Lundi, 6 Avril 2020
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Obsèques de Boris Kévin Njomi Tchakounté: Hommage contre canons à eau et gaz lacrymogène

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En face des enseignants mobilisés pour accompagner à sa dernière demeure leur collègue mortellement poignardé, les forces de lordre ont usé de répression.
Par Junior Ayissi
Cest une marée humaine qui a pris dassaut hier aux aurores, lesplanade de la morgue du Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yaoundé. Venus de divers horizons, les enseignants vêtus de leurs toges, pour la plupart, ont tenu à accompagner, aves tous les honneurs quil mérite, à sa dernière demeure, Boris Kévin Njomi Tchakounté, lenseignant de mathématiques en cours dintégration (Eci) qui a été poignardé à mort par Brice Bissé Ngosso, son élève au lycée de Nkolbisson, le mardi 14 janvier dernier.

Première curiosité, dans le programme officiel des obsèques mis en circulation, la levée du corps était annoncée pour le 30 janvier [hier] à 10h. Mais le jour dit, le corps est levé deux heures plus tôt, autour de 8h. Les autorités ont voulu manifestement anticiper sur la forte mobilisation des enseignants qui pouvait savérer difficile à contenir. Manque de pot ! De nombreux enseignants avaient déjà investi le site de la levée de corps dès 6h du matin.

Témoignages
A la sortie du CHU, du côté de l’Ecole nationale supérieure polytechnique, le portail est hermétiquement fermé. Une horde de policiers et gendarmes sy trouve. Ils réclament le corps et demandent aux enseignants de se disperser. « Remettez-nous le corps et laissez la famille aller faire le deuil », gronde un officier de police. Les enseignants sy opposent. Vigoureusement et en chansons. Lon peut entendre : « il était A2 » (sa catégorie à la fonction publique) ; « même sans salaire, Tchakounté a tout donné » ; « libérez Tchakounté ». Les « seigneurs de la craie » tiennent à rendre un hommage académique à leur collègue sur un itinéraire compris entre le CHU et le ministère des Enseignements secondaires, avec une première escale à Ecole normale supérieure (Ens).
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Les deux camps restent campés sur leurs positions. L’impasse dure environ deux heures. Puis, les autorités administratives débarquent. La foule exécute en chœur lhymne national du Cameroun en anglais et en français. Le recteur de lUniversité de Yaoundé I, le sous-préfet de Yaoundé IIIe, le préfet du Mfoundi, le gouverneur de la région du Centre, un représentant de la famille du défunt et Jacques Bessala, lun des leaders du collectif des enseignants indignés, engagent les négociations. Aucun membre du gouvernement nest présent à la levée de corps. Celles-ci débouchent finalement sur l’ouverture du portail, mais à la condition que les enseignants accompagnent la dépouille de Njomi Tchakounté (26 ans) à la chapelle de Messa où sera dite la messe de requiem.
Une fois le portail ouvert, la foule décide de prendre plutôt la route de lEns. Les forces de lordre, une nouvelle fois, sy opposent. Au bout de 2h, le cortège prend finalement la route de lEns, malgré quelques caprices du chauffeur. Celui-ci réclame plus de célérité, car son temps lui est compté. Après un bref échange avec des enseignants, il reprend le volant. Bien entouré des collègues de Njomi Tchakounté, déboussolés et inconsolables.

Le cortège avance, lentement mais sûrement. Coté chansons, lon peut entendre : « les enseignants ont tout donné » ; « les policiers, les préfets, les enseignants ont tout donné » ; « un préfet est mort sur une « petite », il a été décoré. Décorez Njomi Tchakounté ! », « je suis Tchakounté ». A la tête du cortège, les membres de la famille. Derrière eux, des élèves, avec une photo géante de Boris Kévin Njomi Tchakounté. Sur celle-ci, lon peut lire : « les élèves du lycée de Nkolbisson te demandent pardon ! Repose en paix grand prof ». Dans les rangs, une pancarte est également visible. « Stop ! Ça suffit ! violences ; effectifs pléthoriques ; tramadol ; dealers ; délibérations politiques des examens certificatifs ; promotion collective dans nos écoles », y lit-on.
Dispersion
Au lieu-dit «carrefour Emia », le cortège est arrêté de force. Un véhicule de léquipe spéciale dintervention rapide (Esir) bloque la circulation. Des pourparlers sont entamés entre les forces de lordre (Police et gendarmerie) et les enseignants. Pendant ce temps, le chauffeur du corbillard séchappe et laisse derrière lui le véhicule transportant la dépouille et un membre de la famille du disparu. Quelques minutes plus tard, un groupe denseignants se lance à sa recherche. Au même moment, dautres suscitent une quête dargent afin de dédommager le conducteur qui se serait énervé pour le temps perdu.
Une fois ce dernier retrouvé par les leaders du collectif des enseignants indignés, dont Jacques Bessala Ngono, la brigade anti-émeute lance les hostilités à coup de canons à eau et de gaz lacrymogène. Dès les premiers jets deau, des enseignants en toges sasseyent à même le sol. Les forces de maintien de lordre ne démordent pas. Une épaisse couche de fumée flotte dans lair. Les dispensateurs du savoir sont pulvérisés deau souillée. Cest à ce moment que ces derniers se lèvent et prennent la fuite. Dans le cafouillage ambiant, une enseignante sécroule et a du mal à respirer. Ses camarades qui viennent à son chevet sont immédiatement interpellés par les forces de maintien de lordre.
A la fin du mouvement de la foule, des cas dévanouissement sont enregistrés. Quelques enseignants sont interpellés. Ils étaient signalés à la gendarmerie hier, au moment où nous bouclions. Le corbillard prendra finalement la route de léglise où a eu lieu la messe de requiem. Linhumation est prévue samedi à Bazou, région de lOuest.

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