Samedi, 20 Octobre 2018
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La tragédie de l’élite

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Georges Alain Boyomo

 

Le 3 janvier dernier, l’élite du Nord-Ouest (ministres, sénateurs, députés, conseillers municipaux, opérateurs économiques, etc.) s’est fendue d’un appel afin que la rentrée scolaire soit effective dans cette région, mais également dans le Sud-Ouest. La cinquantaine de signataires du communiqué largement relayé par les médias publics mettaient les différents acteurs de la communauté éducative devant leurs responsabilités face au risque, désormais irréfutable, d’année blanche qui plane sur la zone anglophone.

Il faut bien l’admettre : bien qu’accréditant la légitimité des revendications des enseignants anglophones, de nombreux Camerounais sont d’avis que les grévistes du Nord et du Sud-Ouest n’ont pas su jusqu’où ne pas aller trop loin dans leur démarche, frappée au coin de pertinence, au commencement. La majorité silencieuse au Cameroun semble aujourd’hui faire sienne l’appel lancé à Paris le 11 juin 1936 par le patron du Parti communiste français (Pcf), Maurice Thorez, à des ouvriers en débrayage: «Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenueIl faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications », affirmait le secrétaire général du Pcf, au lendemain des accords de Matignon signés par le gouvernement du Front populaire de Léon Blum et plusieurs syndicats dont la Confédération générale des travailleurs (Cgt). Ces accords entérinaient les congés payés et la semaine de 40 heures de travail.

Comme quoi, on ne prend pas impunément des libertés avec l’avenir de la jeunesse. Le dialogue en cours entre le gouvernement et les syndicalistes souffrira à coup sûr, durablement, du raidissement des positions d’une ou de l’autre partie. Mais, autant la radicalisation des syndicats enseignants en dissidence ouverte interroge, autant la posture incantatoire de l’élite du Nord-Ouest questionne. Dans une assurance qui le dispute à l’arrogance, la bourgeoisie qui représente cette région au gouvernement et au Parlement a cru qu’il suffit de dire « sésame ouvretoi » pour que sa prophétie s’accomplisse. Un communiqué signé à Yaoundé suffit-il pour décréter la rentrée scolaire à Bamenda ? En réalité, cette élite, dont certains membres influents ont brillé par une désarmante malveillance dans les déclarations publiques, aux aurores de la crise à Bamenda, devrait faire son introspection, eu égard à l’enlisement de la situation dans les régions anglophones.

Il n’y a pas de doute que si cette élite avait assidûment et méthodiquement remonté les préoccupations essentielles des populations anglophones- tout en les monitorant- au sommet de l’Etat et ne s’était pas uniquement préoccupée de faire carrière au sein du gouvernement ou du Parlement, le Cameroun ne serait pas réveillé en sursaut un matin avec le douloureux furoncle anglophone sur le front. La désinvolture des pouvoirs publics dans la mise en œuvre de la décentralisation a certainement fait le lit de la crise en cours dans la partie anglophone, mais il faut se méfier de ces pompiers qui arrivent en retard sur le lieu de l’incendie, après avoir allumé des flammèches qui crépitent avec allégresse.

Par Georges Alain Boyomo

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