Vendredi, 26 Avril 2019

Ligne d’arrivée

599
- Publicité -
Georges Alain Boyomo

Ce n’est pas dans ses habitudes. Paul Biya s’est fait représenter par le Premier ministre au dernier sommet Afrique-France qui s’est achevé samedi dernier à Bamako. A priori, l’absence du chef de l’Etat à ce raout tient de ce qu’il n’a plus vraiment intérêt à faire allégeance au président français, François Hollande, dont les jours au pouvoir sont comptés. L’absence de Paul Biya peut également s’expliquer par la météo sociopolitique de l’heure au Cameroun, qui est loin d’être clémente pour lui.
Au-delà des péripéties de la crise dans les deux régions anglophones du pays, qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu, des dossiers brûlants s’amoncellent dans les parapheurs du président de la République. Ainsi de celui sur l’accident ferroviaire du 21 octobre 2016, à Eséka. Fin novembre dernier, la commission Yang a transmis le rapport y relatif à son illustre destinataire. C’est le silence radio depuis lors. Tout juste une allusion dans le dernier message à la nation. Autre sujet de préoccupation présidentielle, la guerre contre la secte Boko Haram, qui n’est pas à son crépuscule.
En consignant ces deux urgences dans le bloc-notes du commandant en chef, l’on imagine d’ici l’embarras du chef de l’Etat. A défaut de laisser à la postérité un pays démocratique et prospère, Paul Biya souhaite sans doute léguer aux générations futures un pays uni et en paix. Dans son discours de prestation de serment, le 6 novembre 1982, le président de la République promettait de s’acquitter d’un «devoir sacré», en veillant notamment à la sécurité et à l’unité de l’Etat. « Mon illustre prédécesseur n’a jamais failli à ce devoir, je n’y faillirai point », martelait le successeur constitutionnel d’Ahmadou Ahidjo.
Déjouant les contestations populaires successives de son régime, slalomant sur les manœuvres et pressions internationales, Paul Biya s’estimait, jusqu’à il y a peu, blindé contre toute forme d’opposition interne ou externe. Sa déclaration mi-triomphaliste, mi-populiste en août 2014 en dit long sur ce sentiment d’invulnérabilité, auquel il associe malicieusement le Cameroun. « Je dis que le Cameroun a eu à traverser d’autres épreuves. On a eu à lutter à Bakassi. On a éradiqué les maquis, les mouvements révolutionnaires. On est venu à bout des villes mortes. Ce n’est pas le Boko Haram qui va dépasser le Cameroun », surjouait-il.
Le « maître du temps » n’a manifestement pas vu le temps passer. Il est désormais engagé dans une course contre la montre. Le tableau de bord présidentiel affiche des indications et contre-indications, des paramètres et contre-paramètres au point où redouter aujourd’hui une sortie de piste n’est plus synonyme de dessiner le diable sur le mur.

L’endurance -et partant la résilience- de Paul Biya au pouvoir rappelle celle de ce messager grec, qui courut de Marathon à Athènes, distance d’environ 40 km, pour annoncer la victoire contre les Perses à l’issue de la bataille de Marathon. L’histoire raconte qu’arrivé à bout de souffle sur l’Aréopage, le coureur de Marathon y est mort après avoir délivré son message. Après 34 ans de « marathon », il vient le temps de sauvegarder les acquis et de ne pas laisser prospérer l’idée d’un coureur qui s’effondrerait sur la ligne d’arrivée. Comme le dit la fable, en toute chose, c’est la fin qu’il faut considérer.
Par Georges Alain Boyomo

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP