi été victimes de ce genre de sévices. Sur le plan psychotique, on a affaire à des psychopathes.

Des personnes égocentriques qui ne pensent qu’à leur propre satisfaction, dotées d’un caractère sadique et qui prennent plaisir à faire souffrir les autres. La loi a pourtant pris des dispositions pour protéger les mineurs contre tous ces prédateurs sexuels. D’après Me Mang Mayi, les mineurs victimes d’infractions aux bonnes mœurs sont de deux catégories : ceux de moins de 16 ans et ceux de 16 à 21 ans. «Selon la tranche d’âge, la sanction pénale est différente. Au-delà de cette distinction, il y a une première différence qui se fait avant et après l’acte sexuel décrié. Il peut y avoir des violences physiques qui ont précédé l’acte. Ces violences se déclinent en blessures ; il peut y avoir après l’acte, la privation d’un organe de reproduction, tout comme il peut y avoir mort de la victime», explique l’avocat.

Il poursuit en indiquant que la deuxième distinction c’est la nature de l’atteinte aux bonnes mœurs. Il peut s’agir d’attouchements non suivis de rapports sexuels ou d’attouchements suivis de rapports sexuels. Il peut aussi s’agir d’atteinte aux bonnes mœurs par des pratiques homosexuelles, c’est-à-dire, avec un mineur de même sexe. La troisième distinction tient au statut juridique et justifie que la peine soit doublée. Il peut s’agir du lien de filiation ou de parenté ou d’une personne ayant la garde du mineur. Il peut enfin être question d’infractions aux mœurs commises par des ministres du culte sur des fidèles mineurs ou des actes posés par des personnes en bande sur une victime mineure. En fonction des circonstances, la peine peut aller jusqu’à un emprisonnement à vie.

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