Mercredi, 5 Août 2020
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Macky Sall: « Quand on est dans l’urgence, on peut se passer de certains protocoles »

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Le président de la République du Sénégal partage l’expérience de son pays dans la lutte contre le COVID-19.
Par France 24 et Rfi, retranscrit par Guy Martial Tchinda

Ce vendredi (17 avril) avec 342 cas confirmés de coronavirus, 198 guérisons et seulement deux morts, le bilan officiel du Sénégal affiche un taux de guérisons record en Afrique et un taux de mortalité exceptionnellement bas. Les chiffres sont-ils sous-estimés ? Existe-t-il une exception sénégalaise ou alors la vague épidémique qu’on a vu déferler en Chine, en Europe ou aux Etats-Unis va-t-elle arriver en Afrique ?
Ces chiffres ne sont pas sous-estimés. Au moment où nous parlons, nous sommes à 342 personnes infectées et on vient d’enregistrer le 3e décès donc nous avons trois décès et plus de 198 personnes qui sont sorties de l’hôpital donc, guéries et 141 qui sont dans les établissements hospitaliers. Oui ce sont des chiffres assez positifs si l’on considère le rythme de propagation de la maladie et surtout le taux de décès dans la plupart des pays. Je pense que cela est dû à une combinaison de facteurs. C’est d’abord la prise en charge précoce en milieu hospitalier puisque nous avons un dispositif d’alerte, de coordination et d’identification des malades et des contacts. Et immédiatement tous les contacts sont en confinement total dans des établissements hôteliers et tous les malades sont absolument à l’hôpital où ils sont traités.

Bien entendu le traitement a un rôle à jouer dans ce taux. Nos praticiens et professionnels de la médecine ont décidé assez rapidement de mettre en place un certain nombre de protocoles qui font débat ailleurs, en particulier l’utilisation de l’hydroxychloroquine qui est combinée à l’azithromycine ; cela a certainement joué un rôle. En plus nous avons une population relativement jeune, ce qui est le propre de l’Afrique. Je pense que la jeunesse de la population, la précocité des mesures d’endiguement ainsi que la prise en charge précoce dans les établissements hospitaliers peuvent expliquer ces résultats.

Vous parlez de la chloroquine. C’est un médicament qui fait polémique en Europe et aux Etats-Unis. Elle est prônée par un chercheur français qui est né à Dakar et que tous les Sénégalais connaissent : c’est le Pr Didier Raoult. Certains l’accusent de manquer de rigueur scientifique et vous dans les hôpitaux sénégalais, dès qu’un patient est testé positif vous le mettez sous chloroquine sauf contre-indication…
Oui. Il faut dire que l’utilisation de la chloroquine se fait en milieu médical ; il ne s’agit pas d’automédication. Les professionnels ont donc décidé d’appliquer cette molécule dès l’apparition des premiers symptômes avant qu’on soit dans des cas critiques. Pour le moment, nous avons eu très peu de cas critiques. Aujourd’hui on parle d’urgence sanitaire mondiale avec une pandémie qui fait des ravages. Pour les professionnels qui ont des malades entre les mains et qui doivent les soigner alors que la chloroquine a fait des résultats importants, je pense que le débat peu se poursuivre mais le plus important c’est de guérir les malades. Si l’on considère les bienfaits de cette molécule par rapport à ses risques en Afrique, je pense que la balance pèserait du côté des bienfaits. En Afrique on connaît bien la chloroquine à travers sa version nivaquine que nous avons tous consommé en quantité pendant notre jeunesse dans les écoles. C’était des moyens de prophylaxie contre le paludisme. On peut parler des effets mais nous avons pour le moment un taux de guérison remarquable. Le nombre de guéris a dépassé le nombre de malades dans les hôpitaux. Et cette courbe ne cesse de progresser.

L’autre problème majeur que nous avons c’est la contamination communautaire qui ne relie pas le malade à des cas connus. Nous allons prendre de nouvelles mesures pour contenir cette propagation communautaire de la contamination communautaire.
Je dois saluer le travail du Pr Didier Raoult. Je suis d’autant plus heureux que c’est un natif de Dakar. Je pense qu’il continue d’ailleurs de travailler avec nos scientifiques et nos médecins à travers ses laboratoires. Dans une crise comme celle-ci, je pense qu’on peut d’abord voir ce qui peut sauver des malades et après la polémique peut se poursuivre. Quand on est dans l’urgence, on peut un peu se passer de certains protocoles [qui ont cours] en période normale. Le résultat c’est qu’il y a des malades guéris en plus grand nombre. C’est ce qui compte le mieux.

Le Sénégal a mis en place un programme de résilience sociale et économique d’un coût de 1000 milliards Fcfa et aussi des mesures qui affecte la vie des Sénégalais. Tous les jours il y a un couvre-feu de 20h à 6h du matin mais il n’y a pas encore de confinement total pour le moment. Pensez-vous à cette mesure de confinement total ou alors vous préférez l’alternative d’un dépistage massif pour éviter que la maladie ne se répande ?
Le Sénégal a fait le choix dès le départ de prendre des mesures graduelles, de suivre l’évolution de la maladie et d’adapter ses réponses aux résultats obtenus. Ce qui fait que les premières mesures ont été la fermeture des établissements alors que nous étions à moins de 20 cas ; la fermeture des aéroports ; la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes. Cela fait qu’aujourd’hui nous n’avons plus aucuns cas importé. Ensuite nous sommes passés à l’état d’urgence et au couvre-feu. Avec de nouveaux cas communautaires, nous allons certainement réajuster les horaires du couvre-feu. La communication au niveau des communautés est très importante. Si tout cela ne suffit pas, en fonction de l’évolution, nous n’excluons pas [la possibilité] d’aller vers des mesures plus fortes. J’avais souhaité confiner totalement tous les contacts et que tous les malades soient également confinés dès lors qu’ils sont en milieu hospitalier, plutôt que de confiner toute la population. Mais, si on devrait y arriver, on le ferait. Tout dépendra de l’évolution de la maladie mais considérant ce qui est en cours, je pense que nous pourrons y arriver sans le confinement total.

Vous menez une campagne très important pour l’allègement voire l’annulation de la dette africaine. Ce mercredi (15 avril, Ndlr) le G20 a décidé d’un moratoire sur une partie importante de quelques 44 milliards de dollars que l’Afrique aurait dû rembourser cette année. Combien ce moratoire va-t-il dégager dans le budget sénégalais pour lutter contre le coronavirus et à quoi bon ce moratoire si ces paiements sont juste reportés à l’année prochaine ?
Je dois me réjouir de cet effort préliminaire du G20 puisque depuis le 25 mars, j’ai personnellement lancé un appel depuis Dakar pour l’annulation de la dette publique de l’Afrique. Je l’avais dit parce qu’en créant mon plan de riposte, j’ai constaté que si le paiement des intérêts de la dette était différé, cela me donnait quasiment la moitié du montant nécessaire de ce plan qui coûte 1000 milliards de Fcfa. Rien que le paiement des intérêts de la dette pour le Sénégal représentait sur l’année à peu près 500 à 580 milliards Fcfa. Nous avons considéré qu’une pandémie comme le COVID-19 appelle des réponses globales. Nous sommes dans un monde où la solidarité doit jouer. L’Afrique a besoin de cette solidarité en ce moment. Ce qui ont déjà réagi positivement comme le président Macron que je félicite au passage, tout comme Sa Sainteté le Pape François dont nous avons été réconfortés par les propositions ; les institutions multilatérales comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, ont été à la pointe du combat.

Le rééchelonnement c’est une chose, oui on s’en réjouit. Mais il faut aller au-delà. Il faut être courageux. J’appelle mes collègues chefs d’Etats du G20 à aller vers de véritables réformes parce que je suis convaincu qu’après le COVID-19, il faudra un nouvel ordre mondial. Nouvel ordre qui devra renforcer la résilience de tous les pays et de tous les Etats ; parce que si demain cette maladie reste quelque part dans un village quelconque du Sénégal ou d’ailleurs, c’est toute la communauté mondiale qui en sera menacée. Cette première opération va permettre de faire face à la pandémie mais, il y a des conséquences dramatiques du COVID-19 sur l’emploi et c’est cela qui doit amener tout le monde à agir en conséquence.

Est-ce que vous demandez toujours une annulation pure et simple de la dette ? On parle de 365 milliards de dollars. Est-ce que c’est réaliste ?
C’est plus que réaliste. 365 milliards de dollars sont certes important, mais qu’est-ce que cela représente par rapports aux milliers de milliards de dollars qui font l’objet de transactions par jour dans le cadre des bourses et tout ce qui anime le monde aujourd’hui ? Je pense que le moment est venu où on doit s’arrêter un peu. Quelle est la finalité de notre monde ? Est-ce que nous sommes là pour courir derrière de supers gains astronomiques ou nous devons être capables [d’agir] lorsque la maladie frappe ou lorsqu’il y a un besoin de solidarité pour l’humanité ? 365 milliards de dollars à mon sens ce n’est pas quelque chose qui est insurmontable pour les pays donateurs comme ceux du G20. Je ne leur demande pas de faire ce qu’ils ne peuvent pas faire. Ils peuvent à mon avis mettre en place un mécanisme approprié en concertation avec l’Afrique et travailler sur les modalités qui n’handicaperont pas les pays donateurs ou les pays prêteurs mais qui permettrait à l’Afrique de faire face honorablement et dignement et d’être un membre à part entière de la communauté mondiale. C’est ma conviction et je continuerai à réclamer cela.

En plus du moratoire le Sénégal va recevoir de l’aide. Pouvez-vous garantir qu’il n’y aura aucun détournement ? Il y a une polémique autour de la distribution de l’aide alimentaire pour les plus pauvres. Votre ministre du développement qui est aussi votre beau-frère est accusé de favoritisme. Est-ce que ça ne nuit pas à la crédibilité de tout cela ?
Ce qui est regrettable c’est que lorsque nous attaquons les sujets d’importance qu’on veuille nous ramener au ras de la pâquerette. Il est dommage au moment où nous parlons justement de l’annulation de la dette africaine, au moment où nos pays ont fait l’effort de mettre en place des plans de riposte de manière appropriée et au moment où il le fallait, au moment où nous sommes en train de préserver les emplois et de soutenir les entreprises face à la crise, qu’on nous ramène vers un débat de transport de vivres. Que cela puisse être relayé à ce niveau, j’en suis très désolé. Tous les partenaires techniques et financiers sont dans nos pays, participent et contrôlent parfaitement l’exécution des budgets nationaux. Au Sénégal, nous avons de plus en plus des appuis budgétaires qui interviennent directement sur le budget puisque les règles sur la commande publique sont connues ; la gestion et les mesures de contrôle que ce soit au niveau de la Cour des comptes ou de l’Inspection générale d’Etat sont à pied d’œuvre. Je ne veux pas descendre au niveau des débats politiciens ou des débats qui visent à nous perdre du temps. Je viens de créer un comité de pilotage qui sera dirigé par une personnalité indépendante et à l’intérieur duquel il y aura le Parlement dans ses différentes composantes, la société civile, l’opposition. Tout sera clair et transparent au Sénégal dans la gestion de l’aide qui n’est qu’une portion congrue (69 sur 1000 milliards). Tout ce qui sera fait se fera dans l’absolue transparence. […]

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