Mardi, 4 Août 2020
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Opportunités économiques du COVID-19:Le Cameroun et la drogue des importations

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Malgré la nécessité d’un développement de la production locale du fait de la pandémie actuelle, le pays persiste à faire venir massivement de l’étranger des denrées comme le riz.

Par Lucien Bodo

Le 05 juin 2020, le ministre des Finances a adressé une correspondance au directeur général de Sonam, premier importateur de riz au Cameroun, pour parler de l’approvisionnement du pays en produits de grande consommation. « Je fais suite aux très hautes directives de Monsieur le président de la République relatives à la constitution d’un stock de sécurité de 200 000 tonnes de riz en exonération des droits et taxes de douane à l’importation, à l’effet de couvrir les besoins du marché national pour le reste de l’année 2020 », écrit Louis Paul Motaze. Dans la même lettre, l’on apprend que l’opérateur en question dispose d’un quota de 70 000 tonnes à importer. Ce qui traduit une répartition entre importateurs.

Au regard du contexte, cette correspondance, à priori banale, interroge beaucoup. L’économie camerounaise souffre en effet d’une addiction structurelle aux importations. Leur supériorité par rapport aux exportations entretient ainsi depuis des années une balance commerciale déficitaire. En 2020, elle était de -6,6% du produit intérieur brut, selon les données de l’Institut national de la statistique.

Cette situation a fait réagir le chef de l’Etat, Paul Biya, à plusieurs reprises. « J’ai souvent dit que nous sommes en situation de produire une grande partie de ce que nous importons, qu’il s’agisse de produits d’origine agricole ou industrielle. Il faudra absolument en tenir compte », déclarait-il par exemple lors de son discours de fin d’année à la nation en 2018.

En début d’année 2019, au cours d’un Conseil de cabinet, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, avait instruit la prise de mesures devant aboutir à l’accroissement de la production locale d’un produit tel que le riz, afin d’en limiter les importations. Plus récemment, lors du Conseil de cabinet du 02 juillet 2020, le ministre des Finances a annoncé que le Cameroun allait opter au cours des prochaines années pour « “l’import-substitution” à travers la réduction ou la suppression progressive des exonérations sur certains produits qui grèvent la balance commerciale, de manière à favoriser leur production locale à plus grande échelle ».

Contradictions

Avec l’apparition du coronavirus, plusieurs observateurs ont estimé que cette crise sanitaire était en réalité une opportunité. Et que le Cameroun pourrait s’en servir pour accélérer cette politique. La lettre de Louis Paul Motaze évoquée supra s’éloigne de cet objectif de réduction des importations et affiche surtout les contradictions du chef de l’Etat et du gouvernement.

Surtout que les importations coûtent chères au Cameroun. Entre 2015 et 2017, le pays a acheté à l’étranger des produits d’une valeur de 9634 milliards Fcfa. Ce qui représente près du double de son budget de l’année 2019 (5212 milliards Fcfa). Officiellement, entre 2015 et 2018, les importations de riz – denrée alimentaire la plus importée – s’élevaient à 652,6 milliards Fcfa, soit une moyenne de 163 milliards Fcfa chaque année. En 2019, le pays a même battu son record d’importation de ce produit, avec une cargaison de 905107 tonnes de riz selon le document d’orientation budgétaire. Une quantité largement supérieure à la demande nationale qui, elle, est de 576949 tonnes d’après le ministère de lAgriculture et du développement rural.

Ces importations massives sont alimentées par une production locale (estimée à 140710 tonnes) très en deçà de la demande. Le Cameroun compte pourtant plus de 25% de terres arables. Des terres qui ne demandent qu’à être valorisées au plan agricole comme c’est le cas au Nigéria. Afin de booster la production locale de riz, le voisin nigérian a décidé depuis plusieurs années de taxer l’importation de riz à hauteur de 110%. Pendant ce temps, le Cameroun quant à lui applique une taxe minimale.

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