Dimanche, 21 Octobre 2018
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Pouvoir et médias: bourreau et victime?

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Mort de l'évêque Bala

Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale a une fois de plus essuyé ses crampons sur la presse camerounaise, à l’occasion de la 131e édition de la fête internationale du travail. 

Par Georges Alain Boyomo

Au détour d’un paragraphe mis spécialement en gras dans son discours de circonstance, Grégoire Owona en appelle « à nouveau » à l’application de la convention collective des journalistes. Si le ministre du Travail, réputé « ami des journalistes » pour sa disponibilité et son ouverture d’esprit, est dans son rôle régalien de promotion des droits et du bien-être des travailleurs, il ne saurait ignorer les freins à la mise en œuvre de cette convention. Ces freins sont plus le fait du gouvernement que de certains patrons de presse.

Le sujet est important voire déterminant pour l’avenir de la presse et ses employés. En effet, derrière l’application de la convention collective des journalistes se niche celui de la viabilité économique des entreprises de presse, et partant celui des conditions de vie et de travail des professionnels des médias à capitaux privés au Cameroun. C’est un truisme de dire qu’aujourd’hui, dans la plupart de ces structures, le paiement du salaire est dorénavant accueilli comme une pluie en plein désert ! La précarité qui y prévaut fait que les employés sont plus en quête de survie qu’à la recherche des outils pour atteindre ou se rapprocher de l’excellence professionnelle.

La vérité est qu’un journaliste qui a faim n’a point d’oreilles pour le respect des règles éthiques et déontologiques. Entre compromis et compromissions, il finit par devenir une girouette à la merci de lobbies, des forces de l’argent et même des organisations terroristes. Il peut constituer à terme un danger pour la société, car les mots qu’il crache, sans conscience professionnelle, dans un micro ou écrit dans un tabloïd, sont susceptibles d’agir comme des pistolets ou des armes de destruction massive. Les connexions qu’il entretient, de bonne ou de mauvaise foi, peuvent laisser des vies sur le carreau.

Sous ce rapport, il nous semble évident que la plus grande menace à la liberté de la presse au Cameroun tient moins à l’embastillement des journalistes, qui, heureusement, est allé décroissant au fil des années, qu’à l’étranglement économique programmé des entreprises de presse, du moins celles qui ont encore le mérité d’exister. Tout se passe comme si le pouvoir, dans sa volonté plus ou moins manifeste, de neutralisation des contre-pouvoirs contemple avec une certaine jouissance la mort lente de la presse privée. Sachant celle-ci économiquement sous perfusion, le gouvernement camerounais se vante de « l’aider », alors que dans d’autres pays moins nantis, des fonds robustes sont dédiés à l’épanouissement et au développement de la presse.

Cette presse que l’ordre gouvernant mobilise opportunément pour des causes nationales (affaire Bakassi, guerre contre Boko Haram, etc.), et qui a toujours su répondre à l’appel républicain, mérite indubitablement plus de considération. En tout état de cause, en dépit de la clochardisation des journalistes, liée en partie à la démission de l’Etat en matière de financement de la presse, il y a encore sur la place médiatique des Mohicans déterminés à remplir dignement la mission dévolue aux médias : informer, éduquer et divertir. Le quotidien Mutations est fier d’en faire partie.

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