Jeudi, 2 Avril 2020
Accueil quotidien mutations sante Pr Joseph Pierre Fouda: « Notre ambition en 2020 est d’avoir un hôpital sans arnaque »

Pr Joseph Pierre Fouda: « Notre ambition en 2020 est d’avoir un hôpital sans arnaque »

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Au cours de la fête de l’excellence de l’Hôpital central de Yaoundé célébrée le 17 janvier, le directeur de cette formation sanitaire a dressé le bilan de l’année écoulée et a parlé du principal défi de l’année qui commence.

Par Guy Martial Tchinda

L’Hôpital central de Yaoundé a célébré l’édition 2020 de sa fête de l’excellence le 17 janvier. Quelle lecture faîtes-vous de la qualité des soins et services au sein de cette formation sanitaire ?

Commencée avec les précédents directeurs, l’histoire de la culture de la qualité dans notre hôpital connait une accélération depuis 2015, accélération qui a abouti à la certification internationale de la banque de sang de l’Hôpital central de Yaoundé, la première au Cameroun, en Afrique centrale et de l’Ouest, avec le soutien de la tutelle, du comité de gestion, de Pepfar, du Center for Disease Control and Prevention (CDC) et ses organes techniques que sont Safe Blood for Africa et Jembi. Cette certification arrive à point nommé, au moment où notre pays s’apprête à accueillir le Championnat d’Afrique des nations (Chan) et la Coupe d’Afrique des nations (Can), des grands rendez-vous qui connaitront une grande mobilisation des délégations provenant de différents pays, et des mouvements de populations en interne. La communauté nationale et internationale doit être rassurée d’avoir du sang sécurisé dans notre pays, à l’Hôpital central de Yaoundé.

Quelques statistiques…

En 2019, nous avons mis en circulation 10 789 poches de sang sécurisées dont 6 165 en interne et 4 624 destinées à d’autres formations sanitaires de la ville de Yaoundé. En termes de produits sanguins labiles, nous avons également servi 207 plasmas frais congelés et 104 concentrés de plaquette standard. Plusieurs vies ont ainsi été sauvées. Notre partenariat signé avec la société Will&Brothers permettra une distribution rapide et sécurisée du sang et des produits sanguins aux autres formations sanitaires par voie aérienne, en utilisant les drones.

Qu’en est-il de la certification des autres services ?

Nous venons d’engager dans la même voie de l’accréditation, avec le soutien de CDC, le laboratoire central de notre hôpital, ainsi que le laboratoire de biologie moléculaire mis en place par Expertise France et CDC, qui nous permet aujourd’hui de suivre nos patients par la charge virale. Faut-il le rappeler, l’Hôpital central, à travers son unité Hôpital du jour, suit plus de 10 000 patients sous thérapie antirétrovirale.

Parlez-nous de la fréquentation de votre hôpital.

La fréquentation est en constante augmentation. Celle-ci est passée de 131 125 patients en 2018 à 191 216 en 2019 ; De même, nous avons accueilli dans nos services d’urgences qu’ils soient médical, chirurgical ou obstétrical 20 359 patients en 2019 soit 56 cas par jour, contre 18 000 en 2018, soit une augmentation de 2 359 cas.

Dans le même temps, le taux de mortalité qui avait régulièrement régressé passant de 11,6% en 2015 à 5,5% en 2018 est remonté à 6,5% en 2019. Cette augmentation s’explique par le fait que l’Hôpital central de Yaoundé est la référence des cas désespérés, parfois provenant d’autres structures.

Par ailleurs, nous avons hospitalisé 20 746 patients en 2019 contre 21 718 en 2018. Cette baisse est due à la réduction de notre capacité d’accueil qui est passée de 492 lits en 2018 à 424 en 2019, la cause étant les travaux de réfection entrepris au pavillon Pasteur et au Pavillon Leriche.

À la maternité principale, nous avons réalisé 3 949 accouchements en 2019 pour 52 décès dont 50 issus des 354 femmes référées d’autres structures arrivant dans une situation critique, bien qu’ayant bénéficié de la prise en charge totale, n’ayant plus d’argent.

Notre hôpital constitue le centre national de référence de fistules obstétricales au Cameroun, aussi bien dans la prise en charge que dans la formation. C’est ainsi que notre expertise a permis à environ 800 de ces femmes de retrouver leur dignité. Notre avantage dans la prise en charge des urgences vitales est l’existence des kits de médicaments disponibles et le fonctionnement de l’hôpital 24h/24, avec infirmiers, techniciens et médecins prenant la garde effective et présents 24h/24.

L’année a-t-elle été rose sur tous les plans ?

Les difficultés ont été nombreuses et le demeurent. Les 56 personnels allant à la retraite laissent un vide difficile à combler. Leur départ entraine une surcharge de travail pour le reste du personnel ; les équipements médicaux  prévus dans le cadre du Championnat d’Afrique des nations (Chan) et de la Can sont toujours en attente. L’entreprise chargée de réfectionner le pavillon Leriche, la réanimation, l’immeuble des spécialités, a été défaillante et son remplacement reste attendu.

En outre, le groupe électrogène de l’Hôpital central, âgé de près de 30 ans, nous laisse souvent dans le désarroi en cas de coupure d’électricité. Le circuit de distribution d’eau de l’hôpital et certains circuits électriques datent des années 1960 et ont connu l’usure du temps. Le problème d’indigence des malades qui s’apparente aujourd’hui à une fuite en avant pose un réel problème de responsabilité individuelle et collective ; Le problème d’insécurité des soignants et des soignés souvent dépouillés de leurs biens, parfois violentés soit par les usagers, soit par les malfrats, fait vivre dans la peur.

Le problème des corps abandonnés asphyxie notre hôpital. Le 26 août 2019, nous avons reçu l’autorisation d’inhumer 115 corps ayant passé 4 100 jours cumulés pour un manque à gagner évalué à 309,907 millions Fcfa.

Qu’est-ce qui est fait pour résoudre ces problèmes ?

Des efforts sont faits aussi bien au niveau de la hiérarchie que de la direction de l’hôpital. Je voudrais remercier la hiérarchie qui, consciente du déficit en ressources humaines, nous a affecté une vingtaine de personnels de tous grades. Je voudrais ensuite remercier le président du Comité de gestion dont le soutien à tous les instants ne nous a jamais fait défaut. Je voudrais aussi remercier tous nos partenaires.

Quel défi pour l’année 2020 ?

S’il est vrai que le malade a le choix de son hôpital et de son médecin, les chiffres présentés prouvent que les malades nous font confiance et nous en sommes fiers. Notre ambition en 2020 est d’avoir un hôpital sans arnaque, où le taux de satisfaction est d’au moins 95%. Je voudrai dire merci à tout le personnel pour cet engagement et leur demander qu’ensemble nous continuions cet effort vers l’excellence qui est une quête permanente. Les services de la banque de sang, de la salle d’accouchement de la maternité et la morgue qui ont été reconnu comme« meilleurs services », sont la preuve que si nous voulons, nous pouvons aller loin.

Toute notre reconnaissance aux nôtres qui nous ont quittés : le Pr Anatole Afane Ela, professeur des universités, responsable du département anesthésie-réanimation, et le Pr Philippe Nana Njotang, professeur des universités, gynécologue obstétricien ; mais aussi à certains de nos collaborateurs : Thierry Nkoue et Clémentine Magne.

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