Vendredi, 30 Octobre 2020
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Me Charles Tchakoute Patie:Procès perdu face à la mort

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Le bâtonnier de l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun a rendu l’âme le 04 octobre dernier des suites de maladie.

Par Paulette Ndong

Me Claire Atangana Bikouna prend les rênes du bâtonnat.  La doyenne du Conseil de l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun remplace le bâtonnier décédé ce dimanche (04 octobre) en France des suites  de maladie.  La nouvelle de son décès attriste toute sa famille professionnelle. Ses proches collaborateurs dont les membres du Conseil de l’Ordre sont anéantis. «C’est le jeudi 1er du mois en cours que je l’ai accompagné à l’aéroport pour son évacuation sanitaire. Il était déjà bien affaibli par la maladie mais je gardais espoir. C’est une perte énorme pour l’avocature et pour le Cameroun», confie encore sous le choc le président de la Commission des droits de l’Homme et des libertés au Barreau du Cameroun, Me Christian Daniel Bissou.

Deux ans.  Juste le temps d’un mandat, il laisse de fortes empreintes au sein de sa corporation. Me Charles Tchakoute Patie dont le mandat devait prendre fin le 25 novembre prochain n’est certes plus,  mais ses œuvres parlent d’elles-mêmes.

En 2018 lorsque cet originaire de la région de l’Ouest Cameroun prêtait serment après sa victoire face au bâtonnier sortant Me Jackson Ngnie Kamga – 758 voix contre 1158 voix-, il a déclaré de faire de « la protection de l’avocat » son cheval de bataille. Cette déclaration n’a pas été qu’une simple promesse de campagne.

Pour preuve, dans une correspondance datée du 29 juillet dernier, il a saisi le secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie (Sed) pour lui signifier qu’il y a une reprise de violences sur des avocats. Le bâtonnier très remonté fondait sa plainte sur un certain nombre de faits récents. «Il y a quelques jours seulement, un avocat, Me Serge Chendjou en occurrence, a été agressé à Yaoundé par un gendarme, et avant lui d’autres avocats à Douala : le barreau du Cameroun envisage des actions juridictionnelles contre les auteurs de ces actes. La colère monte, et l’exaspération gronde», indiquait le communiqué. Le Barreau du Cameroun et le Sed avaient entrepris une concertation, à l’occasion, le Sed avait fait « la promesse que des instructions seront données aux gendarmes, afin qu’aucun avocat ne fasse plus l’objet de violences ni d’entraves de quelque nature que ce soit dans sa pratique professionnelle».

Dénonciations

La violence faite sur les avocats avait été également dénoncée en 2019. Elle fait partie des motifs d’un mouvement d’humeur. Dans un communiqué rendu public le 31 août, le Conseil de l’Ordre avait dénoncé, entre autres, les interpellations et détentions arbitraires d’avocats, la récurrence de violences physiques exercées contre eux par des éléments des forces de l’ordre, l’audition et la conduite des débats dans des langues autres que celles des personnes poursuivies, la comparution nue des détenus aux audiences publiques, l’obtention d’aveux par la torture, la transformation illégale des gardes à vue judiciaires en gardes à vue administratives, ainsi que la non-réponse à certaines requêtes des avocats.

Une dénonciation qui n’était pas sans conséquence, puisque le communiqué indiquait que l’Ordre décidait « de la suspension du port de la robe et de la non-fréquentation des cours et tribunaux sur toute l’étendue du territoire pendant cinq jours (16 au 20 septembre)».

Pour lever le mot d’ordre de grève, le gouvernement avait immédiatement organisé des rencontres avec les avocats et demandé une suspension du mouvement. Dimanche 15 septembre, au cours de la session extraordinaire du Conseil convoquée en vue de délibérer de la poursuite ou non du débrayage, le quorum n’avait pas été atteint. Par conséquent, la grève avait été maintenue.

Une décision qui avait été saluée par ses pairs.  «Monsieur le bâtonnier vous nous redonnez de la valeur. Il était temps que le respect et la considération reviennent», le félicitait-on. Des phrases d’encouragements et de reconnaissance de ses confrères étaient bien accueillies. «J’ai été élu pour vous servir», répondait-il d’un ton courtois à chaque fois qu’il était sollicité.

Disponible, serviable, il l’était. Le vice-président de la Commission des affaires sociales au Barreau, Me Christophe Tchudjo le confirme. «Il répondait toujours présent lorsqu’on avait besoin de lui. C’était un rassembleur. Il savait tourner la page puisqu’au sein de son équipe, il travaillait même avec ceux qui le combattaient»,  témoigne l’avocat. D’après lui, il savait faire la part des choses. «Il savait apprécier et  déprécier  également».

Rappel à l’ordre

Ses pairs sont unanimes : « C’était un travailleur. C’était un bon père ». Il a débloqué la situation de la dernière cuvée des jeunes avocats. Plus de 800 attendaient depuis six ans. «Il a assisté à toutes leurs prestations de serment dans les 10 régions », révèle Me Christian Daniel Bissou. Ce «bon» père savait également frapper du poing sur la table lorsqu’il observait un écart de comportement au sein de la corporation. C’est dans ce sens que dans un communiqué publié le 18 octobre de l’année dernière, celui qui décède à l’âge de 57 ans, condamne avec fermeté, l’attitude de ses confrères qui avaient rendu visite au leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) en robes noires. Dans ce document, il a déploré cette «photo souvenir en robes noires» du collectif des avocats de Maurice Kamto et ses alliés. Il a précisé alors que : «le Barreau du Cameroun n’est pas un parti politique. Les avocats ne peuvent revêtir leur robe qu’à des occasions consacrées par les usages et les traditions séculaires. Les domiciles privés ne sont d’aucune façon les lieux où la robe d’avocat peut être portée, sauf situations très particulières sur autorisation expresse et préalable du bâtonnier.  Le Barreau du Cameroun réitère son statut et sa vocation d’une organisation professionnelle, mais aussi un observateur avisé et attentif de la société».

Il s’en va en laissant un projet en cours. Celui de la construction de l’immeuble siège de l’Ordre. « Cet édifice doit être à la dimension de notre profession », rappelait Me Charles Tchakoute Patie dans ses déclarations. Ses confrères espèrent que Me Claire Atangana Bikouna, qui était son représentant pour les régions du Centre, Sud, Est va continuer le combat.

Bio express

25 décembre 1963 : Naissance à Mendjo ;

16 janvier 1992   : Inscription à l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun ;

25 novembre 2018-04 octobre 2020 : Bâtonnier de l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun.

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