Mercredi, 30 Septembre 2020
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Patricia Nké: « L’Etat ne m’a pas soutenue »

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Mère de huit enfants, cette résidante de Yaoundé a été victime de l’explosion qui est survenue au lieudit « Rondpoint Damase » le 02 juillet dernier.

Par Arnaud Kuipo

Vous avez été victime de brulures lors de l’explosion survenue le 02 juillet dernier au lieudit « Carrefour Damase ». Comment vous sentez vous maintenant ?

Ça va mieux malgré que je sente encore la douleur au niveau de la main, du pied. Sur la main gauche il y a encore la blessure, ainsi que sur la cuisse. Je disais à ma sœur tout à l’heure que mes remèdes sont finis. Ça fait déjà deux jours (20 août, Ndlr). Quand je prends les remèdes ça ne pique pas. Ça calme la douleur ; donc quand il n’y en a plus ça me dérange.

Vous êtes à la maison depuis quand ?

Je suis déjà à ma troisième semaine. J’ai fait plus d’un mois à l’Hôpital central de Yaoundé. Nous sommes sortis entre le 06 et 07 août. Je ne me souviens plus exactement du jour.

Comment avez-vous vécu à l’Hôpital centrale de Yaoundé ? Racontez-nous votre séjour …

Quand on est arrivé, on m’a donné le lit. J’étais consciente. La douleur était intense. On a exigé qu’on donne d’abord l’argent pour le premier traitement. Comme on insistait que s’il n’y a pas d’argent, on ne pouvait pas faire les soins. J’étais obligée d’envoyer mon petit frère à la maison comme j’avais 20 000 Fcfa là-bas. Il est revenu et malgré ce qu’il a acheté à la pharmacie, on n’a pas commencé les soins. J’ai dormi juste avec la perfusion qu’on m’avait placée à la clinique et les quelques injections qu’on m’avait faites là-bas pour calmer la douleur. Et le lendemain on a encore prescrit une ordonnance d’environ 38 000 Fcfa pour qu’on m’emmène au bloc pour les soins.

Nous avons pu rassembler cette somme. Et on m’a effectivement emmené pour commencer les soins. On a fait des pansements et la douleur s’est un peu calmée. Je n’arrivais plus à dormir après les pansements. On venait même me donner les calmants mais ça ne donnait pas. J’ai commencé à pleurer qu’il est préférable que Dieu me prenne. Ma mère m’a demandé pourquoi je dis ça, je lui ai répondu que j’ai mal. Déjà on faisait le pansement tous les deux jours.

Votre séjour à l’Hôpital central a été marqué aussi par un problème de facture. Comment en êtes-vous finalement sortie ?

Il faut dire qu’on nous mettait déjà la pression. Le major, une femme, est venue nous dire qu’on bloque le lit. Il n’y avait plus d’argent pour continuer mon traitement. L’une des choses que je lui ai dite c’était que si j’avais l’argent je serai déjà partie. Que personnellement je ne suis pas fière de rester là. Le major a donc dit qu’elle va voir quelqu’un. C’est ainsi que plus tard une personne du service social est venue. On m’a posé des questions. Je leur ai expliqué que j’appelle ma famille et personne ne répond au téléphone. Tout le monde dit que : « Je n’ai pas ». Mon père est au village. Lui-même disait la même chose. Quand je demande de l’aide, tout le monde dit qu’il n’a rien.

C’est plusieurs jours après, que le major est venueme voir et m’a dit que le service social viendra ; que je peux déjà commencer à ranger mes effets. C’est ainsi que ça s’est passé pour que je sorte. J’ai même cru qu’ils allaient me donner de l’argent de taxi, mais rien.

Il faut souligner que mon petit ami était déjà allé voir le service social de l’Hôpital central. Mais on l’a renvoyé chez le major. On lui a dit là-bas qu’on ne peut rien faire s’il ne va pas d’abord voir le major. On l’a aussi conseillé d’aller voir le directeur de l’Hôpital central. Il est donc parti et le directeur l’a refoulé. Il lui a dit, entre autres, que si je mourais, on devait faire le deuil à combien ? On devait acheter le cercueil à combien ? Qu’on fasse des efforts pour payer la facture qui s’élevait à 113 000 Fcfa. Il est rentré, on était vraiment déçu.

Je souligne, par ailleurs, qu’on se débrouillait pour manger là-bas. Parfois quand ma mère sortait de l’Hôpital central de Yaoundé, elle rencontrait une connaissance et lui disait qu’elle est dans cet établissement avec sa fille. Et c’est ainsi que la personne lui donnait un peu d’argent qui lui permettait de préparer même du riz.

Vous dites que des inconnus vous ont témoigné leur soutien …

Des gens que je ne connaissais pas m’ont envoyé divers montants : 5 000 Fcfa, 2 000 Fcfa, etc. C’étaient des utilisateurs de Facebook et autres qui ont vu, sur ma photo, l’état dans lequel je me trouvais. Beaucoup m’ont appelée et demandée si c’est bien moi Patricia Nke. Ils disaient qu’ils ont été touchés par ma situation et vont envoyer de l’argent. J’ai reçu même cinq appels de ces bienfaiteurs. Il y a quelqu’un qui a appelé de France et m’a envoyé 50 000 Fcfa. Il m’a dit qu’il a vu ma photo et ça lui a fait pitié. Et comme il y avait mon nom et le numéro de téléphone, il a donc appelé.

Qui leur a communiqué votre nom et votre numéro de téléphone ?

Quand j’étais à la clinique ici à Damase, les gens y sont venus nombreux. C’est là qu’on a demandé à ma sœur mon nom et mon numéro de téléphone. Les gens me filmaient. Pour ce qui est de la publication sur les réseaux sociaux, je ne sais pas exactement qui en est l’auteur.

On va revenir sur le jour de l’explosion, le 02 juillet. Racontez-nous ce que vous avez vécu cette soirée ?

Je ne peux même pas vous racontez. Je ne sais pas à quel moment on a déposé la bombe. Je n’en sais rien. Je me rappelle seulement que j’avais un client devant moi. Je vendais les prunes et les bâtons de manioc. Le client s’est rapproché pour me demander le prix des prunes. J’ai répondu que c’est 1 000 Fcfa et 500 Fcfa. Il voulait un tas de 1 000 Fcfa et avait un billet de 5 000 Fcfa. A un moment j’ai entendu un bruit derrière moi. Je me suis d’abord retournée. Je pensais même que c’était un pistolet ou le poteau électrique qui avait un problème. C’est ainsi que j’ai senti le feu me prendre les habits. Je suis tombée au sol, j’ai commencé à me rouler. Quelqu’un a traversé la route avec un bidon d’eau pour verser sur moi. Plus tard j’ai été transportée à une clinique pour une prise en charge. C’est à la clinique que la police est venue me chercher pour m’emmener aux urgences de l’Hôpital central de Yaoundé.

Soulignons que plusieurs jours avant l’explosionvous n’étiez pas à votre poste pour vendre …

Depuis mon retour à Yaoundé, en provenance du village de mon petit ami dans l’arrondissement de Matomb, j’ai passé une semaine sans aller au lieudit « Rondpoint Damase » pour vendre. Ce jour je suis allée chercher les prunes au marché Mokolo pour vendre en vue d’avoir assez d’argent pour me déplacer à nouveau pour le village. Je n’avais que 10 000 Fcfa. Et quand on voyage avec les enfants il faut toujours prévoir ce qu’ils vont manger. J’avais au programme d’aller déterrer les arachides là-bas au village. Tout mon champ d’arachides s’est même gâté au sol comme je suis dans cet état.

Comment jugez-vous le soutien de l’Etat ?

L’Etat ne m’a pas soutenue. Le 03 juillet, un personnel de la police est venu pour me poser des questions, prendre mon nom, mon numéro de téléphone. Il nous a dit que le peu d’argent que nous-mêmes nous avons, on doit d’abord gérer en attendant que l’Etat intervienne. Il y a une femme qui disait travailler à la Cameroon Radio Television(C.R.TV.) qui est passée. Elle voulait me poser des questions. Elle a promis qu’elle devait repasser pour me faire sortir ; puisqu’elle avait trouvé qu’on m’avait déjà donné la facture qui s’élevait à 113 000 Fcfa. Mais je n’ai rien vu. On a encore passé deux semaines à l’Hôpital central à cause du manque d’argent.

Je ne comprends pas comment l’Etat m’a abandonné. Ça m’a beaucoup touché. L’incident dont j’ai été victime n’est du fait d’un accident survenu chez moi peut-être quand je préparais ; ou encore si je suis allée voler et on m’a brulé. On est venu placer la bombe où j’étais et j’ai été brulée. Et l’Etat m’a abandonné. Il m’a porté et jeté à l’Hôpital central de Yaoundé. C’est ça qui m’a beaucoup touché le cœur. C’est comme si je n’étais pas une Camerounaise. L’Etat m’a montré que je ne suis pas une Camerounaise. Ça me fait très mal au cœur.

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