Dimanche, 17 Juin 2018
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Stéphane Akoa »Le système de Yaoundé est en panne d’inspiration »

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Le politologue et chercheur à la Fondation Paul Ango Ela tire les leçons de l’année 2017 et se projette sur 2018.
Par Georges Alain Boyomo

Au vu des lignes qui ont peu bougé sur les plans politique, économique et social au Cameroun en 2017, quels faits positifs retenir?
Un fait positif ? Oui, la victoire des Lions Indomptables en finale de la CAN, le 14 janvier 2017, à Libreville ! Une belle aventure … conclue par une époustouflante prestation face à l’Egypte. Conclue car très vite nos « camerounismes » ont repris le dessus, effaçant l’espoir et l’enthousiasme qu’avait fait [re]naître un groupe de jeunes gens sympathiques. Comme toujours, après le soleil revient la pluie. Au pays du temps qui va à rebours. A la verticale d’une terre de futilités bavardes et d’immobilisme brutal. Au dessus du dédale infini de la bureaucratie des éminences aux poses affectées et des procéduriers matriculés incapable d’un autre mouvement que le tourner-en-rond…

Du point de vue de conduite des affaires publiques, quelle est votre plus grande déception en 2017?
Indubitablement le management de la crise dite «anglophone ». Les escouades de politico-calculateurs outillés de leurs vieilles peurs et de repères parcellaires pour tracer/justifier les territoires trompés/tronqués du proto-tribalisme n’ont pas pu, évidemment, traiter un événement prévisible, pourtant, devenu en quelques mois une catastrophe. Les zélotes et autres clercs assimilés lettrés dévoués à la mécanique fonctionnarisée ont opposé, aux foules amères armées de colère et de pierres, les dispositions archaïques d’une gestion autoritaire de la machine-État. Les sombres manœuvriers pressés de mendier les honneurs supposés de l’élévation par décret et les prébendiers animés de cynisme désabusé ont coalisé leurs verbes et leurs actions pour repousser l’occasion offerte de déconstruire les articulations subjectives et pseudo-empiriques qui avantagent les processus sociaux spatialisés et ethno-localisés. C’est regrettable !

Validez-vous la thèse d’un régime à bout de souffle, incapable de se réinventer?
Je dirais un système en panne d’inspiration. Nous voilà depuis trop longtemps soumis aux incroyables caprices d’une « haute hiérarchie » totalement absente des quotidiennes réalités humiliantes de tous les sans-emploi-sans-argent-sans-confiance-en-l’avenir-sans-autre-ambition-que-de-survivre. A une camarilla incapable de changer de paradigme, de placer le devenir collectif au cœur du contrat social, repliée sur des certitudes obsolètes, paranoïaque, autiste … Il ne faut pas demander une « réinvention ». Ce qui voudrait signifier qu’avec les mêmes on ferait autre chose de mieux ! Nous devons désormais énoncer des solutions audacieuses pour proposer une alternative crédible afin de participer à la construction d’un projet de société acceptable. Localement. Globalement. Cogiter. Imaginer. Proposer. C’est une obligation citoyenne élémentaire. Beaucoup plus que «réinventer», il faut installer de nouvelles modalités de gouvernance. Et de nouveaux opérateurs.

2018 sera une année électorale. Le pari sera-t-il tenu ? Peut-on s’attendre à un frémissement après les élections?
Il faudrait un frémissement AVANT. Mais entre un hyper-Président-candidat absent et une Opposition quasi-inexistante, les invariances d’un discours qui imite la propagande, les inflexions qui folklorisent nos institutions, les incapacités à renouveler les corpus idéologiques, à penser le réel, à imaginer de nouveaux leviers d’actions pour rendre plus efficaces les politiques publiques… il est particulièrement difficile , une fois encore, une fois de plus, de croire que les Camerounais attendent avec impatience et enthousiasme les rendez-vous électoraux proposés.

Vous n’êtes pas spécialement un économiste, mais osons cette question, à la suite du chef de l’Etat. Que nous manque t-il pour être un pays prospère ou tout au moins émergent en matière économique?
Il nous manque un gouvernement résolument « pro-business». Qui stimule la mécanique économique en soutenant un programme d’amélioration du climat des affaires, des projets de simplification administrative, une stratégie de développement des transports et un plan de reconfiguration de notre dispositif de formation. La conjoncture est favorable. Contrairement à ce qu’a dit M. Biya dans son discours du 31 décembre dernier. L’excès d’offre de pétrole se résorbe (notamment sous l’effet de la prolongation jusqu’à fin 2018 de la baisse de production consentie par l’Opep et la Russie), poussant les prix à la hausse. Je plaide pour plus d’audace, moins de saupoudrage (qui dilue l’impact de l’action publique) et d’éparpillement des initiatives, pour l’affirmation de priorités dotées d’une allocation de ressources conséquentes.

Le peuple camerounais est-il encore capable d’indignation ? Peut-il encore se résoudre à prendre son destin en main?
Certes nous sommes, de toute façon, trop myopes pour décider de ce qui va durer ou pas. Mais l’on ne saurait sacrifier demain au nom d’une prétendue «éternité» de la chose camerounaise (vous savez, le fameux «Le Cameroun c’est le Cameroun»). L’observation des pratiques sociales et des mœurs, loin un simple comptage de faits, constitue une opération fondamentale d’aménagement de nos structures mentales, de nos anticipations du futur et des types de réponses que nous apportons aux questions morales et politiques. Il est toujours possible de réparer une trajectoire. Et nous avons, potentiellement, les outils de déplacements des possibles. Ils permettraient de développer des capacités imaginatives indispensables à la vie en société. Notamment pour adoucir les imperfections. Ou inventer des formes de résistance et de dépassement. Je pense que les répétitions (des échecs surtout … quand les mobilisations passées n’ont pas fait bouger le système), les dissonances, les petites collisions offrent, y compris quand tout semble définitivement vain, la possibilité du surgissement d’une option. A la fois puissante et évidente. Pour bousculer les somnolences nocives, le fonctionnalisme décadent et l’inertie morbide.

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