Lundi, 9 December 2019
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Clément Mboussi Onana juge la garde présidentielle et son géniteur

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Au lendemain de la fête de l’unité, le Colonel à la retraite, l’un des premiers experts du renseignement militaire camerounais, revient sur les problèmes de défense et sécurité nationales.

Propos recueillis par Georges Alain Boyomo avec Marguerite Papana

En prélude au 20 mai, le Général René Claude Meka, chef d’état-major des armées, a parlé des différentes menaces aux frontières à l’Est et à l’Extrême-Nord. Qu’est-ce que vous pouvez dire en rapport avec la menace terroriste ?

En ce qui concerne Boko Haram, j’avais dit dans mon livre [le soldat de l’ombre, ndlr] que Boko Haram est un petit problème qui demandait juste les moyens, surtout le renseignement. il suffisait d’y mettre des moyens, Boko Haram n’aurait même pas la possibilité de recruter un seul Camerounais dans ses rangs. J’ai pris l’exemple d’une troupe qui part de Bafia pour Yaoundé et qui arrive jusqu’à Obala sans être signalée. Cela veut dire qu’il y a des complicités. Il y a des complicités à l’Extrême-Nord, il y a aussi des complicités à l’Est. Donc la meilleure des choses à faire, c’est de casser ces complicités.

Cela permet d’interroger le lien armée-nation. Quel avis portez-vous sur ce lien ? On parle de défense populaire. Est-ce qu’aujourd’hui cette défense est vraiment populaire ?

Je ne sais pas. C’est nous qui étions à la base parce qu’avant j’ai travaillé au secrétariat permanent à la défense nationale, à la présidence de la République pendant huit ans. On a parlé d’abord de fonctionnaires de défense et puis on a parlé de la défense populaire. En cas de menace, c’est tout le peuple camerounais qui est concerné, pas un individu, pas le président de la République seul ou les armées, terre, mer, gendarmerie et autres, tout le monde puisqu’il y a la défense civile et la défense militaire.

La défense militaire incombe exclusivement aux militaires alors que la défense civile intéresse comme son nom l’indique les civils, les autorités administratives, les chefs de village et de cantons. Donc si ces gens sont déjà impliqués dans la défense par l’intermédiaire des fonctionnaires de défense, la défense populaire est en place. Mais depuis mon départ de l’armée, le secrétariat à la défense a disparu ; et je l’ai regretté dans mon premier ouvrage.

Revenons au dernier ouvrage que vous avez commis, « 6 avril 1984 autopsie d’un échec ». Le 20 mai, on voit généralement différents segments de l’armée battre le pavé au boulevard du 20 mai à Yaoundé ; mais il y a toujours ce débat que vous avez posé. Est-ce que la garde présidentielle est une armée dans l’ armée ?

Non. Il n y a pas une armée dans une armée, à ma connaissance, puisque la garde présidentielle fait partie des forces de défense. Mais elle a seulement une spécificité c’est qu’elle est chargée de la protection de la personne du chef de l’Etat et de son entourage. Mais cette unité est manifestement plus choyée que les autres. Le fait que la garde présidentielle soit équipée plus que les autres forces, ça c’est un choix politique. J’ai seulement dit dans mon ouvrage que les expériences vécues nous ont montré que ce genre d’unité n’a jamais sauvé celui qui en est l’auteur ou le géniteur. J’ai cité des exemples en Afrique : Blaise Compaoré avec le Régiment de la sécurité présidentielle, Mouammar Kadhafi avec les Amazones, le Maréchal Mobutu avec sa Division spéciale présidentielle, etc. Cela n’a jamais résolu le problème, au contraire…

Est-ce qu’on peut dire du président de la République du Cameroun qu’il est l’un des chefs d’Etat les mieux gardés en Afrique ?

Ça c’est dans l’information mais également dans la formation des éléments chargés de la protection du chef de l’Etat, et je crois qu’ils en font plus qu’il n’en faut.

Qu’est ce qui est plus dissuasif la présence massive et visible ou alors la présence discrète lorsque le chef de l’Etat se déplace?

Je crois que la présence discrète est plus efficace, personne ne sait qui est qui alors que lorsque les soldats sont habillés en tenue on sait qui fait quoi.

En ce qui concerne la crise anglophone, on accuse les services de renseignement de n’avoir pas su anticiper?

La crise des deux régions m’a trouvé aux Etats-Unis donc je l’ai vécue là-bas. Je ne sais donc pas si les services de renseignement se sont attelés à dire au chef de l’Etat : « attention il y a quelque chose qui se prépare ». Je ne peux pas répondre de manière précise, puisque Je ne suis plus en activité. Nous regardons ces choses-là de loin.

Est-ce que la crise anglophone n’est pas également une crise du renseignement prévisionnel au Cameroun?

D’abord, vous devez savoir que le renseignement ne regarde pas les trois armées. Cela regarde la police et la gendarmerie. La police doit tous les jours adresser un bulletin de renseignement quotidien au chef de l’Etat. Au temps où j’étais en service cela se faisait. Le matin dès que j’arrivais je lisais d’abord tous ces bulletins. Je faisais la synthèse pour le chef de l’Etat. Donc si la police et la gendarmerie s’étaient activées peut-être elles auraient intercepté des informations, peut-être ces services ont découvert des choses et les ont dites au chef de l’Etat. Maintenant s’ils ont dit au chef de l’Etat ce qui se préparait, qu’est-ce qu’il a fait?

Sur la même question, à votre époque y avait-il une bataille entre les services de renseignement (police, gendarmerie, etc.) ?

Non. A notre époque c’était bien distinct. Quand Paul Pondi (Dgsn de l’époque, ndlr) par exemple voulait empiéter sur les attributions de l’armée, en matière de renseignement, on lui disait stop. Cela ne vous regarde pas. Au délégué général à la gendarmerie (Issa Bakary), on disait qu’il n’est pas indépendant, qu’il dépend du ministère de la Défense. La sécurité militaire, pareil. Celle-ci s’occupe uniquement du moral des militaires. Est-ce que les militaires sont bien traités ? bien logés ? Mais on n’en a fait autre chose aujourd’hui : c’est-à-dire quelqu’un a un petit problème au quartier il part trouver le chef de la sécurité militaire. Non. Il n’y avait pas de lutte. Je recevais le matin les bulletins de renseignements de la police, de la gendarmerie, de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de la marine et j’en faisais la synthèse à adresser à qui de droit.

Avez-vous été consulté pour votre expérience en matière de renseignement depuis que vous êtes à la retraite ?

Non (rires). En effett, le service de renseignement est une épée à double tranchant. Je ne peux pas dire que j’y ai laissé uniquement des amis. Déjà quand j’étais en service, mes chefs me combattaient, à plus forte raison quand je suis parti…

YAvec tous ces livres que vous avez écrits, qui fourmillent de secrets d’Etat, vous arrive-t-il d’avoir peur ? Êtes-vous surveillé ?

A ma connaissance non. Je n’ai rien fait contre quelqu’un. Je n’ai peur de personne.

Peut-être des fantômes du 6 avril 1984 ?

Les fantômes du 6 avril, s’ils avaient écouté les conseils, ils n’auraient pas subi les foudres de la République.

Est-il possible de vivre encore un 6 avril au Cameroun, au vu de la remontée du repli identitaire et des incertitudes de la transition ?

Je ne sais pas. Nous avons combattu le 6 avril, ce n’était pas pour un individu ; l’individu Biya. Non. C’était pour que le précédent régime ne revienne plus parce que nous avons fréquenté les écoles militaires, malheureusement ce qu’on a appris là-bas n’était toujours pas appliqué sur le terrain, c’est-à-dire par l’homme politique. Celui-ci privilégiait ses gens sans tenir compte du mérite des autres.

Le temps passe et on a le sentiment que certains officiers supérieurs de l’armée depuis le putsch manqué ont pris en otage le président de la République. Est ce le même sentiment que vous avez ?

A ma connaissance non. Je ne pense pas que les militaires ont pris le chef de l’Etat en otage.

Pourquoi les mêmes noms ?

Si le président a été reconnaissant envers ceux-là cela ne veut pas dire que les trois généraux que vous citez [Meka, Ivo et Semengue, ndlr] l’ont pris en otage.

Vous considérez que la jeunesse a pris des galons au sein de l’armée ?

Oui. Tous ceux que moi j’ai laissés capitaines sont aujourd’hui des colonels. Pour cela l’armée n’est plus faite de vieux, sauf les généraux. Il y en a qui sont plus vieux que moi.

Vous vivez aux Etats-Unis. Continuez-vous à y suivre des activités militaires ?

Non. Je n’ai pas le temps pour cela. Je me repose. J’ouvre mon téléphone pour suivre l’actualité et je suis sur les réseaux sociaux. Un point un trait.

Des contacts avec vos camarades ?

Oui. Ceux qui ont voulu m’aborder. Il y en a beaucoup qui n’ont pas voulu prendre part à la rédaction de cet ouvrage [sur le 6 avril 1984, ndlr] qui ont pourtant vécu les faits.

Vous étiez juge du Tribunal militaire. Est ce facile d’être juge dans cette juridiction ?

Pourquoi pas ? Ce n’est pas parce qu’on n’a pas été à l’Enam. Quand on est nommé juge, on vous donne les bribes de la procédure.

Un 3ème livre bientôt ?

Je ne suis pas sûr. Il faudrait que j’aie un sujet qui va attirer l’attention de mes lecteurs. Je ne veux pas écrire pour écrire. Je suis déjà fatigué.

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