Vendredi, 20 Septembre 2019
Accueil quotidien mutations societe Liberté de la presse: des journalistes intimidés au Cameroun

Liberté de la presse: des journalistes intimidés au Cameroun

448
- Publicité -

Des hommes de médias ont été tabassés, interpellés ou gardés à vue entre 2018 et janvier 2019.

Par Blaise Djouokep

Joseph Olinga n’est pas encore définitivement fixé sur le sort que lui réserve la justice camerounaise. Depuis plusieurs mois, le journaliste en service au journal Le Messager (Ouest) est en attente de la décision du juge du Tribunal de première instance de Bafoussam. Poursuivi pour « rébellion simple et outrage à fonctionnaire », il avait été molesté le 03 novembre 2018, puis jeté en cellule par les éléments du Groupement de gendarmerie nationale de Bafoussam. Ces derniers escortaient le 1er adjoint préfectoral de la Mifi. En compagnie de certains confrères, il était vérifier l’effectivité d’un arrêté préfectoral fixantexceptionnellement pour ce jour-là, la fermeture des débits de boisson dès 21h.

Joseph Olinga n’est pas le seul journaliste à avoir été privé de liberté en 2018. Le jeudi 8 novembre 2018, la journaliste Mimi Mefo, chef service de l’information et présentatrice du journal de langue anglaise à Equinoxe Tv et Radio, répondant à une convocation du commandant en second de la légion de gendarmerie du Littoral à Bonanjo en vue d’une enquête ouverte contre elle pour « propagation de fausses nouvelles et cybercriminalité », est arrêtée et immédiatement placée sous mandat de dépôt à la prison centrale de Douala. Toujours en octobre 2018, le web journaliste Michel Bien Tong est arrêté par les éléments de la Sécurité militaire (Sémil) pour « apologie du terrorisme ». Le même mois, Josiane Kouagheu correspondante au Cameroun de l’agence de presse Reuters est interpellée alors qu’elle couvre une marche pacifique interdite et initiée par le président régional du Social DemocraticFront (SDF) pour le Littoral, le député Jean Michel Nintcheu.

Mobilisation

Quelques semaines plus tard, c’est au tour de Mathias Mouendé, journaliste du quotidien Le Jour d’être lui aussi interpellé alors qu’il couvre une marche de protestation contre les résultats de la présidentielle du 07 octobre 2018, initiée par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun(Mrc). Deux de ses collègues David Eyengue Nzima et Théodore Tchopa seront eux aussi interpellés en fin janvier 2019 au domicile d’Albert Dzongang à Douala et transférés nuitamment à Yaoundé où ils passeront plusieurs jours en garde à vue. Plusieurs autres journalistes ont également été victimes de menaces et intimidations. Ces cas d’entrave à la liberté de la presse ont fortement été dénoncés par le Syndicat national des journalistes du Cameroun(Snjc), les organisations de la société civile, des partis politiques et des organisations internationales de défense des droits des journalistes. Des faits, parmi tant d’autres, qui ont fait perdre au Cameroun deux places dans le classement de la liberté de la presse rendu public par Reporters sans frontières (Rsf) chaque année. Ainsi, le Cameroun est passé de la 129e place en 2018 à la 131eplace en 2019 un total de 180 pays classés.

Ce qui fait dire au  journaliste, Charles Nforgang que, « la liberté de la presse est en nette recul». D’après Alain Njipou, journaliste au journal Le Messager, la situation dure depuis pas mal de temps. « Les espaces de liberté chèrement acquis par nos combattants de la liberté de la presse s’amoindrissent au quotidien. La faute à un régime policier qui réprime tout », déplore-t-il. Donald Brice Kamgang  lui, soutient que, « le gouvernement a trouvé en la presse une sorte de bouc émissaire, de proie facile. C’est inconcevable !». Heureusement, conclut Charles Nforgang, « la seule bonne note est la prise de conscience progressive des journalistes qui commencent à comprendre qu’étant unis, ils sont plus forts».

De son coté, les différentes communications gouvernementales à la suite de chacun de ses incidents confortent ces arrestations que les journalistes jugent arbitraires.

Pour Audrey Azoulay, directrice générale de l‘Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) la liberté de la presse est la pierre angulaire des sociétés démocratiques. «Tous les États, toutes les nations, se fortifient par l’information, le débat et la confrontation des points de vue », indique le message délivré à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2019. A en croire la directrice en 2018, l’observatoire de l’Unesco a dénombré 99 meurtres de journalistes dans le monde. Et Reporters sans frontières (Rsf) de constater que moins de 10% de la population dans le monde vit aujourd’hui dans un pays où les journalistes peuvent exercer leur profession dans un environnement favorable et dans de bonnes conditions de liberté et d’indépendance.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP