Lundi, 19 Février 2018
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Pr Gottlieb Lobe Monekosso:l’icône internationale de la formation médicale s’en est allée

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L’homme qui est à l’origine de l’Initiative de Bamako et de nombreuses réalisations dans le domaine de la santé a été inhumé samedi dernier.

Par Guy Martial Tchinda

«C’était un grand ami pour moi. Nous étions trois médecins au début de l’exercice en 1970. Le regretté Pr Essomba, moi-même et Anomah Ngu. Des trois mousquetaires, je reste le seul ». Ainsi s’exprimait le professeur Gottlieb Lobe Monekosso, en juin 2006, à l’annonce du décès du Pr Victor Anomah Ngu, son compagnon de route. Hélas, le dernier mousquetaire s’en est allé le 19 novembre 2017 à l’Hôpital général de Douala. « La triste nouvelle du décès de notre maître Gottlieb Lobe Monekosso, des suites de maladies, a plongé la communauté universitaire et médicale toute entière dans un profond émoi et une douleur incommensurable », a déclaré hier le professeur Mau-
rice Aurélien Sosso, recteur de l’Université de Yaoundé I.

C’était à l’occasion des hommages académiques rendus à celui qui fût le directeur-fondateur du Centre universitaire des sciences de la santé (Cuss), aujourd’hui faculté de médecine et des sciences biomédicales (Fmsb). Une cérémonie qui a permis de revisiter le parcours académique et professionnel de Gottlieb Monekosso. Né le 13 novembre 1928 à Dibombari, dans la région du Littoral, le Pr Gottlieb Lobe Monekosso quitte son village natal dès sa tendre enfance avec ses parents pour se rendre à
Lagos au Nigeria. Il est reçu au First School Living Certificate (équivalent du Certificat d’études primaires et élémentaires) en Class 4 (cours élémentaire deuxième année). Il
entreprendra des brillantes études de médecine à Londrese n Grande Bretagne, plus précisément à la Guy’s Hospital Medical School en 1947. L’étudiant en quête d’expérience est retenu à la University College Hospital d’Ibadan au Nigeria, et affecté au service des admissions.

Entre 1960 et 1963, alors qu’il est nanti de plusieurs distinctions entre autres, le Bachelor of Medecine (licence en médecine) et le Diploma of Tropical Medecine and Hygiene (diplôme de médecine tropicale et d’hygiène), il est successivement chargé de cours et maître de conférences dans cette institution nigériane. Il ira par la suite à l’Université de Lagos, où sa promotion au grade de professeur titulaire lui vaut
son accession à la position très enviée à l’époque (d’après certains), de chef du département de médecine interne dès 1963. Il va réussir la prouesse de cumuler avec ses fonctions de doyen fondateur de la faculté de médecine de l’Université de Dar es Salam en Tanzanie à partir de 1968.

Sida et choléra
En 1969, son expérience est sollicitée par le président Ahmadou Ahidjo pour ouvrir la première école de médecine au Cameroun. Gottlieb Monekosso s’investit alors pleinement dans ses nouvelles fonctions de premier directeur du Cuss de Yaoundé. « Ce fût le tournant de l’histoire de l’éducation médicale au Cameroun », renseigne Pr
Maurice Aurélien Sosso. Il consacre 10 ans de son existence à ce projet unique en Afrique, d’après le recteur de l’Université de Yaoundé I. Sa carrière internationale prendra une autre tournure entre 1985 et 1995, dans ses fonctions de directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) Afrique. Il est nommé ministre de la Santé au Cameroun en 1997.

Malgré son départ du gouvernement trois ans plus tard, l’ancien ministre garde une oreille attentive à l’état sanitaire de son pays, dominé par la lutte contre le sida et le
choléra. « Je suis le directeur de publication d’un journal que j’ai créé. Son nom c’est « Cam Santé News ». Il traite uniquement des questions de santé au Cameroun et en Afrique. Je le coordonne avec la collaboration de quelques jeunes journalistes à Yaoundé, Douala et Buea. En dehors de cela, je suis les événements ; et chaque fois que
j’en ai l’occasion, je cause avec les responsables qui ont besoin de mesconseils », déclarait-il en 2004, dans un journal. S’il fallait faire la litanie des distinctions honorifiques de cet homme de sciences, on remplirait certainement des pages.

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Néanmoins, il était médecin de la cour de la reine d’Angleterre en 1972 ; chevalier et officier de l’ordre de la Valeur au Cameroun en 1966 et 1976 ; officier des
palmes académiques de la République française en 1974 ; personnalité de l’année en France en 1986…  Le nom de Gottlieb Lobe Monekosso sera à jamais gravé dans l’histoire de la santé publique internationale. Car, il fût à l’origine de l’Initiative de Ba-
mako, destinée à renforcer les systèmes de santé et à donner un élan déterminant aux soins de santé primaire et à la couverture sanitaire universelle. Il fût aussi l’inventeur de l’approche du développement sanitaire en trois phases. L’officier de l’ordre du lion du Sénégal en 1990 aura mené des études dans divers domaines de recherches pour
contribuer à sa manière à l’évolution de la science et plus particulièrement, des sciences de la santé. C’est ainsi qu’il a orienté ses travaux en parasitologie, infectiologie tropicale, hématologie, ophtalmologie, neurologie, santé publique, etc. A son actif, pas moins de 150 publications scientifiques dont la dernière date de 2017 et de nombreux ouvrages.

Héritage scientifique
Il bâtit au Cameroun une formation médicale adossée sur le triptyque « soigner, prévenir, gérer ». Une formation qui intègre la prestation des soins, la prévention des soins, des maladies dans la communauté et la gestion administrative d’une formation sanitaire. L’héritage scientifique de Gottlieb Lobe Monekosso est tout simplement immense. Ses écrits et ses découvertes guideront et serviront d’inspiration pour des générations de scientifiques au Cameroun et dans le monde. « Toute l’Afrique est fière d’avoir vu naître sur son sol une étoile aussi scintillante, distillant généreusement cette lumière rassurante qui ne s’éteindra jamais », souligne Pr Maurice Aurélien Sosso. « Ce fût une référence en la matière. Sur le plan universitaire, il est surtout reconnu comme le pionnier de la formation médicale au Cameroun », ajoute Pr Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur. Et de poursuivre qu’« il a contribué à l’amélioration du système de santé au Cameroun. Gottlieb Monekosso a consacré sa carrière au travail bien fait pour la formation des médecins et des professionnels de la santé.

Pour nous ses cadets, il est et demeurera à jamais un modèle de patriotisme et de
compétence, une vraie marque déposée ». Pour ses étudiants qui se souviennent toujours de ses conseils, le décès de l’ex-directeur régional de l’Oms pour l’Afrique est une grande perte. « Le professeur est un monument pour nous. Il nous disait toujours que le médecin c’est celui qui garde la tête froide pour pouvoir poser le bon diagnostic et donne des instructions pour sauver tout le monde », se remémore une étudiante de la quatrième promotion du Cuss. Décédé le 19 novembre 2017 à 89 ans, Gottlieb Lobe Monekosso sera inhumé demain, 13 janvier à Dibombari, son village natal,
dans la région du Littoral.

 

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