Mardi, 23 Octobre 2018
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Présidentielle 2018 : La lettre ouverte aux candidats de la princesse Marylyn Douala Manga Bell

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Messieurs les candidats,
Permettez-moi d’adresser mes félicitations à ceux des candidats qui ont inscrit dans leur programme des propositions sur la culture ! Quelques-unes sont expéditives, d’autres sont le fruit d’une réflexion, qui nous laisse tout de même sur notre faim.
J’aimerai vous interpeler sur 4 points qui, dans vos programmes, me semblent ambigus, mal agencés ou complètement ignorés.
1. le patrimoine ancestral est votre priorité. Qu’en est-il du patrimoine contemporain …?
Nous sommes tous évidemment d’accord avec la nécessité de protéger, améliorer, se réapproprier, valoriser … préserver nos patrimoines ancestraux. !
Mais, en ce 21ème siècle, les camerounais d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.
Le choix passéiste du patrimoine ancien ne doit pas occulter notre actuel métissage culturel, leg de rupture coloniale qui a bouleversé, de façon profonde et irréversible, nos systèmes de valeur, nos modes de production et de consommation, nos relations au savoir, notre estime de soi, notre rapport à l’autre et au monde ….
Mais il faut s’atteler à la tâche de créer un patrimoine contemporain, qui s’adressera en priorité à la jeunesse camerounaise en lui proposant des repères de son temps.
Promouvoir des chantiers patrimoniaux d’hier, certes, mais ne pas oublier ceux d’aujourd’hui qui d’une part participeront à un meilleur ancrage dans le réel. Et finalement pourraient laisser des traces de votre passage à la tête de l’Etat pour les générations futures !

2. Pourquoi prioriser de nouveaux investissements culturels, et ne pas s’arrimer à l’existant ?

Vous donnez l’impression de partir du néant ! Pourquoi, par exemple, investir dans une Académie des Arts très centralisée, alors que le maillage des écoles et instituts d’art existent déjà
Avec quels moyens comptez-vous financer vos nombreux investissements ? Allez-vous sortir le Ministère des Arts et de la Culture de sa marginalisation actuelle au sein même du gouvernement, avec une dotation budgétaire annuelle depuis 2015 de +/- 4 milliards de Fcfa, dont 3 pour le fonctionnement … !
Le secteur culturel est une niche économique inexploitée. Les entrepreneurs culturels créent des emplois et consomment les biens et services d’entreprises locales. Ils contribuent également fortement à la balance des paiements (tourisme, exportations de biens culturels, …). Bien administré, le secteur offre une très belle opportunité de diversification de l’économie camerounaise.

Pour cela, il a besoin d’être accompagné, renforcé, mis en cohérence. L’une des priorités est donc la refonte du cadre institutionnel, qui doit booster l’économie de la culture. Ce n’est pas seulement le statut de l’artiste et les droits d’auteurs ! Cette question du financement et du cadre institutionnel a été abordée par Jean-Pierre Bekolo, dans sa proposition de « Pacte Final ».

3. Les arts, la culture et l’international

La dimension « marketing » des arts et la culture n’est pas présente dans vos programmes.

Le Cameroun devrait se doter d’une vitrine internationale culturelle. A l’instar du Sénégal (avec la biennale de Dakar), du Mali (les Rencontres de la Photographie de Bamako), du

Burkina Faso(le Fespaco) … qui ont acquis, grâce à ces évènements-phare, une image positive, et d’autant plus attrayante que le dynamisme artistique et culturel est signe de vie démocratique.

Et de nombreuses études ont démontré que « cet outil de communication » est un facteur de développement économique, social et humain.

4. Action culturelle et gouvernance

Il est grand temps d’appréhender le secteur des arts et culture comme un levier extraordinaire de paix sociale (par le dialogue qu’il instaure), un vecteur d’éducation large spectre (par la capacité de transmission et de vulgarisation de savoirs) et un facteur d’éclosion de valeurs et d’identité sociétales (par l’imaginaire qu’il libère collectivement, par les repères patrimoniaux qu’il fixe).
Dans la confusion actuelle, les peuples ont besoin de se (re)définir collectivement. Et pour cela, un vocabulaire et un langage communs doivent s’élaborer en vue de l’établissement d’un nouveau contrat social, crédible et respecté par tous ceux qui ont pris part à son élaboration. Le monde de l’art peut aider à créer ce langage commun et à le diffuser. Il peut permettre de nous redéfinir et d’être mieux outillés pour relever les défis du 3ème millénaire. Il peut aider à nous regarder avec bienveillance !

En conclusion, parce qu’ils sont médiation, parce qu’ils sont également des signaux de la créativité/vitalité d’une société… les arts et la culture peuvent, doivent, aider à construire l’identité collective dans un contexte global de peurs, de frustrations et de défiance quant à l’avenir qui est le nôtre. Le monde entier est témoin des clameurs de peuples qui, malgré le risque, vont s’échouer sur les côtes européennes, descendent dans la rue ou prennent les armes, pour revendiquer une nouvelle donne économique, plus équitable, et une gouvernance qui passe par la concertation et la dé- marginalisation de la jeunesse.
Beaucoup reste à dire. Je ne peux tout exprimer ici.

Alors, messieurs les candidats, ENGAGEZ-VOUS SINCEREMENT POUR LES ARTS ET LA CULTURE !

Princesse Marilyn Douala Manga Bell
Septembre 2018

Marilyn Douala Manga Bell a fondé le centre d’art contemporain doual’art. Elle soutient depuis 1991 les créateurs visuels et, expérimente, avec le medium artistique dans l’espace social urbain (plus de 80 projets et évènements d’art contemporain offerts dans la ville de Douala), un renforcement de la créativité en matière de gouvernance locale.

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