Mercredi, 25 Novembre 2020
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Nécrologie: Le Commandant Kissamba passe l’arme à gauche

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Grande figure de la lutte d’indépendance du Cameroun, N’gouo Woungly-Massaga est décédé samedi dernier dans la déchéance, à 84 ans.

Par Jean De Dieu Bidias

Malade depuis plusieurs années, on le disait à l’article de la mort ces derniers mois. Début juillet dernier, un de ses neveux, le nommé Marcel Thierry Massaga, avait adressé une lettre ouverte au président de la République pour le supplier d’ordonner l’évacuation sanitaire la grande figure de la lutte armée pour l’indépendance du Cameroun en Afrique du Sud ou dans n’importe quel autre pays disposant d’un plateau technique de pointe. Il motivait sa demande qui n’a malheureusement pas reçu d’issue favorable de la part de Paul Biya par le fait que « l’avis et l’expertise épidémiologiques établissaient le besoin et la nécessité de recourir aux soins spécialisés, non disponibles localement ». Après s’être remis trois fois d’un coma, René Jacques N’gouo Woungly-Massaga a finalement perdu le combat contre la grande faucheuse samedi dernier à Yaoundé. Début 2019, il avait demandé en personne une aide financière au chef de l’Etat pour se soigner. Le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, avait immédiatement instruit le ministre de la Santé publique de faire diligence pour sa prise en charge sanitaire.

Mais selon la famille du défunt, les soins qui lui ont été administrés à la suite de cette instruction étaient inappropriés. Plus connu sous le pseudonyme de Commandant Kissamba, il quitte définitivement la scène dans la déchéance à 84 ans. Une fin pour le moins infâme pour un brillant sujet au parcours académique parmi les plus respectables de sa génération, néantisé avec un rare acharnement en raison de son engagement pour la cause de la décolonisation totale du Cameroun et du continent africain dont il a parcouru les 2/3 du territoire dans le cadre de son combat. Titulaire d’un certificat d’études primaires et élémentaires obtenu vers la fin des années 1940 à Lolodorf son village natal (région du Sud), il s’envole ensuite pour la France où il poursuit ses études secondaires au Collège de Die (Drôme), puis au Lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Après son baccalauréat, il fait ses premier et second cycles de l’enseignement supérieur  à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, toujours en France.

Légende

En 1960, année à laquelle le Cameroun et la plupart des pays africains accèdent à l’indépendance, et alors qu’il vient de prendre la tête de l’Union nationale des étudiants du Kamerun (Unek), un mouvement proche de l’Union des populations du Cameroun (Upc), Woungly-Massaga dépose une thèse de doctorat en mathématiques à l’université de Paris-Sorbonne. Il n’aura malheureusement pas la chance de la soutenir puisqu’en janvier 1961, le Premier ministre français d’alors, Michel Debré, signera en son encontre un arrêté d’expulsion à la suite d’une manifestation d’étudiants africains sur les Champs-Élysées, après l’assassinat du premier Premier ministre de la République démocratique du Congo (Rdc), Patrice Emery Lumumba. Encerclé par un escadron de la gendarmerie française à la suite de ce décret alors qu’il est réfugié à l’ambassade du Ghana à Paris, il réussit à s’évader avec d’autres militants de l’Unek, dont Michel Ndoh qui deviendra plus tard secrétaire général de l’Upc et Joseph Etoundi. La légende raconte que tous les trois s’étaient déguisés en prêtres.

Avec la complicité du gouvernement ghanéen, ils se retrouvent à Bonn en Allemagne, ville à partir de laquelle ils s’envolent pour Accra. Son expulsion de l’Hexagone renforcera son engagement pour la lutte politique et même armée contre les colons et les premiers gouvernements locaux qui se sont formés en Afrique après l’indépendance. A preuve, de la capitale ghanéenne, René Jacques N’gouo Woungly-Massaga dirige l’Upc en tant que secrétaire administratif. Et à ce titre, il est le principal collaborateur d’Ernest Ouandié avec qui il sillonne les frontières  du Nigeria et du Cameroun. A la suite du décès du philosophe et écrivain martiniquais Frantz Fanon, en décembre 1961, il prend la direction du secrétariat administratif de la Conférence des peuples africains. Il remplace Ernest Ouandié  à la tête du comité directeur de cette conférence où siégeait également Ossendé Afana, au titre du secrétariat afro-asiatique du Caire où il représentait l’Upc. De 1962 à 1965, il officie à la présidence de la République du Ghana comme conseiller du président Kwame Nkrumah. Parallèlement, il collabore de manière confidentielle avec le parti Action Group du Nigérien Samuel Goomsu Ikoku. Il chuchote également à l’oreille du tout premier président angolais António Agostinho Neto Kilamba, et conseille les plus hautes autorités congolaises sous le président Alphonse Massamba-Débat, entre autres.

Cuba  

De 1965 à 1969, sous le nom de Commandant Gama, il a travaillé étroitement avec osé Mendes de Carvalho, plus connu sous le nom Hoji-ya-Henda, fondateur des Forces armées de libération de l’Angola (Fapla). Commandant en chef du deuxième front de l’Armée de libération nationale du Kamerun (Alnk), il avait, une fois devenu l’un des principaux dirigeants de l’Upc après le décès de Osendé Afana en 1966, tenté de réorganiser militairement le parti en implantant un camp d’entrainement en Angola, dans une région contrôlée par les combattants du Mpla. Un témoignage anonyme fait état de ce que les militants upécistes bénéficient alors de l’aide d’instructeurs cubains, qui leur offrent aussi un meilleur équipement. « La troupe commandée par Massaga prend le nom de « colonne Ruben Um Nyobè », traverse le Congo, et pénètre au Cameroun à la fin de l’année 1967. Elle est cependant repérée par les services de renseignement d’Ahidjo et doit essuyer en décembre la contre-offensive de son armée. La majorité des combattants parviennent finalement à rejoindre le Congo, mais le gouvernement de Marien Ngouabi refuse de leur permettre de poursuivre leur combat. Woungly-Massaga s’envole alors pour Cuba », rapporte-t-il.

Fourmi

En clandestinité au Sénégal en 1972, il lance le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), après l’échec de la reconstruction de l’Upc. Puis en 1974, l’Alliance révolutionnaire des peuples africains (Arpa) dont un des dirigeants sera assassiné aux côtés de Thomas Sankara. Dernier secrétaire général de l’Upc clandestine entre 1982 et 1990,   il met sur pied en 1991 le Parti de la solidarité du peuple (Psp). Quand il réintègre l’Upc en 1994, il abat, en tant que secrétaire national aux affaires politiques du parti, un travail de fourmi qui aboutit à l’organisation  d’un congrès unitaire en  septembre 1996. Les divisions nées de la signature d’une plateforme de gouvernement entre le parti historique alors dirigé par Augustin Frédéric Kodock et le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) atteignent leur paroxysme en 1998.  Ndeh Ntumazah, Kodock, Hogbe Nlend, entre autres responsables, chacun s’en ira avec son morceau d’Upc. René Jacques N’gouo Woungly-Massaga meurt lui aussi le cœur en mille morceaux, après ses mille et une tentatives de réconcilier les différentes factions du parti de Um Nyobè. La dernière officielle remonte à 2003. Après un premier échec en 1996, il n’avait plus brigué la mairie de Lolodorf qu’il a rêvé à un moment donné de diriger.

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