Vendredi, 19 Janvier 2018
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Tolérance administrative

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Boyomo

Dans la rue au Cameroun, a généralement tort celui qui a… raison. Malheur à celui qui s’en prend par exemple à quelqu’un qui grignote des cacahuètes et qui en jette les coques sur la voie publique, chemin faisant. Le moindre reproche est sanctionné par une salve d’insultes, qui vous donne envie de presser le pas. De prendre vos jambes à votre cou. Ce d’autant plus qu’il n’est pas exclu que le «héros», du moins celui qui a posé l’acte propre à ébouriffer les employés d’Hysacam (Hygiène et salubrité du Cameroun), reçoive du renfort. Pour rabattre le caquet au «donneur de leçon», qui s’entend souvent dire, dans un joyeux amalgame : «Vous lui reprochez même quoi ? Vous ne voyez pas tout le mal que les «grands-là» font à ce pays?». Ainsi va le Cameroun. Pays où la faute commune créé le droit. Lorsqu’on croit le record d’incivisme battu, on se réveille le lendemain avec, sous les yeux, un chef d’œuvre d’immoralité qui rebat les cartes. Au nom d’une généralisation contre-productive et d’une banalisation suicidaire de l’entorse à la norme, on finit par déboucher sur des drames, eux mêmes voués au syndrome ambiant de l’oubli. Jeudi dernier au quartier Elig-Edzoa, à Yaoundé, des êtres humains sont morts, broyés par un train de travaux, sur la voie ferrée. En pareilles circonstances, la raison commande de faire l’économie de l’arithmétique mortuaire. En revanche, il faut questionner les causes de cet autre drame pour qu’il ne se reproduise plus. Les recoupements effectués surplace donnent à penser que les victimes passaient du bon temps sur les rails. Un témoignage, non confirmé par la police spéciale du chemin de fer de Yaoundé, fait état d’un défautde klaxon du train, avant la survenue de la tragédie. En clair, il y a eu au moins une imprudence (ou un manquement) et celle-ci s’est avérée mortelle. De toute évidence, entre le train et les victimes, dont on s’incline devant la mémoire, ceux qui ne devaient pas se retrouver sur les rails, c’est bien les seconds. Nos lois et règlements en matière de police et sécurité du chemin de fer interdisent la circulation des piétons sur la voie ferrée. «Il est interdit de pénétrer et de circuler dans les emprises du chemin de fer en ses parties non affectées au public», dispose notamment l’article 12 du décret du 20 août 1975. L’entreprise ferroviaire est également soumise à des obligations. «L’emploi d’un signal avertisseur sonore est obligatoire pour le conducteur, comme moyen d’avertissement, toutes les fois que la voie ne lui paraît pas complètement libre et dans les cas fixés par les règlements de l’administration exploitante» (article 37 du décret susvisé). Au lieu de faire commerce du drame d’Elig-Edzoa, il apparaît plutôt judicieux de sensibiliser et conscientiser les uns et les autres. Il faut surtout dénoncer la «tolérance administrative» qui finit par faire croire à certains qu’il est interdit d’interdire au Cameroun. En offrant des passe-droits, par inertie ou par calcul, aux populations ou organisations, l’Etat fragilise durablement son autorité. La société toute entière en paye le prix. Ceux qui croient aux vertus du civisme et qui s’y soumettent sont débordés au quotidien par les partisans de l’anarchie. De là à céder au proverbe arabe qui dit que «si vous entrez parmi les borgnes, fermez un œil», il n’y a qu’une ligne que d’aucuns franchissent.

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