Vendredi, 20 Septembre 2019
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Pierre de Gaétan Njikam: « La diaspora doit et va jouer son rôle »

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Camerounais d’origine devenu adjoint au maire de Bordeaux en France depuis 2014, il parle, outre de la coopération entre sa ville et Douala, des relations de méfiance réciproque entre le pouvoir et les compatriotes de l’étranger.

Par la rédaction 

Camerounais d’origine et adjoint au maire de Bordeaux en France, dans quel cadre êtes-vous actuellement au Cameroun ?

Merci  de m’accueillir dans cette salle de rédaction qui est le lieu où, évidemment,  s’élabore tout ce que nous avons comme plaisir à lire à travers un journal pour lequel j’ai toujours eu énormément d’estime à la fois par la qualité rédactionnelle et également par la tonalité qui est le sien. A vrai dire, je suis là surtout pour retrouver mes racines, je dirais familiales et amicales. Je  vais retrouver des anciens camarades du lycée Leclerc que j’ai eus en classe de première et terminale A4.  C’est en classe de première qu’il y a environ 35 ans, je lançais mon premier club des amis de la culture ;  on se retrouve 35 ans après pour prendre un pot ensemble et se souvenir un peu des moments passés au lycée Leclerc. Par ailleurs,  un détour familial s’imposait parce que j’étais en fait au Ghana et au Togo pour promouvoir entre autres, les initiatives que nous portons à Bordeaux  pour les diasporas africaines de l’espace francophone. Il s’agit de les mettre en contact avec celles des autres espaces linguistiques, notamment anglophone, sachant que le président du Ghana célèbre 2019 comme étant l’année du retour « The year of the return ». Evidemment, quand on vient au Cameroun et au regard des initiatives que nous accompagnons et des projets que nous initions en direction de Douala notamment, il est important que je puisse également aborder des questions de coopération décentralisée. Fondamentalement, je suis là pour  des raisons personnelles et amicales.

En parlant de coopération décentralisée, l’on parle d’un nouvel accord en préparation entre Bordeaux et Douala. Peut-on en savoir davantage ?  

Oui, il y a trois ans, sous l’impulsion d’Alain Juppé, encore maire de  Bordeaux, nous avons initié un accord  triennal de partenariat entre la métropole de Bordeaux et la communauté urbaine de Douala. Pourquoi triennal ? Parce que j’avais suggéré et Alain Juppé m’avait suivi, qu’au lieu d’aller dans des logiques de jumelage classique banal, que nous  puissions nous lier avec des territoires africains, pas simplement Douala, par un contrat triennal de manière à ce que nous puissions, tous les trois ans, évaluer les actions de coopération. C’est cet accord que nous allons renouveler en octobre prochain pour le triennat 2019-2022.

Quels sont les différents axes de cette coopération ?

On a souhaité en fait dès le départ une approche multithématique. Très souvent, les jumelages ou les partenariats sont soit focalisés sur l’activité internationale, sur  les coopérations universitaires ou simplement les coopérations institutionnelles bilatérales. J’avais souhaité en tout cas,  selon les instructions et la volonté de la majorité, d’avoir une approche multithématique ou on a donc le premier axe qui est la ville durable à travers ses principales composantes, notamment la question  de la mobilité urbaine. C’est  ainsi que nous allons accompagner la communauté urbaine de Douala dans l’initiative « Mobilise your city »,  qui a permis de mobiliser plusieurs millions d’euros pour accompagner la fluidité du transport sur  la ville de Douala. En septembre prochain, d’ailleurs, la Banque mondiale et d’autres partenaires financiers, notamment l’Agence française de développement (Afd),  vont augmenter leurs capacités. Deuxième pôle, c’est toute la dimension planification urbaine et la dimension environnementale. C’était le premier axe s’agissant de la ville durable. D’ailleurs, avec la ville durable, nous allons également travailler sur Makèpè-Missokè qui est un quartier extrêmement précaire, sur la mise à disposition pour les populations des forages, une centaine de latrines également, avec  un cofinancement Afd et Bordeaux  de près de 100 mille euros seulement sur cet axe-là. Sur l’axe du sport, puisque nous avons  une expertise à Bordeaux métropole depuis l’organisation de  l’Euro 2016, nous avons mis à  disposition des organisateurs de la Can à Douala, nos  experts pour les aider à préparer dans les meilleures conditions la Can 2019. Comment on fait du sport un élément d’attractivité et de développement économique ? Comment faire en sorte qu’au-delà de ceux qui vont au stade, toutes les populations sur le territoire sur lesquels la compétition va se dérouler puissent profiter, comme cela a été le cas en 2016, lorsque Bordeaux a reçu l’Euro. A côté de cela, nous avons également un programme « jeunes entrepreneurs », avec un focus sur Douala grâce à la collaboration avec la Chambre de commerce. Toujours dans ce cadre-là, nous avons mis une dimension hospitalière et universitaire tellement importante ; nous avons mis sur pied un partenariat très opérationnel entre le Chu de Bordeaux et ses différentes composantes, l’hôpital gynéco-obstétrique de douala et l’hôpital Laquintinie, sur les volets à la fois de l’accompagnement en termes de formation  et de renforcement des capacités, de manière à ce que, effectivement, les passages médecins et infirmiers du Chu de Bordeaux à Douala ne soient pas simplement limités à de simples visites, mais que ces derniers puissent former des équipes qui, surplace, iront elles-mêmes soit former d’autres, en tout cas être beaucoup plus performantes.

Les médecins de Bordeaux de passage au Cameroun procurent-ils également des traitements aux patients ?

Durant leurs séjours à Douala, ils font des interventions chirurgicales, notamment en neurochirurgie pédiatrique. Soit une centaine d’enfants, voire plus qui sont opérés à l’occasion de ces jours-là. Un autre axe important qui va prendre de l’importance, je suis certain, c’est la coopération entre les deux ports (le grand port maritime de Bordeaux et le Port autonome de Douala). Pace que, une des choses que nous avons très honnêtement réussi à Bordeaux c’est la manière dont nous avons travaillé l’articulation de la ville  et le fleuve. D’ailleurs, il me souvient que ce fut un des axes qui nous avaient permis de départager dans les choix opérés entre Douala et Abidjan. Ces deux villes étaient en compétition pour l’encrage africain de notre métropole. Les fleuves Wouri (Douala) et la Garonne (Bordeaux) ont des similitudes, et du coup, on s’est dit la marque Alain Juppé a été, pendant une vingtaine d’années, de faire en sorte que les bords de la Garonne soient réappropriés par les Bordelais  et que ceux-ci ne tournent plus le dos au fleuve. Et donc, comment est-ce qu’avec le contour également du port, faire en sorte que les populations de Douala ne tournent pas le dos au Wouri et se réapproprie le fleuve. Sur les quais de Bordeaux, il y a 40 ans, c’était des bateaux de la Cameroun Shipping Lines, par exemple, qui accostaient et bien d’autres. Mais, aujourd’hui c’est les populations qui vont vers le fleuve  grâce à la requalification des quais. Ça c’était un axe important ; on a organisé des séminaires à propos qui vont se poursuivre. Il est question de faire en sorte que les relations économiques et commerciales entre les deux ports se développent effectivement et créent de la valeur. Un autre axe et non des moindres, c’est la coopération culturelle et universitaire. Nous mettons en relation les universités de Douala et de Bordeaux ; on a lancé un programme que nous finançons par des bourses en faisant venir à Bordeaux des jeunes élèves étudiants de Douala pour faire leurs études à Science Pô Bordeaux. Nous allons accueillir à Douala huit jeunes bordelais au mois de novembre et nous allons également accueillir des jeunes de Makèpè-Missokè à Bordeaux l’an prochain. Ça c’est autant d’axes qui ne sont pas négligeables. Je terminerai par l’aspect artistique ; nous avons des résidences croisées d’artistes. Douala accueillera des photographes et des artistes bordelais et à l’inverse, nous accueillerons des artistes camerounais de Douala.

Bordeaux accueille en 2020 le Sommet Afrique-France. Pourquoi cette ville ? Est-ce que cette rencontre peut servir de base à un nouveau départ dans la relation entre Bordeaux et l’Afrique en particulier et entre le continent et l’Hexagone plus globalement ?

Il n’y a pas de différence que ce Sommet se tienne à Bordeaux ou à la Baule comme en 1989, à Nice ou ailleurs en France ; mais, pourquoi 2020 à Bordeaux et, qui plus est, sur une thématique bien spécifique qui est celle de la ville et du territoire durables en Afrique ? Je rappelle en passant que Bordeaux a avec l’Afrique une relation particulière pas simplement au regard de la question de la traite négrière, de l’esclavage, mais il faut se souvenir qu’à la fin du XIVe siècle, c’est de Bordeaux que les premiers étudiants Africains, notamment originaires du Bénin et d’autres pays, sont partis pour participer au premier congrès panafricain organisé par Marcus Garvey, aux Etats-Unis. C’est aussi à Bordeaux que les premiers syndicats nègres prennent naissance, c’est également à bordeaux surtout dans le processus d’émancipation des gouvernements africains, que se tint le premier congrès constitutif de la Fédération des étudiants d’Afrique noire de France, la fameuse Feanf qui  a accompagnée l’émergence et plus tard l’indépendance des Etats africains. C’est à Bordeaux aussi que beaucoup d’élites africaines ont été formées, puisque c’est là-bas qu’était l’Académie de l’Afrique des Antilles. Certains de nos parents ont été formés là-bas et puis,  c’est quand même à Bordeaux que certaines personnes ont lancé des initiatives fortes qui ont été reconnues récemment par le Forum des diasporas africaines organisé en juillet dernier par le président de la république française. Donc, il s’avère que par un concours de circonstances, les convergences entre Alain Juppé et le président de la République française ont fait en sorte que la décision soit prise plus facilement.

Beaucoup à Bordeaux prédisent déjà que ce sera un Sommet inédit…

Ce Sommet se veut inédit de par la thématique qui va mobilier l’ensemble des chefs d’Etat, pas seulement d’Afrique. Comme tout Sommet Afrique-France, il y a une dimension tradition. C’est le 28e Sommet donc, il y aura un peu de ce qui s’est faut avant, c’est-à-dire, les huis-clos des chefs d’Etat en marge desquels ils vont aborder tous les sujets qu’ils souhaitent. A côté de cela,  en tout en résonnance avec eux, il est question de donner à voir comment l’Afrique institutionnelle, des collectivités locales, de la société civile, des entreprises, des Ong, des diasporas, apportent des solutions et imaginent la ville durable africaine. Et comment également, sur le territoire français, des solutions existent aussi. Comment moi, maire d’un quartier, d’un district comme Bordeaux Maritime, je fais du développement durable avec des bassins à flots, de nouvelles manières d’habiter, l’urbanisme négocié, l’implication des conseils de quartiers, etc. C’est aussi des expériences qu’on trouve en Afrique, notamment au Ghana, à Lomé au Togo, etc. Il s’agit donc de faire un Sommet qui a du sens pour les Africains, pour l’humanité puisque les questions africaines sont les questions du monde. Bordeaux veut capter toutes ces énergies-là au service d’un monde en commun. Bordeaux veut être une sorte de rampe de lancement, le lieu où une nouvelle manière de vivre et de penser le monde construit.

Dans le cadre de la coopération entre Bordeaux et Douala, pourquoi c’est le quartier Makèpe-Missokè qui a été retenu pour l’aménagement ?

(Rire) Il fallait commencer quelque part, mais il fallait de préférence un quartier où il y a des énergies en situation de précarité. Dans l’arrondissement où je suis maire, il y a deux quartiers qui sont considérés comme les quartiers politiques de la ville. Au regard d’un certain nombre d’études et de statistiques, les logements y sont précaires, les gens ont des revenus plus bas que dans d’autres quartiers, les gens ont plus besoin d’égalités sociales qu’ailleurs, etc. On y met donc beaucoup plus de moyens. Dans ces deux quartiers-là, j’ai des jeunes qui sont presque dans les mêmes conditions de précarité environnementale ou financière. Ceux-ci peuvent donc apporter à ceux de Douala l’envie de savoir faire un certain nombre de choses. Donc, on va les mettre ensemble pendant un mois ; ils se connaîtront, ils s’enrichiront humainement. Ils vont travailler sur un chantier jeune, accompagner la construction d’une école. Bien évidemment, il ne s’agit pas de révolutionner la vie des jeunes de Makepè-Missokè, mais dans la diversité des thématiques qui rentrent dans la coopération entre Bordeaux et Douala, il fallait y ajouter une dimension jeunesse.

En tant qu’Africain et Français élu à Bordeaux, comment vivez-vous la situation de l’immigration clandestine ?  Vous est-il déjà arrivé de gérer des cas de jeunes qui débarquent via la mer à Bordeaux ?

Evidemment on gère cette situation avec la pluralité de notre identité. C’est-à-dire que je suis Noir, Africain, Camerounais, Bordelais et élu engagé. Lorsque vous êtes confronté à un tel phénomène, vous devez articuler toute cette pluralité identitaire ; donc, je suis personnellement affecté. C’est ça le sentiment. Parlant de ma responsabilité en tant qu’élu, si je suis confronté directement, on est dans une société organisée. J’ai des collègues et des services qui sont spécialisés à la fois pour l’accueil et l’accompagnement quand ces jeunes sont en territoire bordelais, notamment si ce sont des mineurs étrangers ou des associations que nous finançons qui accueillent et orientent les migrants. L’autre jour encore, sur mon quartier, j’ai été confronté aux réfugiés syriens. Je suis allé à leur rencontre. Ma première question était celle de savoir s’ils arrivent à manger, se doucher, bien dormir, est ce qu’ils sont en sécurité ? C’est mon premier devoir en tant qu’élu. Sur mon territoire, qu’il s’agisse d’un Camerounais, d’un Afghans ou autre, c’est ma première réaction. Après, le niveau d’intervention municipale est limité puisque, après tout c’est la préfecture, c’est l’Etat qui est en charge de cette situation. Je crois que la première chose que nous avons à faire c’est de ne pas fragiliser le tissu associatif qui accompagne les migrants. Soit dans l’accueil ou l’orientation. Parce que le migrant aussi est une énergie, un potentiel. Moi je m’assure que sur Bordeaux Maritime, les associations, si elles me demandent des subventions, je les leur accorde. Je ne serai jamais de ceux qui, en conseil municipal, vont diminuer les subventions de ce genre d’associations.  Ce qui montre le clivage aussi qu’il peut y avoir sur la scène politique. Au de-là de ça, concernant les causes de l’immigration clandestine, moi, en tant que Bordelais, je ne peux pas faire grand-chose.

Il y a une forte communauté camerounaise à Bordeaux qui célèbre son cinquantenaire cette année. Quels sont les rapports que cette communauté entretient avec vous en tant qu’élu en particulier ? Cette communauté s’émancipe-t-elle suffisamment ?

Oui, elle s’émancipe. A preuve, moi-même j’appartiens à cette communauté, continuant ainsi l’engagement que j’avais déjà au Cameroun. Je rappelle qu’en dehors des responsabilités associatives que j’ai eues au lycée Leclerc, j’ai été secrétaire général en 1988 puis président du club Unesco à l’université de Yaoundé. Nous avions organisé avec Luc Sindjoun, la table ronde sur la littérature politique au Cameroun qui a fait date. J’ai été vice-président de la communauté camerounaise à de Bordeaux ; donc, je fais partie de celle-ci et j’en suis toujours très fier. S’agissant de l’émancipation, d’abord ils ont une porte et un accès aisé, ils sont un peu chez eux à la mairie. Honnêtement, on peut être fier de cette communauté. Il y a extrêmement de talent.  A Douala, dernièrement,  j’ai emmené ma tante dans une clinique privée qui était ouverte par un Bordelais d’origine camerounaise, le docteur Serges Tchamgoue, en l’occurrence. C’est formidable ! Ils sont partout. A l’université, dans les hôpitaux, dans les entreprises, à la Chambre de commerce. J’en ai vu certains dans les professions libérales. C’est une communauté dont je suis très fier. Elle s’épanouit véritablement ; cela, comme toute communauté, avec ses problèmes, ses défis, ses enjeux, ses mobilisations multiples et diverses, puis sa relation particulière avec son pays d’origine.

Comment êtes-vous devenu maire à Bordeaux ?

Très honnêtement, la première chose qu’il faut pour y arriver c’est la confiance en soi. Cette confiance, on l’a cultive depuis un certain nombre d’années. C’est un engagement qui me vient du Cameroun. Je revendique toujours cette racine camerounaise dans mon engagement politique à Bordeaux. Ce qui me plait en fait c’est que je n’ai pas vraiment beaucoup changé. J’ai le sentiment que ce qui m’arrive aujourd’hui à Bordeaux a été simplement un environnement dans lequel j’ai pu accomplir une dynamique qui était, je crois, déjà à l’œuvre, depuis le Cameroun. Il existe des environnements pareils qui sont favorables. Des opportunités entre hasard et nécessité. J’arrive à Bordeaux pour faire mes études avec le soutien de Maurice Kamto, de Joseph-Marie Bipoun-Woum, etc. J’y fais mes études de droits et, comme tout étudiant étranger, c’est la débrouille. On vit avec 400 francs par mois en cité universitaire. Malgré cela, étant en cité universitaire, j’ai organisé les premières journées camerounaises de Bordeaux. Durant ces journées, Alain Juppé était Premier ministre et maire. Il est venu et après j’ai été invité à l’une des manifestations municipales. J’ai fait une intervention puis j’ai été rappelé par son directeur de cabinet. Il me dit, on a besoin de vous. Puis de fil en aiguille, après mon diplôme d’études approfondies (Dea) en droit public, j’ai eu envie de faire une thèse, je n’avais pas de bourse, c’était la galère totale. J’ai eu une opportunité professionnelle pour travailler dans le cabinet d’Alain Juppé où j’ai passé 13 ans. Je devais enseigner le droit, j’ai été formé à l’université dans cette optique-là, mais après la vie n’étant jamais linéaire, je me retrouve là et après avoir passé 13 ans au cabinet, un jour j’ai dit à Alain Juppé que je voulais faire autre chose. Il m’a dit d’accord, mais j’aimerais que vous reveniez comme élu. C’est la raison pour laquelle je suis élu depuis 2014. Mais je travaillais avec Alain Juppé depuis 2000. Puisqu’on ne peut pas être salarié et élu de la même collectivité locale, j’ai quitté le cabinet. Après avoir fait du succès, j’ai créé le Fonds de soutien aux jeunes entrepreneurs africains avec Pierre Castel.

Depuis 2016 que nous avons perdu les primaires, nous avons pris de la distance avec ce parti que nous avons créé. J’ai été parmi les membres fondateurs de l’Ump à l’époque. Tout est parti de Bordeaux.

La France à  la Corse, le Cameroun a le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Que pensez-vous des velléités sécessionnistes  et séparatistes ?

Je trouve cette thématique affligeante, dramatique. La question camerounaise est à ce jour une question qui, en elle-même, recèle d’autres dimensions au-delà de la question régionale. J’en suis péniblement préoccupé, mais avec un sentiment d’espoir, je sais que ce sont les hommes qui font l’histoire. De ce fait, je ne désespère pas que toutes les parties prenantes à ce drame puissent trouver une solution qui, évidemment, ne peut être que politique.

En tant que Français et Camerounais, comment comprenez–vous  et comment vivez-vous cette situation de guerre pour ainsi dire, entre le gouvernement camerounais et une partie de la diaspora résidant notamment en France ?

Au niveau de la diaspora, je crois qu’il y a urgence à se parler, à dialoguer, car, l’Union Africaine l’a dit, il y a une partie du territoire camerounais un peu partout dans le monde, c’est-à- dire, la diaspora. Les diasporas doivent bien comprendre les réalités du territoire camerounais. Ne pas seulement voir les faits déformateurs. En même temps, les pouvoirs publics doivent considérer cette diaspora comme une chance exceptionnelle dans le processus historique de renaissance, d’émancipation d’une province africaine qu’est le Cameroun. La diaspora doit et va jouer son rôle. J’ai toujours échangé avec mes amis de la diaspora, cette dernière doit avoir son agenda. En effet, lorsque l’on observe au Ghana par exemple avec Nkwame Nkrumah le panafricaniste, tout ceci s’est produit avec l’aide de la diaspora. C’est-à-dire que, dans l’histoire et dans la reconstruction de l’Etat nouveau africain. La dimension diaspora est essentielle et toutes les grandes figures de l’histoire, enfin beaucoup d’entre elles, ont été en diaspora et à partir d’elle, l’on est parti à l’amélioration des choses. Il faut vraiment qu’il y ait imbrication, à mon avis le moment est venu que les locaux nous aident également. Notamment vous les journalistes, les médiateurs de la société, à faire en sorte que cette connexion soit la plus fructueuse possible.

Bordeaux a du succès dans les affaires au Cameroun et en Afrique, notamment avec son vin réputé de très grande qualité. Comment en retour le Cameroun et l’Afrique pourraient-ils parvenir à imposer certains de ses produits locaux à Bordeaux en particulier, en France et en Europe en particulier.

Merci de finir sur cette note vitivinicole. En effet, le vin est une marque de Bordeaux, un marqueur historique, territorial, économique, culturel et même touristique de Bordeaux. La responsabilité du politique a été lorsque Alain Juppé est arrivé à Bordeaux jusqu’à son départ, il s’est questionné sur comment s’appuyer sur cette ressource pour faire en sorte que le territoire en tire le maximum de bénéfices dans la diversité de ses dimensions. Il a ainsi confié à un des élus en charge de la filière vitivinicole, le projet de la Cité du vin. Ainsi, vous avez à Bordeaux le plus grand musée qui parle des civilisations et le seul au monde. Pour la simple raison et de manière assez paradoxale, que pour mieux positionner Bordeaux dans le monde du vin, et de la viticulture, il fallait parler des autres civilisations du vin. C’est la première chose que doit faire le politique. Ainsi, le maire avait demandé de créer un lieu par excellence où se créera du vin, mais aussi où l’on saura et partagera les civilisations du vin. Et donc, en parlant des vins des autres, vous parlerez du vin de Bordeaux et vous le positionnerez comme étant au centre. C’est la première démarche qui a été établie. Ce projet a coûte près de 70 millions d’euros avec les participations européennes et étrangères.

Ensuite, la filière a été structurée de manière à ce qu’elle ait vraiment quelque-chose de structurant et de structuré, à savoir que l’on a mobilisé l’université pour créer des filières en rapport avec le vin. Donc, nous avons un institut des sciences de la ville et du vin où je suis  d’ailleurs administrateur. C’est comme on peut avoir un institut des sciences du manioc et de ses transformations ou encore du maïs. Ce qui est tellement marqueur et cela fait en sorte que, lorsque vous vous réveillez le matin, vous mangez soit du manioc, soit du maïs, ainsi de suite. Nous avons donc une université qui est d’ailleurs l’une des meilleures dans le monde spécialisée sur le vin, son économie, sa biologie, son commerce, son anatomie, son droit, son tourisme…

Et comment avez-vous conquis le marché international ?

Nous avons alors renforcé la dimension internationale, c’est-à-dire que, nous mobilisons tout l’écosystème vitivinicole dans tous nos déplacements. C’est ainsi qu’en 2013, nous avons créé à Abidjan la première chancellerie de vin de Bordeaux et de Saint-Emilion. Ce qui signifie que nous nous installons dans tous les pays où il est possible. Nous y installons des ambassadeurs, des amateurs et non des commerciaux. Auprès de ces ambassadeurs, nous avons un programme que nous avons développé en Chine et au Japon il y a une trentaine d’années. Nous avons développé des sommeliers en effet, lorsque vous arrivez dans un supermarché comme Mahima, par exemple, vous voyez quelqu’un qui vous vend du vin or, il n’en sait rien de son histoire. Il y a trente ans, en Chine et au Japon, c’était le cas. Aujourd’hui ce n’est plus le cas là-bas. En effet, les choses changent, nous évoluons progressivement et au bout de quelques années, nous aurons formé davantage. Nous formons à Saint-Emilion ; un réseau de jeunes est venu y passer deux à trois semaines pour une formation récemment. Cela devient régulier. Nous réfléchissons par ailleurs  avec le président ghanéen que nous avons d’ailleurs invité à Bordeaux : à l’instar de ce que nous avons fait pour la filière vin, comment structurer la filière cacao, par exemple. Voilà comment nous avons procédé pour valoriser notre localité dans le monde entier. Comment le politique a essayé d’accompagner le développement et le positionnement en leader de la filière vitivinicole bordelaise. Nous espérons de ce fait que cette démarche pourra  inspirer les autres à faire pareil.

Merci M. le maire de nous avoir rendu visite à Mutations !

C’est moi qui vous remercie. J’ai été ravi d’être reçu à Mutations. Je souhaite que votre journal continue à être le quotidien qu’il a toujours été : un espace médiatique libre, engagé et responsable.

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