Mercredi, 21 Février 2018
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Sommet du G20: l’incroyable Macron

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En répondant à un journaliste ivoirien qui l’interrogeait le 8 juillet, en marge du sommet du G20, sur la nécessité d’un plan Marshall pour « sauver l’Afrique », le président français, Emmanuel Macron, a suscité une levée de boucliers.

Par Georges Alain Boyomo

Le « président jupitérien » estime que le défi de l’Afrique aujourd’hui est « civilisationnel ». « Quels sont les problèmes ? Les Etats faillis ou les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est l’un des défis essentiels de l’Afrique ». Le chef de l’Etat français conclut, péremptoire, que « dans un pays qui compte sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépen-
ser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ».

Le taux de fécondité est donc, d’après Emmanuel Macron, un déterminant de poids du
sous-développement de l’Afrique. Le déluge de réactions relève que le président français s’est gouré, en s’appuyant sur des chiffres erronés. En effet, selon une étude de l’Ong « Population référence bureau », datée de 2016, et citée par la presse française, le taux de fécondité en Afrique s’élevait à 4,7 enfants par femme contre 2,5 en moyenne dans le monde.
Seul un pays africain, en l’occurrence le Niger, affiche un taux de fécondité proche de celui évoqué par Emmanuel Macron. Avec 7,6 enfants par femme, le Niger est le cas le plus alarmant dans le monde. La réponse du président français passe d’autant
plus mal aux yeux des Africains, qu’elle rappelle le discours de Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007, à l’université Cheick Anta Diop de Dakar.
Condescendant, « l’hyper président » déclarait alors que « le drame de l’Afrique, c’est l’homme africain, qui n’est pas assez entré dans l’histoire (…). Jamais l’homme [africain] ne s’élance vers’l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin (…). Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer dans l’Histoire ».
Des propos de Macron et de Sarkozy découlent une constante : Le prisme déformant à
travers lequel l’Occident juge l’Afrique a la peau dure. L’image d’Epinal réductrice que
charrie ce continent, c’est celle d’un terreau de l’insécurité, de différents trafics (trafics humains, trafics de drogues, trafics de biens culturels…, comme l’a indiqué Emmanuel Macron), celle d’un continent pauvre et surpeuplé, incapable de se prendre en charge, qui attend la compassion et l’aide des autres, des Occidentaux notamment.
Plus grave, pour l’Occident, les réalités d’un pays ou d’un groupe de pays en Afrique sont automatiquement transposables à tout un continent, fort de 54 Etats. Comment si les problèmes de la France étaient les mêmes en Allemagne, en Grèce ou en Italie. Comme s’il n’existait pas de différences ou de nuances entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada. L’agacement de Macron prouve que les appels récurrents à l’aide lancés en direction de certaines puissances, dont la France, qui reconnaît pourtant que les Européens ont pillé les richesses de l’Afrique, que la colonisation est un crime contre l’humanité (confère discours de Nicolas Sarkozy à Dakar), sont devenus indigestes
pour l’Europe, qui, elle-même, est en crise.
L’Afrique doit donc bâtir son propre modèle de développement, en fonction de ses spécificités historiques et culturelles. L’une des voies recommandées, notamment par la Banque africaine de développement (Bad), est la mise en place et la diversification de partenariats gagnants/gagnants. Lesquels permettraient d’asseoir la politique des trois i : infrastructures, intégration régionale et institutions démocratiques mocratiques solides.

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