Dimanche, 5 Juillet 2020
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Marché Ekounou:La vie après le sinistre

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Certaines victimes de l’incendie du 27 décembre 2019 ont repris leurs activités, en dépit des menaces de la part des forces de l’ordre qui demandent leur déguerpissement.
Par Rosette Ombessack
03 février 2020. Il est environ 13h30 au site sinistré du marché Ekounou, situé dans l’arrondissement de Yaoundé 4e. Les commerçants victimes de l’incendie du 27 décembre 2019 y reprennent peu à peu leurs différentes activités. C’est le cas de Valérie, coiffeuse. Installée en plein air derrière sa table sur laquelle est dressé un parasol, elle jette un œil vigilant sur toute personne qui passe, dans l’espoir de dénicher une éventuelle cliente. « J’ai perdu toutes mes clientes après le drame. J’avais un bel emplacement, confortable. J’avais mis le paquet pour attirer ma clientèle. Et toute personne qui venait dans mon salon était à l’aise», rapporte la coiffeuse, la mine triste. Elle ajoute que ses clientes ne veulent pas être coiffées en plein air, au vu et au su de tout le monde.

A un jet de Valérie, c’est Joël Abena, vendeur de vêtements et de chaussures. Il fait également dans la beauté féminine (tracé des sourcils, pose ongles et faux cils). Il a lui aussi désormais pour seuls équipements un long banc et un parasol. Une femme d’un certain âge arrive et lui passe la commande de la pose ongles et le tracé des sourcils. Joël apprête immédiatement le produit qu’il mélange avec un peu d’eau avant de commencer le travail. « J’ai perdu beaucoup de clientes qui ne supportent pas le travail en plein air, à l’exception des plus fidèles », se plaint-il lui aussi.
A quelques mètres encore c’est Gaston qui vient de réinstaller ses moulins à écraser, trois au total. Il dit avoir perdu 12 machines dans l’incendie. « C’est tout ce que j’ai pu sauver des flammes », informe-t-il. Gaston révèle d’ailleurs que c’est la deuxième fois qu’il est victime d’un incendie sur le même site, après celui de 2016. « Je n’ai pas encore remboursé toute ma dette de 2016, voilà qu’à peine je contracte une autre dette en 2018, le feu vient me faucher de nouveau», maugréé-t-il.

Aux dires des commerçants rencontrés sur place, certains des leurs sont encore à l’hôpital sous le choc, tandis que d’autres sont au quartier ne sachant à quel saint se vouer. «Les autorités nous disent qu’elles ont recensé plus de 250 boutiques consumées. Sauf qu’on ne nous dit toujours pas l’aide qu’on nous apportera », lance Mariette Tamo l’une des victimes. Elle ajoute que ses enfants ont été mis à la porte de leur établissement scolaire parce qu’elle n’a pas pu payer leur scolarité.
Toutefois, c’est avec la peur dans l’âme que les commerçants dudit site vaquent à leurs occupations. Tant il est vrai qu’il leur est toujours demandé de déguerpir les lieux. «J’ai entendu dire que les policiers projettent de nouveau venir chasser les commerçants après les élections, donc à partir du 10 février prochain», révèle la cheftaine du marché d’Ekounou.

Des propos que confirment les commerçants sinistrés. « Les policiers qui nous ont refusé l’accès au marché il y a deux semaines sont revenus nous dire que le marché Ekounou n’est pas reconnu. Et donc ils attendent seulement que les élections passent pour raser tout le marché», déclare un commerçant.

Intimidation
Pour la cheffe du marché qui affirme être déçue du comportement des forces de l’ordre. « Comment peut-on dire que le marché Ekounou n’est pas reconnu, alors qu’il y existe un régisseur, un récepteur et des policiers ? », s’interroge l’octogénaire. Elle fait d’ailleurs comprendre qu’elle est convoquée à la Communauté urbaine de Yaoundé demain mercredi 05 février. « On ne m’a pas donné l’objet de cette convocation. Je vais y aller et on me dira en quoi ce marché n’est pas reconnu», martèle-t-elle.

On se souvient que mercredi 15 janvier dernier, l’accès au site sinistré du marché Ekounou avait été interdit aux commerçants par les forces de l’ordre du 14e arrondissement. Aux dires des commerçants, les policiers déclaraient avoir reçu l’ordre du sous-préfet de Yaoundé IV de faire déguerpir les lieux parce que c’est le terrain de l’Etat où est prévue la construction des locaux de la sous-préfecture. Sans opposition, les victimes s’étaient rendues en masse chez le sous-préfet, qui, selon leurs propos, avait démenti les faits.

Le sous-préfet leur a par la suite autorisé de rentrer s’installer sur le site sinistré sans toutefois construire quoique ce soit, même pas avec des matériaux provisoires. Il leur avait été recommandé de n’utiliser comme seuls équipements que « des bâches, des parasols, des tables et bancs », raconte Joël.

Toutefois, poursuit le commerçant, de retour sur les lieux, alors qu’ils s’affairaient dans leurs différentes activités, les policiers sont venus à nouveau leur intimer l’ordre de quitter les lieux. « Nous leur avons fait comprendre que le sous-préfet vient de nous autoriser de nous installer. Sur quoi un policier avait lancé : « Le sous-préfet c’est qui ? »
Cependant, fait savoir Gaston, les hommes en tenu avaient rebroussé chemin, après avoir vérifié via un coup de fil, qu’il leur avait été bel et bien autorisé par le sous-préfet de s’y installer, sans effectuer aucune construction.
Quant au sort qui est réservé aux sinistrés, ils disent ne toujours pas savoir

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