Mardi, 14 Août 2018
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Sites et monuments historiques:la réconciliation manquée avec le peuple camerounais

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Monuments

Le 18 avril dernier, la communauté internationale a célébré la journée des monuments et des sites. Pour cette année, la thématique «Patrimoine culturel et tourisme durable » a permis à tous les pays de pencher sur la corrélation entre le patrimoine culturel et le tourisme. Alors que la première notion définit un peuple et marque sa singularité, la seconde existe du fait qu’une nation est originale. Au Cameroun, toutefois, la relation entre les deux entités est difficile à établir tant les lieux de mémoire sont nombreux, contrairement aux retombées en devises qui sont moindres. Entre le manque d’attachement aux sites et monuments affiché par les populations, le pied de nez au héros nationaux orchestré par les pouvoirs successifs et les atermoiements de l’inventaire de ces lieux de mémoire, on s’y perd littéralement. Par ces temps où l’histoire du Cameroun reaillit brutalement sur sonprésent, Mutations remet en lumière cette triste réalité.

Dossier coordonné par Nadine Guepi

Patrimoine: Des bouts d’histoire ignorés des populations

C’est à peine si elles remarquent ces espaces dédiés à la commémoration des héros de la nation.

Par Nadine Guepi

Bien malin serait celui qui pourrait donner le nombre de monuments que compte la ville de Yaoundé. Les chiffres deux et trois sont ceux qui reviennent régulièrement lorsqu’on pose la question aux populations de la capitale politique. Pourtant, les carrefours des services du Premier ministre, Bastos, Meec, Tropicana  sont autant de lieux où trônent des monuments, selon un architecte à la communauté urbaine.

Des espaces sont chargés d’histoire. Des bouts d’histoire qui laissent plus d’un indifférent. «Les proportions ne sont pas bonnes. Il s’agit des problèmes de conception. Ces monuments ne sont pas visibles», diagnostique l’architecte en service à la communauté urbaine de Yaoundé (Cuy). Si ces édifices passent pratiquement inaperçus, certains dans la capitale politique captent quelques regards au passage.

Photographes

Le 27 avril 2017, les bancs publics de la Place de l’indépendance de Yaoundé sont occupés  par les employés de la Cuy. Certains photographes traquent d’éventuels passants qui voudraient bien immortaliser le moment passé sur le site où l’ex-président Amadou Ahidjo a prononcé l’indépendance le 1er janvier 1960. Une traque qui s’avère infructueuse. Ce monument new-look présenté au public au début l’année 2016, impose pourtant le respect du haut de ses 24 mètres. L’édifice a deux compartiments : un socle fait en béton armé, avec les emblèmes du Cameroun. Au-dessus de l’édifice un cône avec une torche au sommet. Il est entouré de part et d’autres de statues de femmes. Celle-ci portent tantôt des corbeilles de fruits, une colombe ou encore des enfants. Autant de représentations architecturales qui symbolisent la devise du Cameroun : « paix-travail-patrie ». La majesté de l’ouvrage ne parvient cependant pas à glaner des foules.

Sans-abri

La Place Charles Atangana n’est pas logée à meilleure enseigne. Un jeune homme assis à l’abri des arbres qui surplombent le lieu scrute un cahier posé sur ses genoux. Il s’agit d’un étudiant de l’Université de Yaoundé I. Sauf que, mis à part l’ombre dont il profite, il ignore le nom du lieu. Et surtout, tout de cette statue de Charles Atangana, chef supérieur des Ewondo et des Béné, vieille de 38 ans. Tout à côté de l’étudiant, certains consomment des gâteaux, accompagnés de boisson.

L’exécution du célèbre chant «Happy Birthday to you…» permet de comprendre qu’ils célèbrent l’anniversaire de l’un de leurs. Des quatre personnes présentes, une seule a su dire le nom de l’espace. Il leur sert de cadre pour la fête d’anniversaire. La verdure ici est trahie par des emballages plastiques et des bouts de papier qui voltigent sur les hautes herbes au gré du mouvement du vent.

Pour se trouver une place à l’ombre des arbres, il faut d’abord s’arranger à ne pas empiéter sur les plates-bandes des sans-abri et parfois des personnes mentalement diminuées qui y sillonnent à longueur de journée. Autant de faits qui sont révulsifs pour certaines personnes qui voudraient bien s’y rendre. Les monuments de l’indépendance et Charles Atangana, bon gré mal gré, sont toutefois accessibles aux populations. Celui de la Réunification reste toujours à l’abri des regards. Peut-être pour préserver ce joyau architectural de l’incivisme des populations. Incivisme qui a frappé l’effigie de Charles Atangana. Le visage amoché a bénéficié de soins de restaurateurs pour pouvoir garder fière allure. Situé non loin de l’université de Ngoa-Ekellé et du lycée général Leclerc à Yaoundé, le monument de la Réunification, symbole de l’unification du Cameroun, est fermé au public depuis 2012 (début de la réhabilitation du site).

Ama Tutu Muna

Malgré la fin des travaux, le monument de 41 ans d’âge (fin des travaux en 1976) n’est toujours pas dévoilé au public. Son ouverture officielle aux touristes et autres amateurs d’histoire du Cameroun était pourtant prévue pour 2015, d’après une promesse de l’ancienne ministre des Arts et de la Culture (Minac), Ama Tutu Muna, devant l’Assemblée nationale, en décembre 2013. Une promesse réitérée par l’actuel Minac, Narcisse Mouelle Kombi, le 19 janvier 2016, lors de la rentrée culturelle qui annonçait l’ouverture pour «bientôt»… toujours attendue.

L’entretien de ces espaces est géré par l’entreprise Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam). Notamment en ce qui concerne le ramassage des déchets sur tous ces sites historiques, tandis que l’entreprise Parc et jardins prend soin de la verdure. Mis à part le monument de la Réunification qui est géré par le Minac. Malgré la répartition des tâches, la propreté n’est pas la chose la mieux partagée dans les lieux de mémoire.

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