Mercredi, 14 Novembre 2018
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Takam II:la vie 15 ans après le décès de Jean Takam

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Takam II

Une messe d’action de grâces a été dite le 30 juin en mémoire de l’un des leaders du duo Takam II décédé en 2002.
Par marguerite Papana

Au bas d’une pente au quartier Biyem-assi dans la ville de Yaoundé, lieu-dit Scalom, se dresse un camp. C’est le domicile de Michel Takam. Dans la cour, deux tam-tams sont exposés au soleil. Deux enfants s’amusent à jouer sur une musique de l’artiste Takam II, «Mumègnè», hommage à Jean Takam. Aussitôt, se joint à eux le benjamin, un garçon de 3 ans, qui mime parfaitement cette chanson. Ce qui lui vaut un grand sourire de la part de son père. Sans doute pour l’imiter, l’enfant fouille dans un sac noir contenant des accessoires traditionnels qu’arbore souvent Takam II sur scène. Des bracelets de toutes sortes, des colliers, etc. Sur des cordes à linges, sont accrochées ses tenues, Zenda, faites à partir du ‘ndop’. Non loin, sur une surface surélevée, ses chaussures. Il s’agit de chaussures de récupération issues de pneus de voiture.


Réservé comme à son habitude, c’est un homme simple qui ouvre les portes de sa demeure. Dans ses éternels joggings qu’il semble particulièrement affectionner, des sandales en caoutchouc et une casquette sur la tête, Michel Takam surveille de près les travaux de plomberie qui sont effectués dans l’un des studios en construction au sein du camp. Le banc en planches installé sur la véranda va lui servir de siège le temps de l’entretien.

Naissance de Takam II
Habitué des médias, Michel Takam se prête au jeu de questions-réponses. Spontanément, il se présente : «Takam II, c’est deux cousins : Jean et Michel Takam qui se sont mis ensemble », fait-il savoir. En 1982, Michel Takam, qui vivait à Bafoussam, vient rejoindre son ainé Jean Takam à Yaoundé. Les deux frères vont se lancer dans la vente à la sauvette au marché central. Après trois années de discus-
sions, les deux frères décident de se lancer dans la musique. « Jean chantait déjà, il faisait du makossa. Quelques fois, il me demandait de l’aider, mais j’avais du mal, car ce n’était pas mon style. Je lui demandais toujours si l’on ne pouvait pas puiser dans notre culture pour pouvoir créer quelque chose.

Après trois ans de discussions, on se met ensemble pour pouvoir travailler. Et Takam II est né », narre-t-il. L’aventure de Takam II commence ainsi par des spectacles aux Centres culturels français et camerounais. Le public apprécie ces deux frères qui font une musique atypique. Mais, il en veut plus. « Quand le public venait, il nous demandait toujours pourquoi on ne faisait pas des enregistrements pour que chacun puisse suivre les chansons chez soi », explique Michel Takam. C’est ainsi qu’en 1989, Takam II décide de faire son premier enregistrement.

les déboires
Mais les deux frères n’ont pas le succès escompté. « À l’époque, il y avait 16 pistes de la radio. J’ai mis de mon argent pour qu’on enregistre. On a déposé chez plusieurs pro-
ducteurs, mais ils nous redonnaient cela très rapidement en disant que ce genre de musique, ils ne connaissent pas », explique-t-il. Mais Michel Takam ne se décourage pas. En 1992, il entreprend de faire enregistrer un album en France. « Je paie mon billet d’avion pour la France. Je sors un album. On a produit 11 000 exemplaires », raconte-t-il. Il n’aura suffi que de trois mois pour que le malheur frappe de nouveau à la porte des deux frères. Le marché de Mokolo prend feu et tous les exemplaires de l’album qui y étaient partent en fumée avec le reste.

Un malheur ne venant jamais seul, Michel Takam est poursuivi en justice par ses créanciers. Il ira jusqu’à faire de la prison. « J’avais emprunté l’argent dans les tontines, mes créanciers réclamaient leur argent, ils ne pouvaient pas comprendre », explique-t-il. Un an plus tard, Takam II change de stratégie pour rentrer dans ses fonds. « Mon frère me dit de ne pas me décourager, de me battre encore pour trouver de l’argent. On allait organiser des spectacles et j’allais pouvoir regagner une partie de
mon argent ». Avec l’avènement du multipartisme, le duo décide de donner ces specta-
cles dans les maisons du parti dans les villes de Yaoundé, Douala, Bafoussam et Bamenda.

Mais une fois de plus, la tentative s’avère infructueuse. « Les gens ne venaient pas, prétextant qu’on avait organisé cela dans la maison du parti du Rdpc.
C’est comme ça que je m’enfonce encore ». La descente aux enfers commence. « J’avais pris des engagements qu’il m’était impossible de respecter. A l’époque, je louais un studio au lieu-dit Sonel Mimboman, dans la ville de Yaoundé.

Un huissier de justice est venu tout porter. J’étais obligé de céder le terrain que je possédais à Ngousso », rajoute Michel Takam. Des souvenirs plus pénibles pour l’artiste folklorique, ce sont les aventures du Mondial 94 et de celui de 98. Un souvenir sur lequel il ne veut pas épiloguer. Jusqu’ici, c’est un succès «sans fond». En 1996, toutefois, le duo goûte à la saveur du succès. «Les gens se rendent déjà compte que c’est une musique de chez nous qui peut être valorisée», prétend-il.

Mort de Jean takam
Ses lèvres tremblotantes et ses yeux rougis à l’évocation du nom de son frère Jean Takam prouvent à quel point Michel Takam est encore accablé par la douleur, 15 ans après. « Je ne suis pas sûr que la mort de quelqu’un puisse encore me toucher autant que celle de mon frère », marmonne-t-il. Le 30 juin est sans doute l’un des jours les plus douloureux de sa vie. Depuis près de trois mois, Jean Takam était malade. « Il souffrait de typhoïde », fait savoir Michel Takam.
Le groupe est invité à une prestation dans la ville de Douala. Malgré sa maladie, et sur son insistance, Takam II se rend à Douala. Lui qui initialement ne devait pas fournir
un grand effort se donne à fond à la vue du public nombreux. A Douala, Jean Takam n’a pas ses médicaments et sa maladie s’aggrave.

Deuxième chanteur

Une semaine après leur prestation,Jean Takam décède au Centre hospitalier universitaire de Yaoundé le 30 juin 2002 dans l’après-midi. L’histoire de Takam II continue grâce aux encouragements de feu Ferdinand Léopold Oyono, à l’époque ministre de la Culture et d’Ismael Bidoung Mpkwatt, ministre de le Jeunesse et des Sports. Bien qu’il ait formé de jeunes gens pour intégrer la troupe, Takam II continue de prester sans un deuxième chanteur, juste accompagné de chœurs et de danseurs.

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