Jeudi, 20 Septembre 2018
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Luc Magloire Mbarga Atangana: il ne faut pas arrêter de produire le cacao comme en 1990

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Cacao

Optimiste quant à une remontée prochaine des prix du Cacao sur le marché international, le ministre du Commerce recommande aux producteurs de ne point se décourager et aux industriels d’investir davantage dans la transformation.

Par Jean De Dieu Bidias

Depuis le premier semestre 2016, les cours du cacao sur le marché international ont chuté de l’ordre de 30 à 40%. A quel point cette situation préoccupe-t-elle les pays producteurs ?

C’est un phénomène qui préoccupe les pays producteurs. Sur ce sujet une réunion d’urgence de haut niveau s’est tenue le 24 avril dernier à Abidjan. Elle a regroupé en marge des travaux statutaires de l’Assemblée générale de l’Organisation internationale du cacao, les pays producteurs. Ils ont analysé les causes de cette chute des cours. Des résolutions ont été prises. Elle vont dans le sens de la mise en place d’une organisation concertée des pays producteurs exportateurs de cacao. Ces résolutions concernent aussi bien les politiques de production que les nécessaires relations avec les industriels.

L’effondrement des cours du pétrole serait la conséquence d’une offre excédentaire. Croyez-vous que les pays producteurs aient des arguments pour convaincre les demandeurs ?

Le marché du Cacao est régi par un Accord international. Il met en face les pays exportateurs et les pays consommateurs. Cet accord prévoit un certain nombre de mécanisme, notamment la nécessité d’une mise en cohésion des politiques ; mais au-delà de la mise en ouvre des politiques, la communication, les échanges ’informations, etc. Vous devez produire en tenant compte de la demande. Ceci évitera de se retrouver dans la situation actuelle où l’offre est excédentaire par rapport à la demande. On ne l’avait pas prévu, certains pays se sont lancés dans les politiques de production qu’on pourrait juger excessives.

Si vous prenez le cas de la Côte d’Ivoire, selon les statistiques de l’Organisation internationale du Cacao, entre les campagnes 2012-2013 et 2016-2017, elle met sur le marché une production entre 1,9 million et 2 millions de tonnes, sa production s’est accrue de 74% entre 2012 – 2013 et 2016-2017. Le Ghana par exemple met sur le marché entre 900.000 tonnes et un million. L’Equateur a connu une progression de 13% alorsque le Cameroun se situe autour de 4%.

C’est une raison toute trouvée pour que le Cameroun mette entre parenthèses son ambition d’atteindre une production de 600.000 tonnes de cacao à l’horizon 2020 contre seulement 2230.000 tonnes actuellement…

Il n’y a pas de rapport. Le marché a été tout simplement décevant, je vous ai pris l’exemple de 2016-2017, avec l’offre qui s’est accrue de 15% alors que la demande n’avait augmenté que de 1,1%. Il y a eu un déséquilibre. Est-ce la faute des producteurs ? Pas forcément, c’est une conjoncture aussi internationale qui a été celle de crise. Il y avait des attentes légitimes fondées sur les nouveaux marchés de la Chine, de la Russie, et des autres pays émergents. Malheureusement, ils ont été affectés par cette crise au point où les projections de croissance qui ont été faites n’ont pas pu être réalisées.

En économie comme pour le reste, rien n’est jamais statique; il y a un potentiel de progression avéré évident dans ces nouveaux pays, en même temps que les pays occidentaux restent des marchés certains dès que les paramètres de l’économie de marché se seront rétablis. Nous devons être très prudents dans les conclusions que nous devons tirer de cette situation. J’entends quelques uns qui lancent des cris d’orfraie, qui ont tendance à décourager ceux qui ont entrepris de se lancer dans la production du cacao.

Le marché existe, les équilibres vont se rétablir. Ce marché a connu une progression fulgurante au cours de ces 8 dernières années. Il y a ce qu’on appelle en bourse la consolidation. A un moment, quand vous allez trop haut, il y a une phase de consolidation qui fait à ce que le marché respire. On est à cette phase de respiration avant un nouveau départ.

Ne voyons pas seulement les Etats-Unis, l’Europe, mais aussi les pays émergents tels que la Russie, la Chine, l’Inde, etc., qui sont également des gros consommateurs. Mais nous aussi, nous devrons nous mettre à la consommation.

L’une de solutions au problème ne serait-elle pas l’augmentation du taux de transformation du cacao localement ?

Mettons-nous en perspective. En janvier 2012, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union africaine, réunis à Addis-Abeba à l’occasion d’un Sommet, ont décidé de la mise en place d’une zone de libre échange continentale. C’est un marché unique de libre échange, où circuleraient les biens et les personnes en Afrique sans obstacles. Cela représente de façon statistique un marché de 1,3 milliard de consommateurs. Les perspectives à l’horizon 2030 laissent apparaitre que la population va exploser. La production africaine des fèves de cacao est la suivante : Côte d’ivoire (2 millions de tonnes), Ghana (1 million de tonnes), Cameroun (300.000 tonnes), peut- être le Nigeria 300.000 tonnes et d’autres petits producteurs.

Pensez-vous qu’une production de 4 millions de tonnes à peine pourra couvrir cette demande si les gens se mettent effectivement à la consommation ?

Il faut inciter les gens à consommer il faut créer les conditions d’une consommation locale. Oui, il faut transformer pour pouvoir exploiter ce marché africain. Le marché existe. Les fondamentaux pour une économie cacaoyère africaine sont bonnes. Ne nous arrêtons pas à ce qui pourrait ressembler à un épiphénomène pour commencer à tirer des conclusions alarmistes. Nous sommes dans un moment de correction du marché et le marché repartira.

La Banque mondiale et le Fmi conseillent également la diversification de la production nationale…

Vous m’amenez sur un sujet qui n’est pas le mien, mais c’est le sens des hautes prescriptions du chef de l’Etat. Si vous êtes en mono produit, vous êtes plus fragiles, vous êtes plus exposés aux fluctuations du marché international. Prenez même les marchés nationaux, le meilleur arbitrage que doit avoir un exploitant agricole, est de bien diversifier ses produits de manière à amortir les chocs. Ceux-ci peuvent subvenir, la diversification est à encourager.

Mentalité

Ce qu’il ne faut pas faire, c’est ce qui s’est produit au début des années 1990. Les gens avaient renoncé à la production. Parce que, quand le marché repart, il repartira. Quand il repartira, le temps que vous vous remettiez à l’ouvrage, vous arriverez avec un, deux trains de retard. Mais, il faut aussi que nous changions aussi de mentalité. Il faut qu’il y ait une profonde mue du monde agricole parce que la demande se crée.

 

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