Lundi, 17 December 2018
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Respect et admiration à Joseph Kadji Defosso

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On a parfois moqué son « analphabétisme ». On a souvent critiqué son style de management très directif, centralisé, paternaliste. Mais personne ne peut denier à Joseph Kadji Defosso son flair, son sens des affaires, et son formidable bon sens tout court. Des qualités qui ont fait de ce dinosaure un pionnier et un grand bâtisseur de l’économie camerounaise.

Par Protais Ayangma*

A contre-courant des théories modernes, Kadji Defosso a beaucoup embrassé et très bien étreint des secteurs très divers dont les synergies et les économies d’échelles n’étaient pas évidentes: de la brasserie au sport en passant par l’assurance ou l’immobilier. Il a osé, il a défié, résistė et vaincu.

À mes yeux, son fait d’armes le plus remarquable dans son brillant parcours reste l’Union camerounaise des Brasseries (UCB). Joseph Kadji Defosso a su non seulement résister à l’ogre CASTEL, qui a avalé tous ses concurrents (allemands compris),mais l’a parfois mis en sérieuses difficultés ,notamment avec son produit « Spécial pamplemousse » que les Brasseries du Cameroun n’ont pas réussi à challenger même au prix du débauchage de ses cadres… Au point de lui valoir l’immense respect de M.Castel.

Il a su tenir tête à ses partenaires étrangers, quand ils ne les « roulaient » pas tout simplement; confirmant le fait que le business n’était pas une affaire d’enfants de chœurs ou de naïfs. Mais, une affaire de malins et de stratèges! Pour une fois, que nous aussi, pouvions tromper nos amis occidentaux, si souvent condescendants et convaincus de leur supériorité !

Je n’étais pas un familier de M. Kadji. J’ai eu toutefois, l’occasion de le croiser quelques fois. A la Chambre de commerce où il était président de la section Commerce, au cours des rencontres secteur privé/secteur public où son franc parler était redouté. Son registre lexical contribuant à détendre l’atmosphère et à briser la glace de réunions parfois trop protocolaires.

Mais, j’ai eu à le rencontrer au moins deux fois en tête à tête. Une fois, grâce a un ami, qui était un de ses médecins. Nous venions alors avec quelques amis de créer ECAM et j’étais aller le voir pour l’en informer, lui expliquer nos motivations et lui proposer de prendre la tête du Comité de parrainage de cette nouvelle organisation du secteur privé. Il m’avait écouté religieusement, m’avait posé quelques questions et m’avait donné son accord. Le jour de l’événement, qui se tenait à Akwa Palace, alors qu’on nous avait assuré qu’il serait là et qu’il était même en route, il n’est jamais arrivé et nous fîmes sans lui…

Revenge d’un pratriarche qui estimait n’avoir pas obtenu beaucoup plutôt la reconnaissance qu’il méritait de ses jeunes pairs ou prudence d’un vieux loup qui y a vu une tentative d’instrumentalisation? La deuxième fois que j’ai eu l’honneur de le rencontrer, c’était à sa demande. J’étais alors président de la Fédération des Sociétés d’Assurances Africaines (FANAF) et sa Compagnie d’assurances avait quelques problèmes avec l’Autorité de contrôle.

Il n’arrivait pas à comprendre… Il avait crée sa compagnie d’assurances et y avait mis son argent. On lui demandait de la re capitaliser. Ce qui ne lui posait pas de problème particulier. Mais il ne comprenait pas pourquoi on lui demandait de ne plus intervenir dans sa compagnie et surtout de ne pas toucher à l’argent de cette compagnie. Plus grave, on voulait lui imposer un DG nigérian ayant tous les pouvoirs. « S’il bouffe tout mon argent qui va me rembourser « , me questionna-t-il? Il doit aussi mettre son argent. Il finit par avoir raison de la puissante Autorité de contrôle, même s’il dût concéder de quitter la présidence de la société.

Au cours de ces visites qui ont eu lieu à son domicile, j’ai pu me rendre compte de l’immense respect ,que dis-je, de l’allégeance dont il bénéficiait de la part de nombreux visiteurs , y compris ses fils, qui se pressaient dans le salon du vénérable patriarche…

Le monde des affaires vient de perdre l’un de ses plus illustres mousquetaires et nous ne pouvons que lui témoigner respect et admiration. Et, essayer de poursuivre son œuvre dans la voie qu’il a tracée. Il reste à sa succession de pérenniser ce legs et aux hagiographes le soin d’écrire l’histoire de cet homme exceptionnel, qui doit figurer au panthéon de l’histoire économique de notre pays. Et, à coup sûr, un cas d’école pour les business schools!
*Président ECAM

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