Samedi, 21 Juillet 2018
Accueil quotidien mutations economie Sadjo Ousmanou: « La finance islamique souffre, en Afrique centrale, du « préjugé bantou » »

Sadjo Ousmanou: « La finance islamique souffre, en Afrique centrale, du « préjugé bantou » »

281
- Publicité -

Le président du Cadev décrypte les grands axes du colloque international sur la finance islamique pour la zone Afrique centrale qui se tiendra en novembre prochain.

Par Pascal Dibamou

C’est quoi la finance islamique ?
La finance islamique est un système de financement des économies et des ménages dont les modalités sont basées sur des règles directrices inspirées du droit musulman. Parmi ces règles directrices figure particulièrement l’interdiction de la pratique des intérêts sur les crédits ou sur les comptes bancaires et le recours à la règle du partage de bénéfices, du reste corollaire de l’interdiction des intérêts. Globalement, la finance islamique se préoccupe rigoureusement de protéger les emprunteurs contre toute situation de déséquilibre et d’aléa contractuels, en même temps qu’elle veille au
respect des valeurs éthiques tel que l’exclusion des activités illicites du bénéfice de ce mode de financement.

Est-ce la finance islamique n’est réservée qu’au musulman ?
Nous devons par ailleurs préciser – et c’est très important ! – que la finance islamique n’est pas réservée qu’aux seuls musulmans. Tout acteur économique, tout particulier pourrait y accéder, à condition d’accepter les modalités propres à ce système de financement qui sont différentes de celles du système financier classique, dit «spéculatif ou capitaliste ». C’est pourquoi on dit souvent que la Finance islamique est une finance « alternative ».

Quelle est la différence de ce financement avec celui des multinationales comme la Banque mondiale et du Fmi ?
D’emblée, il faut relever que la Banque islamique n’est pas, à proprement parler, un bailleur de fonds au sens d’instrument bilatéral ou multilatéral d’aide au développement comme le FMI, la Banque Mondiale, l’Union Européenne, l’AFD ou autres institutions d’aide au développement. La Banque islamique est une banque de solidarité et de soutien au développement du monde islamique tel que configuré
par l’Organisation de la Conférence Islamique (dont le Cameroun est membre). Et on s’explique qu’elle fonctionne, sans gêne, selon les principes islamiques car les Etats
membres de cette Banque ont en partage, sinon le droit musulman, du moins les préceptes islamiques.

Mais pourquoi cette banque finance les projets d’Etat?
La Banque islamique finance les projets d’Etats, comme bailleur exclusif ou bailleur conjoint, mais autant les entrepreneurs que les ménages, à travers les interventions de sa structure dédiée qu’est la Société Islamique de développement du secteur privé (SIB), ou via des banques commerciales locales qui gèrent des fonds que la Banque islamique met à leur disposition.

Qu’est-ce qui motive l’organisation au mois de novembre prochain à Yaoundé, du colloque international sur la finance islamique ?
L’objectif visé par le Colloque de novembre est triple. D’abord, la sensibilisation sur les règles directrices et les différents produits de la finance islamique, ensuite la présen-
tation des mécanismes structurels d’implémentation des services de la finance islamique dans nos pays de la zone Beac/Cemac et, enfin, la présentation des perspectives réglementaires au niveau de la sous-région ainsi que des opportunités de financement que la Banque islamique est prête à mettre à la disposition des Etablissements de crédit pour gestion au profit des entreprises et des particuliers.
Nous voudrions du reste préciser qu’il était grand temps qu’un tel événement se tienne dans notre sous-région qui, comme à son habitude, est en retard de quelques marches. Sans évoquer les pays du Maghreb ou du Moyen-Orient où ce système est un fait culturel, la promotion de la finance islamique est aujourd’hui rendue nécessaire par l’ouverture de nos économies au monde islamique (Turquie, Maroc, Tunisie, Malaisie, Pays du Golfe, etc.). La zone Uemoa, cousine de notre zone économique et monétaire, en a bien saisi les enjeux en engageant activement un processus de création d’un cadre juridique et institutionnel pour l’implantation des structures
de financement islamique.

Pour comprendre comment est né ce colloque ?
Le colloque sous-régional sur la finance islamique est né d’une confluence d’initiatives entre la Banque islamique de développement (Bid) et le Centre africain pour le droit et le développement (Cadev). Chacune de nos deux organisations avaient, dans leur programme d’activités pour 2017, envisagé d’organiser une session de sensibilisation et de formation sur cette thématique. Chemin faisant et par la force des choses,
les deux acteurs ont pu s’accorder pour une co-organisation de l’événement, à Yaoundé.

Quelles sont vos attentes à l’issue du colloque de Novembre ?
Pour le Cadev, toujours motivé par le souci de vulgariser les connaissances mêmes les pointues, nous attendons du colloque qu’il permette de poser les premiers jalons d’une formation opérationnelle au système de la finance islamique. L’heure est venue de démystifier ce mode de financement, de chasser les idées reçues et, surtout, de faire prendre conscience des immenses champs de recherche scientifique et de connaissances pratiques qu’offre la finance islamique. Demain, nous en sommes sûrs, ce système va se développer car c’est une alternative fiable, notamment dans des économies aussi fragiles et incertaines que les nôtres. Or ceux qui en seront outillés seront des collaborateurs précieux et des experts recherchés pour les établissements financiers autant que pour les entreprises, voire pour l’Etat.

Quelles sont aussi les attentes de la Bid ?
Pour la Bid dont nous nous permettons de traduire les attentes, c’est le même espoir que le Colloque aboutira à une meilleure connaissance de la finance islamique au-delà du petit cercle des spécialistes. On ne le dira jamais assez, la finance islamique souffre, en Afrique centrale, de ce que nous appellerions le « préjugé bantou », où d’aucuns pensent que la finance islamique est un financement réservé aux seuls musulmans et qu’elle n’est pas compatible avec l’objet social des établissements financiers classiques. Au surplus, la Banque islamique a à cœur de présenter ses lignes de financement qui sont des opportunités pour le secteur privé, et il est par conséquent attendu qu’à l’issue du Colloque, un plus grand nombre d’acteurs économiques
puisse en bénéficier.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP