Vendredi, 25 Mai 2018
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Un gouvernement, un de plus au Cameroun ?

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Une étude menée par des journalistes camerounais et publiée en 2016 indique que le chef de l’Etat, Paul Biya, est un adepte du jeu de chaises musicales au sein du gouvernement, autrement dit, des remaniements ou des réaménagements ministériels.

Par Georges Alain Boyomo

Avant celui du 2 mars 2018, le président de la République a « usé » 299 ministres et composé 34 équipes différentes, pas moins ! En consultant le site « les gouvernements de Biya.com », on se rend même à l’évidence qu’entre 1980 et 1989, Paul Biya a composé 13 gouvernements différents.

Les profils sont différents et variés au sein des équipes constituées par le chef de l’Etat. On y retrouve aussi bien des hommes et des femmes, les hauts cadres du secteur public et du secteur privé, des enseignants, des ingénieurs, des administrateurs civils, des inspecteurs des impôts, des magistrats, etc. A priori, l’objectif, à chaque fois, est d’impulser une nouvelle dynamique au sein du gouvernement. A voir la rotation des compétences issues de différentes régions du pays, cela plaît absolument. Mais lorsqu’on demande à voir le bilan, l’on est tenté de se retourner et d’écraser une larme !

Qu’est ce qui peut bien expliquer l’abaissement continu du Cameroun alors qu’au sein des gouvernements successifs, on retrouve généralement des têtes bien pleines et bien faites ? La réponse facile serait de dire que les « créatures ont trahi leur créateur. Il n’y a qu’à voir comment celui-ci les envoie en prison pour des faits de corruption et de détournements de deniers publics ». La réplique paresseuse serait de faire croire que seul le chef est bon et que son entourage est mauvais. Une déresponsabilisation en règle !
Posons la question autrement. Pourquoi des pays africains moins gâté en ressources humaines que le Cameroun produisent de meilleurs résultats sur divers plans ? La réponse est sans doute dans le système mis en place par le commandant en chef, pour reprendre une expression propre à l’armée. Si le système est permissif, les membres de l’équipe ne peuvent que prendre des libertés. Cela se voit avec la fortune publique au Cameroun, à cause de l’obstruction manifeste au sujet de la mise en application de la loi sur la déclaration des biens et de l’absence d’un texte sur l’enrichissement illicite.

Si l’organigramme gouvernemental n’est pas clairement défini, et que les hiérarchies se chevauchent, le résultat escompté ne peut être atteint. Le problème se pose au Cameroun, avec la coordination de l’action gouvernementale qui navigue dans des eaux troubles entre les services du Premier ministre et le secrétariat général de la présidence de la République.

Si l’équilibre des pouvoirs est vicié, le résultat ne peut que s’en ressentir. Au Cameroun, tout laisse penser que les pouvoirs législatif et judiciaire sont phagocytés par le pouvoir exécutif, mieux par le chef de l’Etat. Or, comme l’indique Montesquieu dans « L’esprit des lois », « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

Depuis 2010, Paul Biya remanie de moins en moins, nous apprend l’étude citée plus haut. A titre d’exemple, avant le 2 mars 2018, il a remanié le …2 octobre 2015. Est-ce à dire qu’il a pris conscience de ce que seul le turn-over ne suffit pas ? Admet-il désormais que pousser ses ministres comme des pions de « Songo » n’est pas la condition suffisante pour parvenir à l’émergence du Cameroun ? En tout état de cause, lorsque le système est organisé, même des acteurs moyens peuvent assurer ; lorsqu’il est mauvais, même les génies peinent à s’en sortir. C’est cela le mal camerounais.

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