Mercredi, 14 Novembre 2018
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Mgr Samuel Kleda:on doit revoir le Code électoral dans l’intérêt des Camerounais

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L’archevêque de Douala analyse le processus ayant conduit à l’élection du nouveau président de la République au Cameroun au cours d’une rencontre avec la presse,  mardi 23 octobre dans la capitale économique.
Par Renaud Inang
Etes-vous satisfait du déroulement de l’élection présidentielle dont les résultats ont été proclamés lundi dernier par le Conseil constitutionnel ?
Il ne s’agit pas d’être satisfait ou pas. Cette élection m’a amené à me faire une interrogation : est-ce qu’il est nécessaire dans certains pays africains, d’organiser des élections, en particulier dans les pays d’Afrique centrale ? On a l’impression qu’avant d’aller aux élections, on connaît déjà les résultats. Dans notre lettre, nous avons dit que les Camerounais ne soient pas résignés en se disant que tous les jeux sont faits, qu’il est inutile d’aller aux élections. Nous les avons plutôt encouragés. Mais au fond, ce qu’il s’est passé leur donne raison quelque part. Que rien n’a bougé. Tout a été fait de la même manière et on a l’impression que les choses vont continuer comme elles se présentent aujourd’hui. L’élection donne l’occasion à un peuple de s’exprimer et de faire des choix concernant la gestion de son propre pays. L’électeur voudrait que quelque-chose change sur sa situation et il choisit un dirigeant qui pourra le faire. Si je prends l’Extrême-Nord, le Rdpc a eu 89%. Cela me fait beaucoup réfléchir dans ce sens que cette région est aujourd’hui la moins développée au Cameroun. Dire que ces gens qui souffrent presque chaque année pendant la période de soudure, cette région qui vit la pauvreté partout, quand on voit que ces gens ont voté à 89%, ça me pose sérieusement un problème. On dirait qu’il y a beaucoup d’analphabètes, des gens qui ne sont pas capables par eux-mêmes d’analyser et qu’on profite de cette situation. Je regarde encore la zone anglophone où les résultats du parti au pouvoir sont très élevés. Alors, quand il s’agit des élections, au moment où on n’a pas pu battre campagne là-bas, d’où viennent tous ces  pourcentages du parti au pouvoir? Ce sont les questions que je me pose concernant cette élection et que tout Camerounais devrait le faire.  Ça veut dire que tous les problèmes que nous cherchions à résoudre avant les élections, seront là et ne trouveront pas de solutions, étant donné que tout va continuer normalement. Ce sont les questions que je me pose en tant qu’évêque, en tant que président de la Conférence épiscopale.
Que pensez-vous de l’auto-proclamation du candidat Maurice Kamto au lendemain du scrutin 
Quand un candidat va aux élections c’est pour gagner. Nous avons suivi la déclaration de Maurice Kamto. Il n’est pas satisfait des résultats de cette élection. Il a dit être prêt à utiliser les moyens de droit pour revendiquer la victoire. Si justement il a des preuves affirmant qu’il est le vainqueur, on doit l’écouter pour qu’il présente ses arguments. Peut-être qu’on doit arriver à lui prouver qu’il n’a pas gagné. Mais il a le droit, tout comme Cabral Libii qui a déclaré officiellement la victoire de l’opposition. Ce n’est pas la violence qui doit être préconisée, mais les arguments sur le plan légal. Nous sommes dans un pays de loi. Je crois que même la requête de Joshua Osih présentée par ses avocats au sujet de la crise anglophone a des arguments solides. Le président doit être élu par tous les Camerounais, même si c’est deux régions sur dix, ils doivent aussi être écoutés. Mais je ne crois pas que cela ait été le cas.  L’Eglise demande qu’une élection soit transparente, libre, et ce sont les citoyens qui choisissent. Ils sont capables d’élire quelqu’un et de le démettre quand il ne répond plus à leurs aspirations. Si quelqu’un est élu de manière transparente, c’est à partir de ce moment qu’on dit que Dieu lui a donné le pouvoir.
Le Code électoral actuel fait l’objet de remous au sein de la classe politique. Qu’en pensez-vous ?
Le Code électoral doit avoir le consensus de tous les candidats, de tous les Camerounais. Effectivement, même au niveau de la Conférence épiscopale, des évêques avaient fait des propositions pour  changer le Code électoral. Il est temps, dans l’intérêt des Camerounais, de revoir le Code électoral, même s’il faut le faire à une date lointaine. Mais réviser un Code électoral ne prend pas mille ans. Ça peut se faire en quelque temps. Le but est que tous ceux qui vont aux élections aient la même chance de gagner. Je suggérerais que ce Code soit révisé avant les deux élections municipales et législatives que nous attendons. Et je crois qu’on saura maintenant qui perd et qui gagne. Après ces élections municipales et législatives, la décentralisation sera mise véritablement en place pour que les régions se développent. Quand nous avons des gens d’une région qui ont faim, c’est tout le pays qui souffre. Nous sommes dans un même pays et nous devons faire que tous les Camerounais soient heureux où ils sont. Tous les Camerounais ne peuvent pas venir à Douala ou à Yaoundé pour profiter des richesses de ce pays. Le politique aujourd’hui doit se demander pourquoi il y a des mécontentements, et chercher à les résoudre.
Quelles actions ou propositions avez-vous faites à ce jour pour la résolution de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ?   
Nous avons demandé aux fidèles de prier pour la paix. Aux différents acteurs, que ce soit du gouvernement que de la partie anglophone, nous les avons invités à se mettre autour d’une même table pour discuter, se mettre d’accord, parce que nous formons un seul pays. S’il y a un problème, nous pouvons le résoudre. Mais il se trouve aujourd’hui qu’il y a des gens en prison, en exil dans d’autres pays. J’espère qu’après cette élection, nous serons davantage entendus. Nous continuerons à plaider pour qu’il y ait le plus vite possible un dialogue. L’instauration d’un dialogue inclusif qui appelle tout le monde pour construire notre pays. Il est temps qu’on s’essaye autour d’une même table pour mettre fin à cette crise, parce que tout ce qui est conflit retarde le développement d’un pays. Avant la crise, il y avait beaucoup de conteneurs qui accostaient ici au port et prenaient la direction de la zone anglophone. Depuis que la crise a éclaté, ce n’est plus possible. Ce qui veut dire que le développement de ces deux régions s’est arrêté, et c’est un retard. A côté de cela, il y a l’éducation de nos enfants. Ça fait beaucoup souffrir. Quand les enfants d’une partie de notre pays ne vont pas à l’école, ça crée des problèmes d’injustice, et ça risque de créer d’autres problèmes dans le futur. Voilà pourquoi il est urgent qu’après les élections, on trouve le plus vite possible des solutions à cette crise.

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