Mercredi, 14 Novembre 2018
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Présidentielle 2018:la réélection de Paul Biya vue de Paris, Londres et Washington

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Tout en prenant acte de la victoire de Paul Biya, la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis l’invitent à résoudre la crise anglophone et à renforcer la démocratie et l’Etat de droit.
Par Jean De Dieu Bidias
La France était restée étonnamment silencieuse depuis la convocation du corps électoral en vue de l’élection présidentielle du 07 octobre dernier au Cameroun, le 09 juillet. Depuis hier mardi, soit un jour seulement après la proclamation des résultats de ce scrutin par le Conseil constitutionnel, lesquels résultats donnent Paul Biya vainqueur avec 71,28% de suffrages exprimés, l’ancienne puissance tutélaire a félicité l’ancien-nouveau président de la République, non sans lui adresser ses vœux « de réussite pour ce nouveau mandat afin de satisfaire les aspirations légitimes du peuple camerounais à la sécurité, à la prospérité et à la pleine expression des libertés ». Elle note « avec satisfaction que l’élection présidentielle s’est globalement déroulée dans le calme », et appelle « au maintien de ce climat apaisé et au respect des procédures légales si des contestations des résultats devaient avoir lieu ». En revanche, la France dit regretter cependant que « de nombreux Camerounais n’aient pu exprimer leur choix, notamment dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays », et rappelle sa condamnation des violences commises dans ces régions tout renouvelant son appel au « lancement d’un dialogue politique inclusif, seul à même de permettre la résolution d’une crise qui s’est aggravée durant l’année écoulée et a des conséquences pour les populations concernées ».

L’opinion nationale avait ainsi besoin d’être fixée sur la position de l’Hexagone après l’élection présidentielle camerounaise. Fin juin dernier, et alors même que Paul Biya n’avait pas encore annoncé sa candidature, le président Emmanuel Macron avait dépêché à Yaoundé son secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et de l’Europe, Jean-Baptiste Lemoyne. La visite du diplomate français, en marge de laquelle il aura rencontré les plus hautes autorités camerounaises y compris le chef de l’Etat, était apparue aux yeux de beaucoup comme l’onction de Paris pour la réélection de Paul Biya. Par ailleurs, tout en estimant qu’il y avait de la part du gouvernement camerounais une « volonté avérée de dialogue » en vue de la résolution de la crise sécessionniste dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, Jean-Baptiste Lemoyne avait officialisé l’opposition de son pays au fédéralisme ou à la sécession, en affirmant que « le Came­roun [c’est] l’unité dans la diversité ».

Indépendance
Le Royaume-Uni félicite lui aussi Paul Biya et, sans revenir sur les conditions de sa réélection, se montre plus incisif dans le ton pour ce qui est des troubles dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. « Nous restons profondément préoccupés par la détérioration de la situation dans les régions anglophones, qui continuent de subir des niveaux élevés de violence et de violations des droits de l’homme perpétrées à la fois par les forces de sécurité et les séparatistes armés. Le Royaume-Uni appelle le gouvernement camerounais à prendre des mesures urgentes pour remédier à cette crise », écrit la ministre britannique en charge de l’Afrique.

Pour Harriett Baldwin, les uns et les autres doivent éviter le recours excessif à la force. En outre, pense-t-elle, « il est essentiel que toutes les parties s’engagent dans un processus pacifique et structuré qui débouchera sur des réformes constitutionnelles ». Pour mémoire, la Grande-Bretagne avait clairement rejeté, en septembre 2017, la demande d’indépendance de la partie anglophone du Cameroun à elle adressée par le Southern Cameroon National Council (SCNC). On pourrait penser toutefois qu’elle n’est pas totalement opposée à l’idée du fédéralisme. C’est dans ce sens que visiblement elle appelle le gouvernement camerounais à procéder à des réformes constitutionnelles.

Les Etats-Unis d’Amérique ont été les premiers à réagir tout juste après la proclamation des résultats de la présidentielle camerounaise. Sans saluer la réélection de Paul Biya, ils ont plutôt félicité le peuple camerounais en général pour avoir préservé la paix tout au long du processus électoral, et aussi Elecam qu’ils disent avoir amélioré l’organisation du scrutin. Le pays de Donald Trump demande « instamment », pour ce qui est de la crise anglophone, à toutes les parties « de respecter l’Etat de droit, de régler pacifiquement tous les différents par des voies juridiques établies, et d’éviter les discours haineux ». Il appelle par ailleurs les autorités à « préserver les principes démocratiques de séparation des pouvoirs, d’équité, d’indépendance et d’impartialité ». Pour une déclaration qui intervient après la proclamation des résultats, le pays de l’oncle Sam semble visiblement émettre des réserves quant au respect de ces principes lors de la dernière élection.

Retraite
Le 09 octobre dernier, au lendemain du scrutin présidentiel, les Etats-Unis avaient assuré appuyer « fermement le droit du peuple camerounais de choisir son chef par le biais du processus démocratique ». Cette déclaration s’alignait sur celle de leur ambassadeur, Peter Henry Barlerin, au sortir d’une audience avec le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary. « Mon pays n’a pas de candidat privilégié. Le souhait des Etats-Unis est que le processus électoral soit libre, juste et crédible ». Seulement, le communiqué de l’ambassade du 09 octobre dernier contenait un gros sous-entendu : « Avant les élections, beaucoup ont affirmé qu’il était depuis longtemps convaincu que lors d’un scrutin à un tour avec plusieurs partis, les coalitions augmentaient les chances de concurrence électorale ».
Avant ces déclarations sur la présidentielle, le pays de l’oncle Sam et le pouvoir de Yaoundé s’étaient brouillés suite à un communiqué rendu public par l’ambassadeur Henry Peter Barlerin, après une audience que venait de lui accorder le chef de l’Etat, Paul Biya, le 17 mai dernier. Ce dernier était allé jusqu’à révéler avoir dit personnellement au président de la République de penser à sa retraite et à son héritage. En 2011, l’ex-président Barack Obama avait royalement ignoré la réélection de Paul Biya.

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