Dimanche, 21 Janvier 2018
Accueil quotidien mutations culture Mbarga Soukous:long courrier pour l’au-delà

Mbarga Soukous:long courrier pour l’au-delà

65
- Publicité -

L’artiste de bikutsi s’est éteint à Yaoundé dans la nuit du 29 novembre dernier.

Par Mélanie Ambombo

Les mélomanes qui s’étaient habitués à la voix envoûtante et entrainante de Mbarga Soukous ne l’entendront plus chanter. L’artiste s’est éteint dans la nuit de mercredi 29 novembre dernier à Yaoundé. «C’est vrai qu’il était atteint d’une infection pulmonaire depuis quelques années. Mais avant sa mort, il n’était pas couché. Il est tombé dans la nuit de mercredi dernier, aux environs de 21h à Messassi, où il était allé négocier une prestation scénique», raconte l’artiste Messi Ambroise.

Selon cet autre chanteur de bikutsi, c’est d’abord un ami à lui qui l’informe du malaise de Mbarga Soukous. Une information confirmée juste après par Govinal Ndzinga Essomba : «Il m’a dit au bout du fil qu’il (Govinal, Ndlr) a été contacté par l’Hôpital Jamot qui affirme que Mbarga Soukous va mal». Suite à ces échanges téléphoniques, la mort du chanteur sera constatée. Aussitôt, l’information va se répandre telle une trainée de poudre. Sur les réseaux sociaux, les confrères et fans de l’artiste ne cachent pas leur peine à travers diverses publications. Des mots de réconfort à l’endroit de sa famille et plusieurs témoignages embrasent la toile. Certains vont plus loin en partageant quelques titres de l’artiste décédé à l’âge de 63 ans.

Dans l’après-midi du 30 novembre sis au quartier Mvan à Yaoundé, c’est la tristesse au domicile du défunt. Des chaises en plastique ont été disposées à l’extérieur de la
grande concession. On peut y voir assis, certains compagnons et membres de la famille de ce natif de Nkolmeyang, par Nkol-Afamba, dans région du Centre. A l’intérieur et sur un matelas, une dame qu’entourent trois autres femmes se
fait consoler.

«C’est la veuve», souffle une jeune dame assise à l’écart. Sur une table recouverte d’une nappe blanche, un grand portrait de Mbarga Soukous a été posé derrière une bougie blanche incandescente. Des gens vont et viennent. Certaines femmes éclatent en sanglots une fois à l’intérieur de la bâtisse de ce grand nom de la musique camerounaise. Artiste adulé et respecté du public malgré son registre musical qui fait la part belle au bas de la ceinture, ses passages sur scène ont toujours été des moments euphoriques.

Essamba
On se souvient que le 19 août dernier, lors de son passage au cabaret Carossel à Yaoundé, il lui a fallu moins de trente minutes pour raviver la mémoire de ses fans. L’impresario de la soirée n’avait même pas encore terminé de le présenter que le public criait déjà à tue-tête «Essamba, Essamba» (l’un des titres phares du
répertoire de cet artiste, Ndlr). Lorsqu’il monte sur scène, le public, comme hypnotisé, se déplace. Tout le monde quitte sa chaise et avance vers la piste de danse qui va vite
devenir étroite. Derrière son micro, Mbarga Soukous mène la danse. « Tout le monde à la queue leu leu », va-t-il lancer.

Le cabaret prend aussitôt l’allure d’une cour d’école. Tels des élèves, les fans s’alignent les uns derrière les autres. Une différence : ici, on ne marche pas, on danse. Et les
coups de sifflets de l’instituteur sont remplacés par les titres «Nsono Nsono», «Long courrier» et son fameux «Essamba». Ici, aucune censure. Les multiples allusions au
sexe n’offensent ni les jeunes, ni les plus âgés. Au contraire. Elles stimulent les danseurs qui n’hésitent pas à se coller contre leurs partenaires pour exécuter des chorégraphies assez osées.

Une anecdote raconte que lors de la sortie de «Essamba», feu Mgr Jean Zoa, offusqué par les paroles de ladite chanson, s’était rendu à la présidence de la République pour requérir une censure de cette musique «obscène». Mais à sa grande surprise, il trouvera que même au plus haut sommet de l’Etat, l’on se trémousse au rythme de «Essamba» de Jean Mbarga Nnomo, à l’Etat civil.

Frustrations
Mbarga Soukous, dernier né d’une fratrie de cinq, est confronté au refus de sa famille lorsqu’il commence à s’intéresser à la musique. Ignorant les réticences de ses
proches, cet ancien footballeur et coéquipier de Mbida Arantes abandonne l’école après l’obtention de son Brevet d’études du premier cycle (Bepc), au collège Mongo Beti. Il se lance dans une aventure musicale à Douala et fait chemin dans des cabarets avec plusieurs autres artistes tels que Atebass. A la suite du décès de l’un de ses frères, il est contraint de revenir sur Yaoundé. Il s’installe à «Escalier bar» de Mvog-Ada et y devient très vite chef d’orchestre. «Je l’ai connu en fin d’année 1985 dans «Les têtes brûlées».

Nous jouions tous dans le même bar à Mvog-Ada», témoigne l’artiste Gibraltar Drakus. Avec ses amis de carrière tels que Atebass, il crée un groupe dénommé «Sangoula». Engagé dans une carrière solo, il sort «Doum Ekou». Des louanges au Seigneur qui passeront inaperçues. L’auteur de «Essingan», disque fétiche du mythique groupe
«Les têtes brûlées», revient plus tard avec un autre album dans un tout autre registre, celui de l’apologie du «bas-ventre». Il connait un succès fou avec l’album «Essamba» (1989), où une poésie originale du corps et propre à lui prédomine à travers des expressions telles que «à cheval», «au galop», «affobo». Ledit album lui permet de battre le record du disque camerounais le plus vendu.

Un exploit qui l’amène à se présenter comme étant le «maillot jaune». «Frustré que personne ne lui reconnaisse ce mérite, il devenait nerveux et parfois, il pouvait arrêter de vous saluer sans aucun problème», indique Messi Ambroise. Il a été fait à titre exceptionnel chevalier de l’ordre de la Valeur en 2015. Homme à la carrière riche, il est de son vivant un artiste très méticuleux dans le travail. Parfois, il limogeait ses instrumentistes sur scène, souffle l’un de ses proches. Il a formé plusieurs artistes tels que Fam Nzengue, Mvondo Rogers Star, qui l’ont précédés dans l’au-delà.

Après «Essamba» (à la queue leu leu) en 1989, «Nsono Nsono» (tout de chair) en 1996 et «Nnem Esing» (cœur d’amour) en 1999, «Dûma» (2009), l’homme des «occasions
pressées» se fait un nom et une réputation dans les cabarets, bistros et boîtes de nuit. En restant toujours fidèle à une thématique qui ne s’éloigne pas trop sexe.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP