Jeudi, 12 December 2019
Accueil quotidien mutations sante Pr Bassirou Bonfoh: »Il faut une collaboration de différents secteurs »

Pr Bassirou Bonfoh: »Il faut une collaboration de différents secteurs »

367
- Publicité -

Après avoir participé du 15 au 18 juillet 2019, à Dakar au Sénégal, à la 4e Réunion annuelle de DELTAS Africa le directeur d’Afrique One-ASPIRE basée à Abidjan en Côte d’Ivoire revient sur les progrès et les défis de la recherche sur la santé globale en Afrique.
Par Adrienne Engono Moussang
Du 15 au 18 juillet 2019, à Dakar au Sénégal, à la 4e Réunion annuelle de DELTAS Africa placée sur le thème « renforcer les leaders africains de la recherche en santé dans le monde : Un pas vers la ligne d’arrivée». Pourquoi le choix de Dakar pour la tenue de la 4è Réunion ?
Le programme Renforcement des capacités en termes d’excellence dans les domaines du leadership, de la formation et des sciences, (DELTAS AGM) qui est une initiative d’un groupe de bailleurs qui a octroyé des financements à l’Académie africaine des sciences afin de transférer le centre de gravité de la science en Afrique au travers d’un appel a été lancé en Afrique. Et depuis 2015 ,11 consortia dirigés par des Africains ont bénéficié du financement dans quatre pays de l’Afrique de l’Ouest dont trois francophones. Les trois premières réunions annuelles pour le suivi du programme se sont déroulées dans les pays anglophones. Nous nous sommes dits bien que la science utilise l’anglais, il est important de montrer qu’elle a des aspects culturels où l’environnement francophone peut beaucoup apporter. Cette rencontre est une opportunité pour nous de sensibiliser le monde francophone pour qu’il ne pense pas que c’est une affaire d’anglophones. Nous avons par ailleurs voulu démontrer à travers cela que l’espace francophone produit de la bonne science.

Pouvez-vous rappeler les enjeux de DELTAS AGM pour l’Afrique francophone, notamment pour Afrique One-ASPIRE ?
Afrique One-ASPIRE est un consortium qui fait la promotion du concept « une seule santé ». Le concept voudrait qu’on considère la santé comme étant la résultante de plusieurs facteurs. Notamment des facteurs liés à l’animal, ceux liés l’environnement et ceux liés à l’Homme. Si on veut arriver à un bon système de santé, il faut une collaboration de différents secteurs. Et cette collaboration peut permettre de créer de la valeur et d’améliorer le système de santé. C’est ce que nous avons pu vendre à l’initiative DELTAS et qui a valu un financement sur cinq ans de 2016 à 2021. A Dakar, nous avons présenté le bilan de nos recherches et montré qu’à travers cette initiative nous avons pu contribuer à la formation des futurs chercheurs sur le concept « une seule santé ». Le bilan est positif parce que partis d’une planification de 38 étudiants en master et en thèse entre autres, nous sommes aujourd’hui près de 65 jeunes qui sont en formation. En plus, nous avons pu améliorer les conditions de travail dans les laboratoires et la supervision de ces étudiants. Ce qu’il faut saluer c’est que ces étudiants abordent des maladies à l’interface animal, Homme et environnement. Nous sommes en train d’évaluer près de 50 thèmes qui ont été traités. Ces thèmes couvrent la lutte contre la rage canine, la tuberculose d’origine animale, la brucellose, des maladies d’origine alimentaire et la mise en place d’un système de surveillance maladie à l’interface Homme, animal et environnement.

Concernant la rage, n’y a-t-il pas une réticence de la population pour la vaccination dans certains pays?
Je ne dirai pas qu’il y a une réticence mais c’est beaucoup plus le déficit d’informations sur les risques liés aux morsures des chiens. Quand les populations sont très bien sensibilisées et voient la valeur de cette vaccination il y a une adhésion. Sur ce résultat précis, nos recherches ont démontré que ce que nous avons aujourd’hui est efficace à 100%. Nous savons ce qu’il faut faire pour éliminer la rage. Mais, la question est celle de savoir est-ce que la science a produit tout pour cette lutte ? Nous pensons que le vaccin ne suffit pas ce qu’il faut c’est voir les déterminants sociologiques qui permettent une bonne couverture vaccinale. Dans cette couverture vaccinale, nous avons pu démontrer que dans un espace où on arrive à vacciner près de 70% de la population canine, nous allons interrompre la transmission et aller vers l’élimination. En Côte d’Ivoire, par exemple, nous avons pu, à travers cette base, commencer une campagne de vaccination dans la zone de San-Pedro. Ceci pour tester ce modèle et voir s’il marche au vu de la stratégie qui a été développée et validée par le gouvernement ivoirien. Nous pouvons aller à une campagne au plan national et envisager l’élimination de la rage en Côte d’Ivoire. Ce programme s’étend aussi dans les autres pays de la sous-région. Puisque nous voulons développer le même modèle pour la zone Ouest- africaine.

Quelle est la place de la population ?
La population est au cœur de notre recherche. C’est la plus-value d’Afrique One-ASPIRE. Nous ne voulons pas que la population soit consommatrice des résultats de la science. Nous souhaitons plutôt qu’elle fasse partie de la recherche et en faisant partie de la recherche il y a une certaine appropriation. Dans cette logique, la population va mieux comprendre la science, y compris les décideurs. Partant de là l’adhésion sera totale.

Quelles sont vos perspectives dans l’élimination des zoonoses en Afrique ?
Notre premier défi concerne la rage. A ce niveau, les décisions sont plus politiques c’est-à-dire la définition des stratégies et la mise en place d’un point de financement pour aller à la lutte et à l’élimination. Nous avons d’autres maladies comme la brucellose qui reste encore peu connue. On sait que dans les pays développés l’élimination a été faite mais les modèles ne sont pas les mêmes. Parce que les fonds qui ont été mobilisés chez eux sont exorbitants et l’Afrique ne peut pas se permettre aujourd’hui d’utiliser les mêmes ressources. C’est la raison pour laquelle nous cherchons des modèles moins coûteux et adaptés à notre contexte. Il y a d’autres zoonoses (maladies transmises à l’homme par l’animal) dont on ne connait pas encore très bien les mécanismes. C’est le cas de la tuberculose pour laquelle nous avons encore à faire beaucoup de sciences fondamentales afin de comprendre les changements, les adaptations et les modes de transmission de l’animal à l’homme. Nous avons aussi le grand volet des maladies transmises à travers les aliments, il y a des infections, des toxi-infections mais ce qui nous intéresse le plus aujourd’hui ce sont des maladies non transmissibles qui sont liées à nos comportements et à nos modes de consommation à savoir l’hypertension artérielle et le diabète.

Qu’est- ce qui explique ce taux élevé des personnes diabétiques en ce moment ?
Il y a le facteur héréditaire, là on parle du diabète de type 1. Il y a aussi le diabète de type 2 qui est beaucoup lié à nos modes de consommation et à notre façon de vivre : la sédentarité et la consommation de beaucoup de sucre. C‘est là-dessus que nous sommes en train de travailler en cherchant les facteurs de risques qui concourent au développement du diabète .

Quel est le défi d’Afrique One-Aspire?
Le défi se situe à deux niveaux. Le premier niveau c’est que nous souhaitons que la génération actuelle et celle future qui travaillent sur le système de santé, puissent œuvrer sur l’interface entre l’homme, l’animal et l’environnement. Ensuite apprendre les rudiments de la collaboration qui permettent de diminuer le coût. Le second niveau c’est amener les communautés, les décideurs et les chercheurs à travailler ensemble pour se rendre compte de ce qui est produit au bénéfice de la population. Pour ce faire, nous, en tant que scientifiques, nous disons souvent que lorsque les fonds de la recherche viennent de l’extérieur, vous ne pouvez pas vous l’approprier parce que l’orientation du travail à faire vous est dictée par celui qui octroie le financement. Mais, si les fonds proviennent de nos Etats, nous saurons comment mieux définir les priorités et les stratégies de notre santé. C’est avec ce défi, que nous appelons nos autorités à mettre des ressources à la disposition de la recherche.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP