Vendredi, 20 Septembre 2019
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Réinsertion sociale:la vie après la prison

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Entre abandon et rejet de la société, les ex-bagnards peinent à s’intégrer.
Par Junior Ayissi (Stagiaire)

« Faire la prison est une gageure », déclare Nestor Carlos, ex-détenu de la Prison de Mfou. Incarcéré pendant deux ans dans ce pénitencier, il en est sorti en 2017. Il y avait été conduit pour « une histoire d’escroquerie montée de toute pièce par son patron de cette époque », dit-il avec un air désemparé. Pensant avoir passé le plus dur dans ce qu’il qualifie d’ « enfer terrestre », il s’attendait à sa sortie à une sorte de reconsidération. Mais hélas ! Nestor relate que la société lui jette maintenant un autre regard.
Dans le cadre familial, il n’a plus de respect et à la moindre dispute, il reçoit au visage « tolard». Son épouse ayant bradé la plupart de ses biens pendant son excursion d’un autre genre et à qui il a pardonné des frasques répétées, ne lui voue plus un respect ou une soumission au mari qu’il est, tel que prescrit par la bible. Ses enfants également voient en lui un homme ayant failli à ses responsabilités de père, «papa, nous l’aimons mais il aurait dû nous éviter la honte», confie l ‘une de ses filles. « Il ne le mérite pas au vu de ses fréquentations avant d’être enfermé », reprend-elle.
Sur le plan professionnel, ce technicien en bâtiment peine à retrouver la confiance de ses pairs. Si ceux-ci reconnaissent en lui une expérience avérée, mais, ils éprouvent une grosse difficulté à lui attribuer des tâches sérieuses et importantes comme par le passé. Les clients qui veulent s’engager prennent du recul à l’écoute d’autres techniciens dans le même secteur d’activités qui disent les « prévenir d’éventuels déboires». Aujourd’hui, il est réduit à des tâches de manœuvres. Deux années après sa libération, il a «l’impression de marcher avec une plaque sur le front qui définit son parcours terrestre et détermine son avenir», s’attriste-t-il.
Un autre qui, lui, se retrouve presque mendiant, rejeté par les siens, chassé de la maison familiale, Hugo (nom d’emprunt) déambule dans les vastes ruelles de Bonabéri. Il est reconnaissable par des tenues délavées. Un jour, une chemise bleue-ciel dont on douterait véritablement de sa couleur d’origine, un pantalon jeans sale qui lui colle d’ailleurs à la peau. Un autre jour, il varie cet accoutrement avec un manteau noir qu’il pose sur un tee-shirt de la même couleur avec des caricatures au-devant. Il s’est retrouvé errant dans la rue à sa sortie de prison en 2017. Il s’y était retrouvé pour vols et recels, principal chef d’accusation. Hugo dit avoir été piégé par un ami, qui, à l’époque étaient tous deux étudiants en deuxième année à la faculté de droit. Il va écoper de deux ans d’emprisonnement ferme après avoir passé un an de détention provisoire. « Cette épreuve m’a traumatisé et jusqu’aujourd’hui, je ne m’en suis pas remis », narre-t-il avec amertume. « Mon père m’a mis à la porte du domicile familial. Depuis ce temps je suis sans repères. J’ai commencé à avoir de mauvaises fréquentations et je me suis installé définitivement dans la rue » poursuit ce père d’un garçonnet de quatre ans.
Pouvoirs publics
Après la prison, il y a une vie et la loi camerounaise l’a reconnu. Le code de procédure pénale a prévu en ses articles 730, 731, 732 et 733 un suivi social pour toute personne sortant des geôles pour une réinsertion facile. Même si la part belle est accordée aux mineurs, l’article 730 de ce document stipule que: «la liberté surveillée du mineur est le régime sous lequel il est remis à ses parents, tuteurs ou gardiens et suivi par des agents spécialisés appelés délégués à la liberté surveillée. Elle consiste en des mesures d’assistance, de protection, de surveillance et d’éducation ». Et le prochain article (731) indique que cette liberté surveillée appliquée aux mineurs est l’apanage du ministère de la Justice et celui des Affaires sociales. Le mineur nouvellement sorti de prison est alors remis à une famille d’accueil qui s’occupera de lui, lui permettant d’éviter la récidive jusqu’à ce que celui-ci devienne autonome sur tous les plans. Martin Claude Amougou, agent principal des affaires sociales (Apaf), cadre au Minas va préciser que : « pour ceux des enfants ayant une famille, on va les renvoyer dans celles-ci et leur attribuer un délégué pour leur suivi». Il va néanmoins relever que certains « ex-détenus mineurs fuient à leur sortie de prison » et va également soulever des irrégularités telles que : « le jugement d’un mineur soit ouvert au public ». Ce qui est anormal selon lui.
Si les ex-prisonniers mineurs semblent être les mieux encadrés en termes de réinsertion sociale, ils ne doivent pas être les seuls à mériter cette attention. Les adultes aussi devraient bénéficier du même intérêt à leur sortie. Martin Claude Amougou, reconnaît qu’il y a « une insuffisance de personnel » pouvant accompagner ceux-ci au quotidien dans leur processus de réadaptation sociale. Il avoue que cette tâche a été confiée aux organisations non gouvernementales qui essaient d’honorer leurs engagements via leurs différentes représentations dans quelques prisons du pays. C’est le cas du Centre d’orientation et d’éducation (Coe) qui travaille dans les prisons de Bafoussam, Mbalmayo, Douala, Garoua et à la Prison centrale à Yaoundé. Selon Michela Gaffuri Riva, la responsable du Centre d’orientation et d’éducation (Coe), la réinsertion est d’abord un processus qui doit commencer en prison. D’où le rôle du Coe, dont son responsable explique les missions : « nous essayons de suivre les détenus proches de la sortie avec une attention particulière. Là, nous apportons un suivi psychologique ». A la sortie de ceux-ci, cette association leur « facilite une réinsertion via des formations professionnelles que les ex-détenus commencent en prison. Aussi, des opportunités de travail immédiatement à la sortie, à travers l’accès aux micro-crédits pour ceux qui présentent des projets », ajoute-t-elle en précisant qu’il « y’a également un travail de sensibilisation qu’il faut faire auprès de la population ».Car un individu sorti de prison est mal vu et donc elle reconnait que « c’est un processus assez complexe et qui pose assez de défis ».
Un ex-détenu avec un casier judiciaire trop entaché peut être embauché à tous types d’emplois, mais avec un suivi. Par contre, il ne peut pas postuler aux concours administratifs et aux métiers de la caisse.

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