Mardi, 14 Août 2018
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Pabé Mongo:le célèbre « père inconnu »

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Aujourd’hui à la retraite, cet enseignant est à la tête de l’Association des poètes et écrivains du Cameroun (Apec).

Par Vanessa Bassale

C’est dans la salle de lecture de l’Institut français du Cameroun (Ifc) à Yaoundé que l’on rencontre l’auteur du célèbre ouvrage « Père inconnu ». Dans un ensemble blanc, Pabé Mongo retient l’attention de plus d’un. Ses doigts s’agitent avec dextérité sur le clavier de son ordinateur portable de grande marque. « Je termine la rédaction de ces demandes d’invitation et je suis à vous», lance-t-il, sans décoller son regard de l’écran. Son ton est chaleureux, mais strict. L’on reconnait tout de suite la rigueur de cet ancien chargé de cours à l’Université de Yaoundé I.

Aujourd’hui président de l’Association des poètes et écrivains du Cameroun (Apec, Pabé Mongo a depuis 2016 la lourde mission de ressusciter cette association qui n’a pas fonctionné normalement depuis 26 ans. Le challenge est grand. Les efforts à fournir le sont encore plus. Dans un premier temps, avec ses collaborateurs, il a
décidé d’organiser une grande rentrée littéraire sous le thème : « L’Apec est de retour ». Le but étant de rallier le plus grand nombre de personnes à la cause. Pour tout organiser, il ne dispose que de quelques jours. Il n’y a pas une seconde à perdre. C’est donc entre deux rendez-vous que cet homme de lettres accepte de partager son histoire avec votre reporter.  Au cours de l’échange, Pabé Mongo ne peut s’empêcher de revenir à plusieurs reprises sur le programme de sa rentrée littéraire.

« Nous comptons organiser des expositions, des séances de lecture publiques et des descentes dans différents établissements scolaires de la capitale politique», détaille-t-il. Selon lui, le but principal de ces descentes est de permettre aux élèves d’échanger avec les écrivains locaux dont ils lisent les livres. Derrière cette envie de réconcilier deux générations, l’auteur de «Tel père, quel fils » veut corriger une vieille erreur. « Lorsque j’étais au lycée, je pensais que tous les écrivains dont je lisais les livres étaient déjà décédés». « J’avais été surpris de savoir que certains vivaient encore et habitaient même les quartiers voisins », avoue-t-il avec la naïveté d’un sage.

Super pépé
Cette porte ouverte sur son parcours scolaire permet de tourner la page de l’Apec pour ouvrir celle de son enfance. Enfance qui a été bercée par les contes et les histoires que lui racontait sa grand-mère. « Je suis né le 06 juin 1948 à Doumé, dans la région de l’Est. A l’époque, il n’y avait pas de télévision pour se distraire comme c’est
le cas aujourd’hui. On se contentait donc des histoires que nous racontaient les grands-parents », se souvient-il. Dans sa voix, l’on distingue un brin de nostalgie et de regrets, car le grand-père de 12 petits-fils qu’il est devenu grâce à ses cinq enfants aurait bien souhaité raconter des histoires autour du feu. Mais hélas, ses multiples
occupations l’en empêchent. Pour se rattraper, « super pépé », comme l’appellent affectueusement ses petits-enfants, a pris l’engagement de les conduire régulièrement à la médiathèque de l’Ifc.

Question de susciter chez eux une passion pour la lecture. Qui sait ? L’un d’eux pourrait même être comme lui frappé par le virus de l’écriture. « J’ai commencé à écrire très tôt. Mon premier livre intitulé : « Un enfant comme les autres » a été publié en 1972 », lance fièrement celui qui n’était alors qu’un élève en classe de première au collège de La retraite à Yaoundé. Ce livre qui l’a révélé au public lui a aussi permis
de se faire un nom, au propre comme au figuré. En effet, pour ce jeune écrivain, il n’a pas été aisé de se trouver un nom d’artiste.  « Je me suis inspiré de mon véritable nom qui est Pascal Bekolo Bekolo. Pabé c’est le diminutif de Pascal Bekolo. Mongo en langue beti signifie fils. Chez nous, lorsqu’une personne porte deux fois le nom de son père, c’est pour signifier qu’il en est le digne fils», explique l’écrivain.

La Nolica
Une fois son nom d’écrivain trouvé, le romancier, dramaturge et essayiste a pu laisser libre cours à son imagination. Auteur d’une douzaine de livres, parmi lesquels « L’homme de la rue », « Le livre du monde », « Le philosophe et le sorcier », etc., Pascal Bekolo Bekolo dit être particulièrement fier de son dernier ouvrage baptisé « La No-
lica : la nouvelle littérature camerounaise : du maquis à la cité », paru en 2005. Dans cet essai, ce titulaire d’un doctorat de 3e cycle développe une théorie littéraire basée sur le volet réaliste de la littérature. « Je pense que l’écrivain devrait se sentir libre de prendre parti dans un problème, plutôt que de rester caché derrière des noms d’emprunt et des réalités fictives ». Malheureusement pour lui, tout le monde
ne partage pas cet avis. Certains sont même allés jusqu’à voir en cela un moyen de faire du buzz. Cette différence d’opinion a en peu de temps embrasé la communauté littéraire camerounaise.

Des clans se sont créés. Le débat a évolué pour devenir un duel d’arguments contre arguments. Théories contre théories. « J’ai assisté à de nombreux débats radiophoniques pour défendre ma théorie. En face de moi, mes détracteurs redoublaient d’efforts pour me faire capituler », se souvient-il. Le combat qui a duré trois ans lui a permis de faire asseoir sa notoriété et sa pensée dans le domaine de la littérature camerounaise et internationale. A 70 ans, Pabe Mongo, qui réside au  quartier Mimboman, se dit disposé à partager son expérience avec tous les écrivains en herbe qui voudront bien se rapprocher de lui.

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