Dimanche, 18 Août 2019
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Nord-ouest : comment Akere Muna et ses frères ont échappé au kidnapping des Ambazoniens

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Nord-Ouest

Le triste voyage à Ngyen Mbo (Partie 4)

Par Bernard Muna*

Le Land Cruiser dans lequel notre belle-sœur veuve voyageait avec sa fille et quelques amis s’est également arrêté dans un crissement de pneus, tout comme l’autobus. Ils ont également reçu l’ordre de « rentrer ». Pendant que le conducteur de notre voiture passait devant le Land Cruiser qu’ils avaient arrêté et qu’ils étaient en train d’inspecter, nous pouvions entendre un des garçons Amba crier en anglais pidgin : « Ils ne sont pas ici, il y a seulement quelques femmes et elles ne parlent que français! ». Le conducteur de notre voiture délabrée a accéléré autant qu’il pouvait et nous sommes arrivés au premier portail de la concession familiale, qui était maintenant occupé par un « Amba boy » armé qui l’avait pris et fermé, et l’avait rendu infranchissable avec quelques barrières.

Le conducteur de notre voiture a sorti la tête et s’est mis à crier : «Ouvrez la barrière! Ouvrez la barrière !» Et à notre grande surprise, il a enlevé les barrières et nous nous sommes précipités vers le deuxième portail qui menait à l’enceinte de la résidence de feu notre père. Là encore, nous l’avons trouvé clos et un « Amba boy » armé s’est approché de la voiture avec une pelle pour briser le pare-brise, mais notre conducteur l’a distrait en lui disant : «Regarde derrière toi! Regarde derrière toi!» En regardant, il a vu des voitures plus grosses et meilleures s’arrêter à la première barrière et, oubliant notre vieille voiture délabrée, il a couru vers la première voiture en pointant son arme, afin d’aider à capturer les occupants, qui n’auraient pu être que nous.

Une fois de plus, notre chauffeur a accéléré jusqu’à la dernière porte qui menait dans la cour arrière de la résidence. Cette fois-ci, c’est l’un de nos agents de sécurité qui s’en est occupé ; il a rapidement ouvert la porte en tôle épaisse, l’a fermée et l’a verrouillée après notre entrée. Le bâtiment principal ouvert, nous sommes allés directement dans un coin obscur de la maison et nous nous sommes assis. La maison a été construite avec de solides pierres de granit et toutes les portes et fenêtres étaient munies d’épaisses barrières de fer. Toute attaque contre la maison nécessiterait d’abord l’escalade de la clôture de béton de deux mètres et demi de haut avant d’attaquer la maison en pierre dans laquelle nous avions trouvé refuge.

Les « Amba Boys » avaient saisi les deux autres véhicules à la porte de l’enceinte et avaient forcé notre belle-sœur et sa fille, ainsi que les autres occupants, à marcher jusqu’à la maison et ils sont entrés et nous ont rejoints où nous étions assis. À ce moment-là, il y a eu des coups de feu qui ne provenaient clairement d’aucun des « Amba boys », car les coups de feu venaient de la vallée, du côté des étangs à poissons. Plus tard, nous avons appris qu’il s’agissait d’un groupe prétendument parrainé par le gouvernement par l’entremise d’un ministre. On se demande ce qu’ils faisaient là-bas.

Comme nous l’avons déjà dit, quelques personnes du groupe Batibo étaient présentes et ont dirigé l’opération avec un autre groupe de Chup et Sang à Metta. Comme toute l’affaire de nous capturer prenait trop de temps, des renforts ont été appelés du groupe Bafut et du groupe de Mbatu, qui utilisent la route vers l’émetteur radio juste après Alah Tenning pour effectuer des opérations dans cette zone. Ce groupe est réputé être parrainé par Cho Ayaba mais leur espoir était de nous avoir si nous essayions de nous échapper vers Bamenda.

Les groupes de garçons d’Amba actuellement à Ngyen Mbo insistaient toujours pour avoir Akere. Alors que nous étions encore séquestrés dans notre maison familiale, Akere a envoyé un message à nos amis pour leur dire et déplorer ce fait. Le message est devenu viral sur les médias sociaux et de nombreuses personnes ont interprété le message comme signifiant que nous avions été capturés et pris en otage. Au fil du temps, un membre de notre famille proche, qui connaissait la plupart des dirigeants des groupes, est entré en contact avec eux. Ils ont insisté pour avoir Akere ou attaquer. On leur a dit qu’Akere et moi étions partis depuis longtemps. Mais les chefs des groupes armés présents à Ngyen Mbo n’y croyaient pas parce qu’ils avaient des informateurs dans notre enceinte intérieure qui insistaient sur le fait que nous étions toujours là, dans la maison.

Pendant que ces négociations se poursuivaient, l’un des groupes a révélé que la capture des garçons Muna était une aventure menée par le groupe Batibo, qui est composé d’environ cinq-cents jeunes hommes forts de toute la région du Nord-Ouest et semble autonome. Le proche parent qui parlait aux chefs de gangs a été informé par les chefs des groupes présents à Ngyen Mbo que Tapang Ivo, qui était en communication avec eux, les a réprimandés et leur a dit en anglais pidgin : «Vous avez laissé partir les gros gros gibiers? » Il semblait très en colère que nous n’ayons pas été capturés et, bien sûr, nous étions du gros gibier qui aurait dû être capturé.

Après quatre heures assis dans la maison, nous étions épuisés, puis nous avons entendu un hélicoptère survoler la propriété. Ils le font régulièrement parce que certains partisans de la ligne dure au gouvernement croient que nous soutenons et hébergeons les garçons Amba dans la propriété de feu notre père. Ainsi, ils survolent régulièrement cette zone de temps en temps, même en notre absence. Donc, on ne s’est pas donné beaucoup de mal et ça n’a pas fait naître un espoir. Effrayées de l’arrivée et de l’intervention des troupes gouvernementales, certaines des troupes armées ont commencé à se rassembler pour se concerter et planifier leur retraite. En fait, et par coïncidence, un véhicule du BIR qui patrouillait habituellement sur la route de Bamenda à Mbengwi a tiré sur trois des garçons d’Amba ; l’un d’entre eux est mort et deux étaient grièvement blessés. Les BIR ne sont pas entrés dans notre enceinte puisqu’ils poursuivaient leur route avec leur patrouille habituelle.

Quand il était clair que la bande armée de Batibo voulait les Munas et plus particulièrement Akere et ne s’intéressait à personne d’autre, nous avons commencé à évacuer quelques amis et visiteurs emmenés à Bamenda en taxis que nous avons appelés du parc de Mbengwi. Après un certain temps, on a demandé à tous ceux qui étaient assis dans le grand salon de sortir et de s’asseoir dans la cour arrière. La plupart d’entre eux venaient de Ngyen Mbo et les gens étaient venus, sûrs qu’après l’enterrement il y aurait une légère collation avec de la nourriture et des boissons. Hélas ! Ce n’était pas dans nos plans.

Dans cette foule se trouvaient des informateurs qui tenaient les futurs ravisseurs au courant de tout ce qui se passait d’inhabituel dans l’enceinte et la maison. Ce sont eux qui ont constamment informé et assuré nos futurs ravisseurs que nous étions toujours dans la maison, bien que notre proche parent qui était en contact avec les dirigeants des garçons Amba, insistait que nous étions partis. Le grand salon a des portes donnant à l’avant ainsi qu’à l’arrière de la maison. On pouvait donc sortir par l’avant à l’insu de ceux qui se trouvaient dans la cour arrière. Le break dans lequel nous venions de Bamenda était également garé dans la cour arrière et nous étions sûrs que les informateurs le surveillaient.

Dans ces conditions, les informateurs étaient certains que nous étions toujours dans la maison et tenaient informés les dirigeants des garçons armés d’Amba du mouvement de tous les véhicules sortant de l’enceinte. Comme ils ne pouvaient pas nous capturer pendant que nous étions dans la maison de notre père, ils étaient sûrs de nous avoir si nous essayions de partir pour Bamenda. Un taxi a reçu l’ordre d’arriver dans la cour arrière et de charger des amis et des parents comme pour les emmener à Bamenda, mais au lieu de cela, il a contourné le bâtiment et s’est rendu devant la maison où il n’y avait personne. Des passagers sont sortis et sont entrés dans le salon vide sans être vus par la foule et les informateurs dans la cour arrière.

Akere, George et moi avons été conduits inaperçus jusqu’à la porte d’entrée et nous sommes entrés dans le taxi avec des amis de confiance qui nous ont aidés à donner l’impression que le taxi était vraiment surchargé comme le sont généralement ceux qui empruntent la route de Mbengwi. Les trois frères étaient assis sur le siège arrière et certains de ces amis de confiance, habitués de cette route, occupaient le siège avant comme le feraient les taxis surchargés, et nous sommes allés à Bamenda sans aucun incident. Même le chauffeur de taxi saluait les passants alors qu’il nous conduisait gracieusement et en toute sécurité à Bamenda, dans un restaurant où la veuve et la fille de notre frère, qui avaient été sorties clandestinement de Ngyen Mbo avec d’autres amis et parents qui nous avaient accompagnés depuis Yaoundé, nous attendaient. Ils avaient également été mis dans des taxis et emmenés en toute sécurité à Bamenda. Elles étaient si contentes de nous voir. Pendant ce temps, dans l’enceinte, les informateurs s’attendaient toujours à nous voir sortir et monter à bord de notre vieux break ; ils étaient loin de se douter que nous étions déjà à Bamenda et que nous étions tous assis autour d’un bon repas que nous avons apprécié avec un bon vin, malgré l’épreuve.

Des trois voitures saisies, deux avaient été restituées, mais la troisième était restée coincée dans la boue dans la brousse où les garçons d’Amba l’avaient conduite et l’embrayage a complètement grillé. Un mécanicien l’a remorqué très tôt le dimanche matin avant le lever du jour. Ces véhicules ont été retournés principalement parce que notre proche parent menant les négociations a informé les garçons d’Amba que les véhicules étaient équipés d’un GPS et seraient facilement localisés par la police. Alors que nous étions au restaurant, nous avons envoyé chercher nos voitures qui avaient été gardées dans une cachette secrète à Bamenda et nous sommes tous montés à bord des voitures et nous sommes partis pour Yaoundé, arrivant 2 heures du matin.

En 24 heures, nous avions emmené notre frère à Ngyen Mbo, l’avions enterré et étions retournés à Yaoundé sans problème. À l’Éternel soit la gloire! Pendant ce temps, tous ceux qui se trouvaient encore dans l’enceinte de notre père ont été invités à partir et les informateurs ont été surpris lorsqu’ils ont vu la voiture avec laquelle nous étions venus, toujours là et se préparant à décoller pour Bamenda avec un seul passager, le conducteur.

A suivre, mercredi prochain

*(de Lincoln’s Inn London) Avocat

*Ancien Président du Conseil de l’Ordre des Avocats du Cameroun

*Ancien procureur en chef adjoint chargé du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

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