Vendredi, 5 Juin 2020
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Ngarbuh de nos malheurs

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Le très attendu rapport sur les évènements tragiques survenus à Ngarbuh, dans la nuit du 13 au 14 février dernier, est sur la table du chef de l’Etat. En est sorti mardi un communiqué du secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh. Lequel bat en brèche la version jusqu’alors portée par le gouvernement, à savoir que les tueries de Ngarbuh n’ont fait que cinq morts, des suites d’un incendie accidentel, dans le feu des combats entre l’armée camerounaise et de présumés combattants sécessionnistes.

Par Georges Alain Boyomo

D’après le communiqué signé de Ferdinand Ngoh Ngoh, le sergent qui a conduit l’opération sur le terrain « a adressé un compte-rendu volontairement biaisé, compte rendu sur la base duquel le gouvernement a initialement fondé sa communication ».

Les tristes évènements de Ngarbuh n’ont certainement pas révélé la totalité de leurs secrets, mais l’on peut déjà se féliciter de la posture du chef des armées qui a fait mentir une maxime répandue dans l’opinion publique et que nous tenons d’un homme politique français : « Lorsqu’on veut enterrer une affaire, on créé une commission d’enquête ». Il est aussi vrai que la veille nationale et internationale sur les tueries de Ngarbuh, portée notamment par les organisations de défense des droits de l’Homme et les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Cameroun, était particulièrement intense, mais le président Biya est allé bien plus loin, en considération des résultats d’enquêtes qu’il a instruites par le passé.

Reste le service après-vente du communiqué du Sg/Pr au sein d’une armée en pleines opérations de guerre sur différents fronts, subsistent les nécessaires leçons à tirer du dossier Ngarbuh. Il est en effet constant que les bavures querellées ne sauraient être imputées à l’ensemble de l’armée camerounaise dont le caractère professionnel et républicain est exemplaire. Mais cette armée-là est harcelée tous les jours que Dieu fait dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Cette armée-là perd des femmes et des hommes et un « glissement » de « l’esprit de corps », suite aux sanctions présentes et à venir de certains soldats engagés sur la ligne de front pourraient tout aussi bien créer une démobilisation aux conséquences insondables. Le Haut commandement devrait en tenir compte et prendre des dispositions idoines pour prévenir une telle éventualité.

Au chapitre des leçons, il devient sans doute important de questionner la chaîne du renseignement prévisionnel et le dispositif de la communication gouvernementale au Cameroun. Comment le fameux compte-rendu biaisé a-t-il pu traverser tous les filtres des différentes hiérarchies civiles et militaires et atterrir sur la table du chef de l’Etat, lequel a, sans doute, autorisé le gouvernement à communiquer sur la foi d’éléments de langage erronés ? Comment a-t-on pu faire au sein des services d’information stratégique l’économie de la critique des sources au point de faire mordre la poussière au gouvernement sur un dossier aussi sensible ?

Par ailleurs, comment sur une affaire n’ayant pas encore fait l’objet d’une enquête approfondie, des ministres peuvent-ils se risquer à communiquer sans nuances, sans réserve et même, des fois, de manière superbement brouillonne ? Le cas de la vidéo de Achigachia, région de l’Extrême-Nord, qui avait donné à voir des atrocités inqualifiables et une sortie de piste spectaculaire de la communication gouvernementale, commandait pourtant un minimum de précautions…

Au demeurant, et cela doit être rappelé, Ngarbuh n’est qu’un épisode du macabre feuilleton qui a cours dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis plus de trois ans. Avant cette malheureuse séquence, le nombre de morts et de déplacés donnait déjà froid dans le dos. Il est donc question de dire en chœur plus jamais de Ngarbuh, mais davantage de continuer d’œuvrer afin que les belligérants déposent les armes et que revienne la paix dans ces régions.

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