Vendredi, 19 Octobre 2018
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Parfait Eloundou Enyegue: »Le dividende démographique en Afrique passe à la phase d’action avec les jeunes comme tête de proue »

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Le 20 Septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, s’est tenue une réunion sur ce concept dans le continent noir, à laquelle ont participé des chefs d’Etat et de gouvernements africains, sous la conduite du chef d’Etat guinéen et président en exercice de l’Union africaine, Alpha Conde. Retour sur cette rencontre avec l’universitaire camerounais, qui y a pris part.

Par Adrienne Engono Moussang

Vous avez modéré une rencontre de haut niveau avec des leaders africains sur le Dividende démographique en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Comment accueillent-ils le dividende démographique ou alors quel est leur niveau de compréhension de ce concept ?
Il s’est moins agit de modérer la rencontre que d’offrir un exposé liminaire qui ferait l’état des lieux et servirait de toile de fond pour les présentations individuelles des pays. Ces présentations par les pays avaient pour objectif de comparer les expériences nationales notamment dans la mobilisation autour du dividende et, plus spécifiquement, les politiques et programmes mis en œuvre pour capturer le dividende au niveau national. L’excellente qualité de toutes ces présentations par les pays est une bonne indication du niveau actuel de compréhension du concept de dividende démographique. Pour prendre quelques exemples, l’exposé du président ougandais a clairement rapproché le dividende des théories générales du capital humain.

Tout comme le président ghanéen qui a souligné le rôle crucial des femmes ou encore le directeur général de la coopération et du développement à l’Union européenne, qui a rappelé la nécessité d’investir dans la culture comme élément essentiel dans la capture du dividende. Au-delà de la simple compréhension du dividende, l’on a noté l’enthousiasme des chefs d’Etat et de gouvernements africains qui ont fait du dividende le thème de l’année pour l’Union africaine. Beaucoup de ces leaders apprécient l’importance stratégique d’un investissement autour du dividende et d’une croissance impulsée par les jeunes. L’émergence du dividende démographique comme concept à la mode ne se limite pas aux dirigeants mais s’étend au grand public. Une simple recherche sur internet aujourd’hui vous permettrait de noter que le nombre de citations est passé de virtuellement zéro il y a une quinzaine d’années à près d’un million aujourd’hui, même en se limitant aux citations en français et anglais.

Parlant justement de popularité, n’y a-t-il pas risque que le dividende devienne un slogan comme les autres ?
Le risque est réel. Comme le soulignaient Cornwall et Eade dans leur excellente revue historique des discours sur le développement, la popularité a habituellement une rançon. Dans le cas précis du dividende, le risque serait une dérive vers l’une ou l’autre de deux directions opposées que nous décririons comme « dividende-panacée » ou « dividende panaché. » Le premier risque serait d’ériger le dividende en solution miracle, suffisante, et déconnectée du processus général de développement national. Le second risque, de ‘panaché’ serait, à l’inverse, une récupération opportuniste du concept qui le viderait de sa substance propre et l’accommoderait à toutes les sauces. Il est essentiel de maintenir l’intégrité de ce concept et souligner qu’il n’est ni panacée ni panaché. Il ne se substitue ni ne se confond à d’autres opportunités de croissance et politiques y relatives.

Si ce n’est pas une solution miracle, pourquoi l’Afrique devrait-elle recourir au dividende démographique ?
Pour au moins trois raisons majeures. La première est que la contribution du dividende aux efforts d’émergence des pays africains pourrait être substantielle, durable et multiforme. Les experts estiment notamment que le dividende a contribué pour un quart ou un tiers de toute la croissance enregistrée par les tigres asiatiques entre les années 1970s et la fin du siècle. Une telle contribution est énorme lorsqu’on sait qu’un pays comme la Corée du Sud a multiplié son produit national brut (Pnb) par habitant par un facteur d’environ 100 au courant des 45 dernières années, passant de $280 (soit 150.000Fcfa) en 1970 à environ $27600 (près de 14 millions Fcfa) en 2016.

Au-delà du Pnb, les retombées du dividende s’étendent à l’éducation, la santé, l’inégalité et les rapports de genre. Enfin, la capture d’un premier dividende aujourd’hui à travers l’emploi des jeunes pourrait induire, avec un environnement favorable à l’épargne-retraite, un second dividende lorsque cette large génération atteint l’âge de la retraite en situation de consommateurs solvables.
Une deuxième raison justifiant l’intérêt pour le dividende est le caractère historique de cette opportunité. Les pays ont une fenêtre historique relativement éphémère, autour d’une trentaine d’années, pour capturer leur premier dividende. Pour plusieurs pays d’Afrique, cette fenêtre d’opportunités s’est ouverte depuis 2010 ou va s’ouvrir d’ici 2020 et il serait important qu’ils en tirent un maximum de bénéfices. En troisième et dernier lieu, ne pas agir aujourd’hui sur le dividende et notamment l’emploi des jeunes et leur insertion socio-économique est un choix par défaut qui présente des risques importants pour la sécurité et la cohésion sociales.

Si certains pays sont avancés par rapport aux autres. Qu’est-ce qui explique cette différence ?
La rencontre du 20 Septembre ne permet pas à elle seule de faire une comparaison fiable du niveau d’avancement des différents pays. Plusieurs pays n’ont pas eu l’opportunité de présenter leurs initiatives. Par ailleurs, le temps et le canevas de présentation ne permettaient pas un inventaire complet, laissant plutôt la latitude aux pays de s’attarder sur leurs projets-phare. Ceci dit, les pays avanceront d’autant plus rapidement dans la capture de leur dividende qu’ils auront rempli trois préalables qui sont interdépendants: susciter un engagement politique fort ; articuler une vision de société claire, cohérente et consensuelle ; et coordonner l’action entre les principaux secteurs et acteurs concernés.

 

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