Jeudi, 17 Octobre 2019
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Ulcère de buruli:Le chemin de croix des patients

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Malgré des  guérisons  à l’hôpital, l’aspect mystique de la pathologie continue de hanter nombre de malades qui oscillent entre la médecine moderne et les tradipraticiens dans un contexte dominé par le manque de ressources matérielles, financières et humaines.

Par Adrienne Engono Moussang, de retour d’Akonolinga

La ville est bien réputée pour son « Kanga », variété de poisson aux écailles noirâtres, très prisé par des amoureux de soupe. Mais Akonolinga, chef-lieu du département du Nyong et Mfoumou, situé à deux heures de route environ de Yaoundé dans la région du Centre, est, avec Bankim et Ayos, un lieu d’endémicité de l’ulcère de buruli (Ub).  Appelée en langue locale « Atom », synonyme de mauvais sort, l’Ub est une infection causée par le Mycobacterium ulcerans,  micro-organisme proche des bactéries responsables de la tuberculose et de la lèpre. Il reste cependant difficile de déterminer le mode de transmission de cette maladie.

L’Hôpital de district d’Akonolinga compte en son sein une unité de prise en charge de cette pathologie qui se caractérise par des grandes plaies et qui, au stade des complications, cause de graves  affections des os rendant le patient handicapé. C’est ici que Michel Gabriel Ekoto Ngono, âgé de 37 ans, natif du Nyong et Mfoumou complètement guéri de l’atom, est devenu  un agent de sensibilisation sur l’Ub. Lui qui  a traîné la maladie pendant cinq ans parce que mal informé  et tiraillé entre la médecine moderne  et la médecine traditionnelle.  « Je  me suis d’abord enregistré à l’hôpital. Mais à cause de la mauvaise information, j’ai interrompu mon traitement pour me retrouver à l’indigène. Mais je constate que je perds le temps. J’ai passé cinq ans de maladie dont seulement 17 mois à l’hôpital. C’est où j’ai cicatrisé. Depuis, je n’ai pas eu de rechute », révèle-t-il. Se battant pour sa survie avec un petit élevage non-soutenu et des petites tâches en électricité, Michel Gabriel Ekoto Ngono vit un autre drame ;  il a toujours du mal à se réinsérer dans la famille après le rejet subi en 2007 lorsqu’il est tombé malade alors qu’il était élève en classe de première F3 au Lycée technique d’Akonolinga.

C’est ce rejet qui a d’ailleurs renforcé en lui le sentiment d’avoir reçu le mauvais sort pour ne pas poursuivre ses études. « Lorsque je suis allé à l’indigène, j’ai guéri rapidement. Mais c’est lorsque je reprends les classes que je rechute. Cette fois-là, je vais à l’hôpital en prenant la résolution de quitter les bancs de l’école. C’est à ce moment-là que j’ai recouvré la santé », relate-t-il. Cela dit, « ce que les gens doivent comprendre c’est que la plaie peut se refermer à la surface sans être complètement guérie à l’intérieur. Et c’est ici l’une des insuffisances du traitement à l’indigène auquel font recours beaucoup de patients », réplique le Pr Yap Boum II, chercheur à Epicentre, la branche de recherche de Médecins sans frontières (Msf).

Score clinique

Michel Gabriel Ekoto Ngono n’est pas le seul à s’être tiré d’affaire avec l’ulcère de buruli. Mère de quatre enfants, Eloïse a été, elle aussi, totalement guérie de l’atom. Même si son bras droit, atteint par la maladie,  n’a pas repris sa motricité, réduisant ainsi ses capacités à prendre en charge sa famille. Son seul regret aujourd’hui, les séquelles de cette maladie qui ont affecté son potentiel physique. Celle qui a échappé à la mort ne cesse de dire merci à l’équipe de Médecins sans frontières en partenariat avec FAIRMED, le Centre international de recherche, d’enseignement et de soins (Cires) et le Centre Pasteur du Cameroun qui l’a gratuitement soignée. « Ma famille n’espérait pas me voir en vie. J’ai été rejetée. La maladie m’a trouvée enceinte et  mes trois premiers enfants ont été chassés par ma famille. Mon bébé est né avec un poids d’un kilogramme. Grâce à Msf, il a sept ans aujourd’hui », se souvient-elle.

Comme c’est le cas avec d’autres pathologies, la prise en charge de ce que certains qualifient de « maladie du mauvais sort » connaît d’autres entraves : l’incapacité du personnel de santé à identifier les malades afin de les orienter dans une formation hospitalière adéquate pour les mettre rapidement sous traitement.  Pour y apporter une réponse, une recherche a été conduite par Msf, en partenariat avec des organisations non-gouvernementales, Epicentre, etc. La finalité,  « dire que, quel que soit le village où il y a un cas  de l’ulcère buruli, même s’il n’y a pas de laboratoire,  l’infirmier qui est là soit à même de  poser les bonnes questions  pour diagnostiquer la maladie et mettre le patient sous traitement », explique Pr Yap Boum II. A six mois de la fin de la recherche, les résultats sont satisfaisants. A Bankim, Ayos et Akonolinga, 241 anciens malades et 40 personnels de santé ont déjà été enrôlés et une centaine de malades vivant en communauté répertoriés. Au bout du compte, avec  le score clinique, le temps qui jusqu’ici est d’un mois pour le dépistage sera réduit et le coût, qui va de 15.000Fcfa à 20.000Fcfa, va baisser.

Le problème des ressources humaines est épineux au  Programme national de lutte contre la lèpre, l’ulcère de buruli, le pian et la leishmaniose qui n’a pour seul employé que son secrétaire permanent, le Dr Ernest Nii Tabah. Sans minimiser ses capacités à se mouvoir, il reste honnête de relever qu’à moins d’avoir un don d’ubiquité, il ne saurait se retrouver en même temps à diverses concertations même sur les quatre maladies que couvre le programme, si celles-ci se tiennent sur des sites distants. Encore qu’aujourd’hui, l’ulcère de buruli sort de son « fief géographique » d’antan  pour d’autres localités du pays avec des patients de plus en plus jeunes.

Photo : Ulcère de buruli

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