Lundi, 20 Mai 2019
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Réseaux sociaux: Le nouveau joker de Paul Biya

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Depuis le 22 avril, le chef de l’Etat utilise abondamment les plateformes digitales pour appeler à l’union sacrée autour de la défense de la patrie.   

Par Jean De Dieu Bidias

Ces deux dernières années, il a régulièrement utilisé ce canal pour adresser, soit des messages de condoléances ou de réconfort à ses homologues à la suite d’une catastrophe ou d’un drame dans leurs pays, soit des félicitations  à l’occasion de la célébration de leur fête nationale. Rarement Paul Biya a fait recours aux réseaux sociaux pour s’exprimer sur les  questions d’intérêt national. Mais, depuis le 22 avril, il est devenu hyperactif sur ces plateformes. Il en a même fait son principal outil de communication et y diffuse des messages qui appellent à l’union sacrée pour faire échec à toute tentative de « déstabilisation » du Cameroun.

« Nous n’avons qu’une patrie. Il est de notre devoir de la défendre et de la conduire, tous ensemble, sur les chemins de la grandeur et de la prospérité pour tous », écrit le chef de l’Etat ce jour-là. Depuis ce tweet inaugural largement repris et commenté par la presse, le président de la République n’a plus observé de trêve. Dans les deux langues officielles du Cameroun que sont l’anglais et le français, au quotidien, il publie simultanément sur Facebook et Twitter, au moins un message sur des thématiques aussi variées que les valeurs qui fondent le vivre-ensemble, la défense de la patrie, la spécificité de démocratie camerounaise, l’expression des libertés, la valeur du travail, etc. Le 02 mai, il a écrit : « La liberté doit servir des causes justes. On peut parfaitement s’exprimer sans dresser des barricades, sans détruire, sans saccager ». Et le lendemain : « vous devez surtout vous défier des chants trompeurs des oiseaux de mauvais augure, ces marchands d’illusion qui n’ont pour projet que la déstabilisation ».

Le 24 avril, il a adressé pour la première fois via les réseaux sociaux, un message de condoléances aux familles des victimes des dernières attaques de la secte terroriste Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord. Et le 1er mai, Paul Biya a même souhaité une bonne fête du travail à ses compatriotes travailleurs. Dans la même veine, il a émis hier 06 mai, le vœu d’un bon début de jeûne du Ramadan à tous les fidèles musulmans. Ces sorties désormais ininterrompues du président de la République coïncident avec l’accentuation des pressions extérieures sur le régime, pour la résolution de la crise anglophone et la décrispation du climat sociopolitique.

Pour quelqu’un dont la prise de parole était jusque-là rare y compris en temps de péril sur la nation et, étant donné le faible taux de pénétration de l’internet au Cameroun – 35,64% selon le dernier rapport de l’Agence de régulation des télécommunications -, le choix de communiquer dans une sorte de monologue à travers les réseaux sociaux est-il le plus adapté au contexte ? S’il est évident que la cible des messages présidentiels c’est le peuple, ceux-ci ne parviennent en réalité qu’à une minorité de personnes qui le suivent sur les plateformes digitales. Il compte à peine 420.000 abonnés sur Twitter, et 870.000 personnes le suivent sur Facebook. Outre le fait que ses followers sont principalement regroupés dans les grandes agglomérations, ce qui rend minime l’impact de ces messages, le taux de pénétration des réseaux sociaux ne dépasse guère 14% dans le pays.

De plus, il n’y a pas possibilité d’interactivité véritable avec les destinataires, qui posent une tonne de questions sans réponses au chef de l’Etat. Sur son fil d’actualité, l’on note que beaucoup parmi ceux qui réagissent aux posts de Paul Biya souhaiteraient avoir un échange effectivement interactif avec lui. D’autres les trouvent même trop aériens. Spécialiste des réseaux sociaux, Chedjou Kamdem note que le président de la République est passé d’une communication essentiellement institutionnelle – posts sur la réception des hôtes, publication des décrets, etc. -, à des sorties plus proches des préoccupations du peuple. Il pense que, « même si la communauté du chef de l’Etat sur les réseaux sociaux n’est pas grande, ceux qui le suivent font des captures d’écran qu’ils partagent presque systématiquement, boostant ainsi la lectures de ses messages. Beaucoup d’internautes qui ne sont pas abonnés à la page du président ont vent de ses posts au quotidien ».

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