Vendredi, 20 Septembre 2019
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Nord-Ouest, Sud-Ouest et Extrême-Nord:le sinistre économique décrété

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Deux textes du Premier ministre signés le 02 septembre confèrent un statut d’exception à ces trois régions en proie à l’insécurité, en vue d’y relancer les investissements.

Par Lucien Bodo

Agressée depuis environ cinq ans par les assauts de la secte terroriste Boko Haram, la région de l’Extrême-Nord vient d’être déclarée « zone économiquement sinistrée ». Elle accède à ce statut en même temps que le Nord-Ouest et le Sud-Ouest selon un décret du Premier ministre signé le 02 septembre. Les deux régions anglophones sont le théâtre, depuis fin 2016, d’un conflit armé entre forces de sécurité camerounaises et milices sécessionnistes.

Un deuxième décret de Joseph Dion Ngute, également signé le 02 septembre, permet d’apprendre que l’accession au statut de zone économiquement sinistrée est un mécanisme par lequel l’Etat tente de ressusciter l’économie dans un espace territorial donné. Chose qui survient lorsque celle-ci est durablement affectée par l’insécurité ou des catastrophes de toute nature telles que la famine, la sécheresse, les inondations, etc. Les textes du Premier ministre affichent des allures d’incitation à l’investissement dans ces régions. L’on note que les entreprises qui s’y installeront vont, conformément au Code général des impôts, bénéficier d’une exonération fiscale pendant 10 ans.

Si l’on détaille cette période, trois ans correspondent à la phase d’installation et le reste du temps renvoie aux sept premières années d’exploitation. Afin de bénéficier des différents avantages fiscaux, les investissements doivent  induire la création d’au moins dix emplois directs et impliquer l’utilisation de la matière première produite dans la zone déclarée sinistrée. L’article 2, alinéa 3 du second décret énonce néanmoins que « lorsque les investissements nouveaux sont réalisés par une entreprise ancienne, les exonérations prévues (par le texte du Premier ministre, ndlr) s’appliquent exclusivement aux opérations et bénéfices se rapportant à ces investissements nouveaux. L’entreprise tient dans ce cas une comptabilité distincte ».

Des dispositions du même texte s’intéressent également au cas des entreprises fragilisées situées dans une zone sinistrée et qui souhaiteraient relancer leur outil de production. Celles-ci, selon l’article 3, « bénéficient d’un crédit d’impôt de 30% des dépenses engagées. Il est plafonné à 100 millions Fcfa et est imputable dans la limite de trois exercices clos suivant celui au titre duquel les dépenses ont été engagées. [Il est précisé que] les dépenses ouvrant droit au bénéfice du crédit d’impôt sont celles qui concourent directement à la réhabilitation de l’outil de production ou à son renforcement ».

Investissements à risques

En juillet 2018, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) rendait publics les résultats d’une enquête qui démontraient la dégradation de l’économie dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. D’après elle, la crise anglophone a conduit à la perte de plus de 269 milliards Fcfa en termes de chiffre d’affaires. Dans un secteur comme l’agro-industrie, plusieurs entreprises autrefois florissantes sont désormais à l’agonie. Le cas de la Cameroon Development Corporation (CDC) est l’un des plus inquiétants. Ses responsables parlent d’un besoin de 15 milliards Fcfa pour financer un éventuel plan de relance. D’autres secteurs comme les services, le tourisme, l’hôtellerie, les télécommunications, ou encore l’informel, ne sont pas épargnés.

Au Gicam, Alain Blaise Batongue, secrétaire exécutif de l’organisation patronale, estime que l’acte du Pm est une réponse à l’une des propositions qui concluait le rapport évoqué supra. Celle-ci portait sur le relèvement économique post-crise des régions affectées. Malheureusement, si dans l’Extrême-Nord les terroristes de Boko Haram ont reculé sous le feu des forces de défenses camerounaises, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest sont toujours en proie à de réguliers affrontements entre forces de sécurité camerounaises et sécessionnistes. Le patronat estime alors qu’il faut un renforcement de la sécurité pour que cette mesure atteigne l’objectif recherché.

Pour Ariel Ngnitedem, économiste, l’acte du Premier ministre « permet de rassurer un certain type d’hommes d’affaires spécialisés dans les investissements dans les zones à risques. Ils utilisent un principe de base qui veut que lorsque le risque est élevé, le retour sur investissement soit aussi élevé. Voilà pourquoi il faut des incitations fiscales pour baisser le coût de production déjà renchéri par le climat d’insécurité afin qu’ils puissent s’en sortir. Cela permet la création d’emplois et la réduction de la participation des jeunes aux activités de guerre ».

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