Dimanche, 8 December 2019
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Pr Yap Boum II:Plus de 200 patients de plaies chroniques ont été pris en charge

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Représentant pour l’Afrique de Epicentre, branche de recherche et d’épidémiologie de Médecins sans frontières, il revient sur l’importance du « score clinique » dans le traitement de l’ulcère de Buruli.
Par Adrienne Engono Moussang

Dans le cadre du projet de validation d’un score clinique sur l’ulcère de Buruli, vous avez organisé une réunion du 3 au 4 avril à Yaoundé. Quel est le but recherché ?
Lorsqu’on a des malades, il faut qu’on prenne leurs échantillons qu’on envoie au Centre pasteur à Yaoundé et qu’on attende un mois pour avoir les résultats et confirmer la prise en charge du patient. La question à tout moment c’était qu’est-ce qu’on peut faire pour outiller les médecins et les infirmiers surplace à Akonolinga ou dans d’autres villes pour qu’ils puissent eux-mêmes à partir d’un questionnaire assez simple pouvoir dépister l’ulcère de buruli. Epicentre et Médecins sans frontières (Msf) ont donc mis en place ce qu’on appelle le score clinique ce qui signifie que le médecin ou l’infirmier pose un certain nombre de questions au patient et sur la base des réponses, il dira si c’est l’ulcère de buruli ou pas et ainsi donner avec assurance les médicaments adaptés. L’autre question est de savoir si ce score est valide ou pas, c’est-à-dire est-ce qu’il peut être utilisé par tous les personnels de santé quelle que soit leur localité. A la fin de l’étude, peut-on dire à l’Organisation mondiale de la santé (Oms) ou au ministère de la Santé publique (Minsanté) que nous avons un outil que nous pouvons mettre à disposition du personnel soignant ou des tradipraticiens pour pouvoir faire la différence entre un patient atteint de l’ulcère de buruli et celui qui a une autre plaie chronique.
Quels sont les acteurs qui interviennent dans la lutte contre cette maladie ?
Il y a d’autres acteurs qui sont impliqués dans la lutte contre l’ulcère de buruli (FAIRMED, CIRES, Centre Pasteur du Cameroun). Les anciens malades sont organisés à leur niveau. Il y avait AVIDUB qui était spécifique à l’ulcère de buruli et aujourd’hui il y AVPA pour tout ce qui est plaie chronique en Afrique. Ces gens qui ont survécu à ces pathologies nous aident aussi dans la sensibilisation pour faire passer le mot au niveau de la communauté. Le but c’est aussi de les rencontrer pour qu’ils partagent avec nous leur vécu. Il y en a qui ont été malades et aujourd’hui s’en sortent. L’idée c’est de montrer que l’ulcère de buruli est une maladie qui se soigne et ce n’est pas une fatalité, bien qu’après la guérison, il y a des difficultés pour certains à se réintégrer.

Doit-on attendre de Msf qu’ils s’investissent davantage pour l’accompagnement social des malades dans le cadre de la prise en charge de l’ulcère de Buruli ?
Msf n’a pas dans son agenda de revenir travailler sur l’ulcère de Buruli comme il l’a fait avant. Je pense aussi que le ministère de la Santé publique se débrouille pour rendre gratuits les antibiotiques et certains autres médicaments pour tous les patients qui ont l’ulcère de Buruli. C’est déjà quelque chose. Et puis pour le reste, les populations se débrouillent également pour leur prise en charge à l’hôpital ou chez les tradipraticiens. Et là où ils vont, ils paient quand même. Donc on a envie de dire que le gouvernement fait sa part, les partenaires font la leur mais, les patients doivent aussi faire leur part ainsi que leurs élites et autres bienfaiteurs.
C’est une recherche mais dans le cadre de la recherche, les malades sont pris en charge donc leur traitement est gratuit pendant les huit semaines que dure la prise en charge. Et pendant ce temps on pose des questions pour tester le score clinique qu’on évalue. Ils ont droit à la prise en charge médicale et à tout ce qui est examen de laboratoire pour dépister l’ulcère de Buruli.

Quelle est la finalité de l’étude ?
La finalité est très simple. C’est de dire que quel que soit le village où il y a quelqu’un qui a l’ulcère de buruli, même s’il n’y a pas de laboratoire, l’infirmier qui est là doit poser les bonnes questions pour diagnostiquer la maladie et mettre le patient sous traitement.

Combien de personnes ont été enrôlés dans le projet ?
245 malades ont été enrôlés à Ayos, Akonolinga et Bankim bien qu’ils viennent de plusieurs régions du Cameroun. L’étude a permis de sensibiliser au niveau de la communauté. Alors qu’il y a deux ans on n’avait pas vraiment de chiffres sur l’ulcère de Buruli, aujourd’hui, en un an, on a dépisté une centaine de cas sur les différents sites. Ça veut dire que la maladie est toujours présente ; cela signifie aussi que quand on communique, les personnes viennent à l’hôpital quand elles savent qu’elles peuvent y avoir des solutions. L’étude a aussi montré qu’une grande partie de nos malades souffrent de dépression et de tendances suicidaires. Ceci veut dire que la santé mentale doit également faire partie de la prise en charge de l’ulcère de Buruli et autres plaies chroniques.
Ce sur quoi nous voulons également insister c’est d’une part qu’il s’agit d’une maladie qui se soigne et d’autre part qu’il faut intégrer les tradipraticiens dans la prise en charge car, les malades vont tout d’abord chez eux. Donc si on arrive à les intégrer et qu’on sait qui fait quoi, il y a la possibilité d’avoir une passerelle entre les tradipraticiens et l’hôpital, et vice versa.

Avez-vous déjà des tradipraticiens avec qui vous travaillez ?
Bien sûr. Il y a un minimum de huit tradipraticiens et trois étaient d’ailleurs présents lors de notre réunion de coordination du 3 au 4 Avril à Yaoundé.

Des patients sont diagnostiqués à l’hôpital mais parfois, à cause de la lenteur du traitement vont voir les tradipraticiens. Quels sont les comportements depuis que vous travaillez ?
La plupart des patients vont à la fois chez le tradipraticien et à l’hôpital. D’où la nécessité d’intégrer les deux. Ceci permet au médecin de savoir ce que fait le tradipraticien et vice versa pour permettre au patient d’avoir la prise en charge la plus complète. D’autant plus qu’on parle de la Couverture santé universelle (Csu) ce qui signifie que le gouvernement a la responsabilité de la santé des citoyens. En les intégrant, on permet aussi au patient de diminuer les coûts. Parce que s’il paie chez le tradipraticien et revient payer à l’hôpital, ça fait deux coûts alors qu’il pourrait avoir une meilleure prise en charge à moindre coût. C’est vrai que les médicaments sont gratuits mais d’autres choses comme le pansement ne le sont pas. Mais l’idée de la Csu c’est aussi de mettre à disposition le diagnostic, la prise en charge de façon qu’elle soit accessible à tous.

Y a-t-il possibilité qu’il soit renouvelé ?
L’étude non. Mais, il y a d’autres projets qui sont en exécution avec d’autres partenaires. On parle du traitement de la tuberculose qui peut être adapté au traitement de l’ulcère de Buruli par exemple. Il faut maintenant que ces partenaires trouvent des financements.

Satisfait des résultats ?
Pas encore parce qu’on n’a pas encore les résultats finaux. Le projet sera terminé réellement à la fin d’année 2019. Donc on a des réunions de coordination pour finaliser et disséminer les résultats. A mi-parcours, on est très content de voir qu’on arrive à prendre en charge les participants. Par le biais de l’étude, plus de 200 patients qui seraient restés chez eux avec des plaies chroniques ont été pris en charge et beaucoup ont été guéris. De plus, nous mettons en avant l’aspect santé mental dans la prise en charge de l’ulcère d Buruli.
Un autre objet de satisfaction est que par le biais de l’étude le Centre Pasteur du Cameroun qui s’occupe des tests de laboratoire va avoir le statut de Laboratoire supranational mandaté par l’Oms pour servir de référence pour le diagnostic de l’ulcère de Buruli en Afrique.
Qu’est-ce qui a manqué pour qu’on se dise qu’on maîtrise déjà les comportements ?
Il y a un gros travail de sensibilisation et d’éducation. Cela a commencé parce qu’on voit des patients, parce qu’on travaille avec des tradipraticiens… Mais ça doit continuer. On doit aller beaucoup plus loin et arriver à un moment où quand le patient va chez le tradipraticien, il n’a pas l’impression de mentir à l’hôpital. Il faut que chacun ait l’information. L’ulcère de Buruli est une maladie et non quelque chose de mystique, il se traite avec des pansements et des antibiotiques s’il est dépisté à temps.

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