Mardi, 12 Novembre 2019
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Thierry Ntamack: »Je gagne de la notoriété pas de l’argent »

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Invité au Festival de Cannes qui se déroule du 14 au 25 mai, le père du « Blanc d’Eyenga » n’a plus une minute à lui, car trop occupé à préparer son voyage. Entre deux rendez-vous, il accepte de répondre à nos questions et de parler de « Ne crains … Je t’aime », son nouveau film.
Par Vanessa Bassale
C’est la première fois que vous recevez une invitation à participer au Festival de Cannes. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
C’est un honneur et la reconnaissance de plusieurs années de travail. Je suis invité pour présenter mes films au pavillon Afrique. C’est l’occasion de rencontrer des producteurs et des distributeurs pour parler de mes projets. Des projets loin des clichés calebasses que certains ont de l’Afrique. Nous souhaitons que le séjour soit riche en contacts et en rencontres.

Les 02 et 03 mai dernier, vous avez présenté « Ne crains rien…Je t’aime », votre dernier film. Quel est le retour que vous en avez ?
Je suis très flatté parce que je reçois de bons commentaires. Même si je ne suis jamais satisfais. Je me dis toujours qu’il y a des choses à améliorer. Le fait de l’avoir regardé en salle m’a permis d’en apprécier les forces et les faiblesses. J’ai été touché de voir un public ému à chaque projection. Je voyais des personnes sortir leur mouchoir et pleurer. D’autres se sont identifiées à Sarah, l’actrice principale. On a aussi eu des gens qui auraient préféré avoir une fin différente. Mais au travers du dénouement que j’ai choisi, je voulais donner une chance aux acteurs de ces violences de devenir des personnes meilleures. Ceux qui n’ont pas encore pu voir le film peuvent se rendre ce jour à l’Institut français du Cameroun de Yaoundé.

Il n’est pas courant de voir un homme s’intéresser aux violences faites aux femmes. Pourquoi avoir choisi ce thème ?
Je suis un ambassadeur He for She. Je pense que ce combat ne doit pas être mené seulement par les femmes mais avec les hommes. Je ne suis pas un féministe. Je m’inscris dans une logique humaine. Dénoncer les violences faites aux femmes, c’est restaurer l’humain dans sa dignité. Parler des violences faites aux femmes ne signifie pas que l’on approuve celles faites aux hommes mais dans le contexte africain, la femme est la victime principale. J’avoue qu’il y a encore quelques années, j’étais comme ces cons qui pensent que la défense des droits des femmes ne les concerne pas. Mais en ne les regardant comme des sœurs, des mères, des personnes que l’on aime, mon regard a changé. Je décris des situations déplorables qui sont devenues banales. Dans notre société, le mal est devenu normal. Certaines femmes sont dans la même situation que Sarah, elles aimeraient quitter cet homme brutal et rentrer dans leur famille mais là-bas tout le monde leur tourne le dos au nom de la dot qui a déjà été consommée.

Dans ce film comme dans les précédents, vous dénoncez les maux qui minent la société. Vous considérez- vous comme un cinéaste engagé ?
Je veux être utile pour la société. Avec le temps et de l’expérience, je pense que je suis effectivement un cinéaste engagé. Mais cet engagement nait de l’envie de parler des modèles. Avec « La patrie d’abord », j’ai voulu présenter ces modèles de sacrifices et de bravoure qui donnent leur vie pour la nation. Dans « Le serpent de bronze », je parle de ces héros de l’ombre comme le Dr Faycal dont on ne devine pas les sacrifices. Ma dernière réalisation rend hommage à ces femmes qui donnent leur vie pour le bien de leur famille. Une famille pas toujours reconnaissante.

Comment réussissez-vous à être à la fois devant et derrière la caméra ?
Les formations que j’ai suivies dans les amphithéâtres et sur le terrain me permettent d’être à l’aise à la fois comme acteur et réalisateur. De plus, pour pouvoir porter ces deux casquettes, il faut avoir une équipe solide et expérimentée prête à prendre la relève lorsque vous changer de position. Dieu merci j’en ai une.

Et si nous abordions la question du financement de vos réalisations…
C’est Dieu qui finance mes films. Je peux aussi compter sur une équipe qui, malgré la piraterie ambiante, la rareté des salles de cinéma trouve toujours la force de m’accompagner. Pour tourner un film, je m’endette auprès des microfinances et des particuliers. A côté de cela, j’ai la chance de côtoyer des personnes généreuses. Elles ne donnent pas toujours de l’argent mais aident d’une autre manière. Certaines offrent à manger. D’autres mettent leur espace (supermarchés, compagnie de voyage, hôtel, boulangerie, institut de beauté) à notre disposition. Ça permet de mettre dans de bonnes conditions, des personnes qui travaillent bénévolement.

Vous parlez de bénévolat. Cela signifie que les comédiens qui jouent dans vos films ne sont pas rémunérés ?
Oui. Ils sont bénévoles donc n’ont pas de salaire. Les sous que je trouve c’est pour la qualité de l’image, les accessoires, le décor, etc. Cette situation ne m’anoblit pas. Elle me fait même honte. Mais je préfère mettre des moyens pour faire de bons films plutôt que donner de gros salaires à des comédiens et avoir un film médiocre. Dans le cinéma, si vous ne gagnez pas les ronds (l’argent) vous gagnez le nom. Mes comédiens ne gagnent pas de l’argent mais ils se font un nom. Après avoir joué dans mes films, certains acteurs sont recrutés dans de grosses productions et perçoivent des salaires importants. Je veille cependant à prendre soin de mon équipe. Je m’assure qu’elle soit logée et bien nourrie pour produire un bon rendement. Le but est de séduire le public et les sponsors qui, on l’espère, décideront de nous accompagner.

Depuis quelques années vous expérimentez le financement participatif et avez lancé le concept « Le cinéma au prix d’une bière ». Peut-on conclure que ces outils ne produisent pas les résultats escomptés puisque vous peinez toujours à trouver de l’argent?
Les Camerounais n’ont pas la culture du Crowfunding. Ils ont encore moins l’habitude de payer des films en ligne. Il n y a pas de salles de cinéma et le Dvd tant à disparaitre. Dans ces conditions, c’est difficile d’avoir de l’argent. Mais personne ne se demande comment on fait pour continuer à produire des films. Le public confond popularité et argent. Mais je ne désespère pas car même s’il n’y a pas encore de l’argent, nous gagnons en crédibilité. C’est d’ailleurs grâce à cette crédibilité que l’armée camerounaise nous a donné des hélicoptères et des bateaux de guerre dans « La patrie d’abord ». Elle nous a accompagnés sur des scènes de combat. C’est toujours grâce à notre crédibilité que Michel Gohou, Siriki et Souke ont accepté de venir travailler avec nous dans « Le serpent de bronze ».

Au-delà de la popularité, vivez-vous de votre art ?
Honnêtement non. Il n y a selon moi aucun cinéaste camerounais qui vit de son art. Je ne parle pas de ceux qui reçoivent des subventions étrangères. Si le cinéma chez nous rapportait beaucoup d’argent, je payerais mieux mes comédiens.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d’introduire dans vos films des personnes sans background cinématographique ?
Un réalisateur assume tout. Du choix des comédiens aux musiques du film en passant par le scenario. Je fais rarement des castings publics. Selon le caractère des personnages, je repère les artistes. Je cherche les réalisateurs qui ont travaillé avec eux. En fait, je mène des enquêtes. Le plus important n’est pas d’être un bon comédien mais de faire corps avec le projet. Lorsque je contacte Guy Michel Kingue (Artiste musicien, ndlr) pour jouer le rôle de David, je cherche, au de-là de tous les critères techniques, un bel homme, qui chante bien et qui est connu dans l’univers gospel. Parce qu’au final, c’est la chanson gospel qui porte le film.

La religion semble occuper une place de choix dans votre œuvre. Lors de la présentation de « La patrie d’abord » vous avez même confié que le film vous a été inspiré par la vierge Marie…
Oui. Au départ ce film avait pour titre « Marie qui défait les nœuds ». C’est plus tard que c’est devenu « La patrie d’abord ». La première fois que je suis allé au sanctuaire de Nsimalen pour prier, j’ai écouté une voix qui me donnait des orientations pour ce film. J’ai également eu une vision de la Vierge Marie qui versait des larmes. C’est une histoire très personnelle.

Quels sont vos projets ?
Je prépare une série sur les violences faites aux femmes. Ce sera une sorte de webserie. Des capsules de 3 à 4 minutes qui reviendront sur ce problème et en présenteront les différents visages. Les violences faites aux femmes dans le septentrion diffèrent de celles du sud. A chaque fois, on essayera d’introduire des textes en langue locale pour faire passer le message.

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