Mardi, 1 December 2020
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L’hypocrisie de l’Occident: D’un naturel historique

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Aussi vrai que l’Afrique est le berceau de l’humanité, l’Occident est sans nul doute le terreau du langage biaisé, de la fourberie et de l’hypocrisie.

Par Paul Ella*

S’il est évident qu’il est subjectif de généraliser cette observation à la population occidentale c’est à dire aux individus, il est certain qu’au regard des faits historiques et actuels, les systèmes à l’œuvre dans ce continent sont bien concernés par cette accusation modérée, pour le moins pour ce qui est de leurs rapports avec l’Afrique.

Vous avez dit droits de l’Homme ?

Entre Etats, la notion d’amitié ne renvoie qu’à celle des intérêts me direz-vous, mais il n’est pas moins vrai que le respect de l’autre dans sa dignité doit être de mise, surtout lorsqu’on se prévaut initiateurs, protecteurs et promoteurs, y compris par la force, des droits de l’Homme. Tiens, les droits de l’Homme. Parlons-en.

Où étaient les droits de l’Homme et des libertés lorsque les mêmes occidentaux pendant 310 ans s’activaient à arracher de leurs terres de libres innocents et faire fructifier leurs économies par les pires atrocités ? Où étaient les droits de l’Homme et des libertés pendant les décennies de colonisation lorsque des millions d’hommes, de femmes et d’enfants périssaient sous le glaive de l’oppresseur assoiffé d’intérêts égoïstes? Où sont les droits de l’Homme et des libertés lorsqu’avant, pendant et après les prétendues indépendances tous ceux qui résistaient et résistent aux systèmes néocoloniaux pour arracher la véritable liberté étaient et sont systématiquement assassinés sous hautes instructions des commanditaires occidentaux ? Pascal Lumumba, Um Nyobe, Thomas Sankara, Mouammar Kadhafi etc. La liste peut être interminable.

Les mots de l’Occident sur les maux de l’Afrique

Aujourd’hui encore, à travers les médias occidentaux on entend des discours préoccupés aux allures de compassion sur la misère en Afrique, le manque de démocratie, les épidémies, les guerres, l’immigration, la nécessité pour les émigrés africains de s’intégrer culturellement, le taux de croissance démographique jugé anormalement haut etc. Si ces compassions parodiées ne renvoient pas à de l’hypocrisie, au mieux c’est de l’ignorance.

La misère en Afrique ? Comment pourrait-il en être autrement ? Après les pillages de l’esclavage et de la colonisation, ceux en cours du néo colonialisme à travers des formules aussi mafieuses que criminelles telles que les biais dans les termes de l’échange au détriment de l’Afrique, la spoliation de notre sol et sous-sol à travers des accords léonins, la confiscation de notre autonomie monétaire par le franc CFA, le chantage économique etc. Toutes ces manigances contribuent largement à appauvrir l’Afrique. Haïti, l’un des pays les plus pauvres de la planète, peine encore à se remettre des indemnisations à la France à coups de dizaines de milliards d’euros en dédommagement du « préjudice » causé aux propriétaires d’esclaves et anciens colons après l’abolition. Hallucinant.

L’Occident préoccupé par le déficit de démocratie en Afrique ? Une autre grosse farce. Qui, par des mécanismes mafieux veille à placer et maintenir au pouvoir des pays africains des marionnettes qui assureront la pérennisation des intérêts occidentaux au détriment de leurs peuples ? En conséquence, paupérisés par l’Occident et privés d’avenir par leurs mandataires, pourquoi les africains n’iraient pas chercher au prix de leurs vies, y compris à la nage s’il le faut, ce qu’on leurs a pris là où ça se trouve ?

L’immigration massive en Europe s’arrêtera lorsque son pillage systématique de l’Afrique cessera. Si l’Occident n’arrive pas à comprendre cette corrélation élémentaire, cela ne peut qu’être le fait d’une pathologie intellectuelle. Et dans le système néo colonial actuellement en vigueur, la moindre résistance à l’impératif d’impérialisme entraîne des guerres ici et là. On réveille ici des aigreurs d’une partie du peuple, on ravive là des tensions ou on nourrit des rancœurs avec une subtilité maléfique. On s’empresse alors d’armer lourdement les nouveaux partenaires de circonstances qu’il n’est jamais difficile de susciter en Afrique pour quelques promesses d’avenir politique ou d’amélioration de conditions sociales. Et ça marche, à tous les coups. Jusqu’ici en tout cas. Parmi les méthodes les plus usitées pour dresser une partie du peuple contre une autre, les frustrations tribales attisées, réelles ou imaginaires. Car en effet, l’épouvantail du tribalisme est une arme fatale maniée avec dextérité par l’Occident pour déstabiliser l’Afrique.

Avis aux africains qui ont des oreilles pour entendre, un cerveau pour comprendre et un esprit pour discerner. Une fois la guerre déclenchée telle que programmée, les « amis » occidentaux de l’Afrique, toujours prêts à « aider », se manifesteront sans tarder en intervenant avec un impressionnant déploiement de troupes et un lourd arsenal de guerre que seul un combat contre une armée d’extra-terrestres peut justifier. Pourtant, il ne s’agit en général que d’une contrée du pays ne présentant aucune menace réelle. Et l’occupation nouvelle formule néo coloniale peut être actée. Mais officiellement, il s’agit toujours de missions de pacification et de préservation de la vie des ressortissants du pays « sauveur ». Certains africains aux esprits fébriles y croient naïvement et applaudissent le stratège envahisseur.

Côté Occident, plus le mensonge est gros plus on l’assume. Et les victimes, surtout civiles en pareilles opérations de « maintien de la paix » s’accumulent. Mais tant qu’elles sont noires ou arabes et pour la cause du bien-être du pays oppresseur, rien de grave. Résultat des courses, dans la plupart des cas, l’empêcheur de piller en paix est démis et reçu dans les plus brefs délais aux « bons soins » d’une juridiction appelée Cour Pénale Internationale et qui devrait en réalité être rebaptisée GMPRA : Grande Mascarade pour la Punition des Résistants Africains. Comble de l’hypocrisie côté occidental, et de l’aliénation mentale côté africain : à la tête de cette machine à valider les injustices, un nègre de service. Un africain dans le rôle de l’idiot utile qui prête sa main pour nuire à d’autres africains. Un vieux classique.

Etats prédateurs, systèmes gangrénés

Et la mascarade continue. Demandez à un président français l’origine des malheurs de l’Afrique. L’un vous disait que l’Afrique n’est pas suffisamment rentrée dans son histoire, l’autre vous dit que c’est un problème civilisationnel au regard du nombre moyen d’enfants par femme qu’il juge trop élevé et le prochain trouvera autre chose, peut-être encore plus ubuesque. Que de pirouettes malhabiles pour justifier leurs crimes contre l’Afrique. Pourtant ils savent, puisqu’ils sont à la manœuvre, que les soi-disant aides à l’Afrique sont en réalité des méthodes d’enrichissement illicites sur le dos des africains. Depuis les indépendances, 100%, 65% puis 50% de toutes les recettes du commerce extérieur des 14 pays de la zone CFA sont abusivement retenus dans les caisses du Trésor Public français. Faites le calcul.

Et lorsque ces pays africains ont besoin de financer des projets de développement (routes, hôpitaux, barrages, ports, écoles, stades…) les occidentaux et notamment la France proposent des financements qui sont frappés d’intérêts mais lesquels financements sont en réalité l’argent des africains issu du même compte d’opérations du Trésor français. Non seulement l’Afrique se voit prêter son propre argent, mais elle devra en plus débourser des intérêts pour le rembourser. Une fois l’argent « prêté », la France, du fait des accords postcoloniaux imposés en contrepartie des pseudos indépendances, positionnera ses multinationales pour l’attribution des marchés de réalisation de ces projets, avec une forte influence sur des tarifications exorbitantes dans le cadre de contrats de gré à gré largement à l’avantage de l’ancienne colonie.

Sans, surprise incapables de rembourser la dette à l’échéance, compte tenu de toutes les manipulations au profit du « prêteur », les pays africains négocieront soit un rééchelonnement, soit une remise de la dette. C’est alors que la France magnanime, organisera à forts coups de publicité un geste « d’amitié » à l’endroit du pays endetté en lui accordant à titre exceptionnel la faveur sollicitée. Les politiques et les médias feront écho de l’accueil de la forte délégation arrivée sur place pour la cause, logée dans les plus grands hôtels et mis au petit soin avec fastes sur toute la durée du séjour aux frais évidemment du contribuable du pays africain bénéficiaire de cette bonté de la France.

Comme vous pouvez le constater, la France dans cette série d’opérations qui se renouvellent indéfiniment depuis des décennies et dans chaque pays africain qu’elle contrôle, est gagnante à toutes les étapes et se remplit ainsi aussi bien les poches privées que les caisses de l’État. Comment voulez-vous qu’elle songe à couper le cordon du pompage de l’Afrique ? Ce serait suicidaire de se priver d’une telle manne. On comprend alors aisément que le confort du citoyen français provient en réalité des ressources africaines au détriment du contribuable africain. Si les français le savaient tous, l’humilité vis-à-vis des africains feraient partie de leurs priorités.

Le comble de l’hypocrisie

Avec tout cela, une fois les africains en Occident, ils nous exigent de nous intégrer. A quoi au juste? Ce qui nous a été imposé depuis des siècles ne suffit-il donc pas? Depuis que notre Afrique a été envahie et saignée dans tous les sens du terme, les prédateurs occidentaux ont-ils essayé de s’intégrer? Ah oui, ce sont nos richesses qui les intéressaient? Eh bien, les émigrants africains ne sont pas non plus tenus d’être intéressés par la culture occidentale mais bien par ce qui leur a été pillé et continue impunément de l’être. Argent, richesses du sol et du sous-sol, culture, science, objets d’art etc. Savez-vous que plus de 90.000 objets d’art africain se trouvent en France et notamment au musée du Quai Branly et bien plus encore partout en Europe ? Au sujet des objets d’art volés pendant l’esclavage et la colonisation, on a entendu des personnalités françaises à la respectabilité établie avancer sans cligner des yeux que ces objets avaient été généreusement offerts par les chefs des tribus et royaumes pendant que ceux-ci se faisaient massacrer et leurs villes et villages piller. Pour parvenir à une telle facilité à insulter les intelligences, ça ne peut plus être que de l’hypocrisie, ça vire forcément à de la bêtise.

Pour en finir

Cette balade hypocrite et mensongère n’a que trop duré. Il est plus que temps que les africains s’en rendent compte et s’en affranchissent. Urgemment. Arrêtons de répondre favorablement aux sirènes de haines manipulées au loin par des prédateurs spirituellement misérables qui n’ont pour seules motivations que l’appât du gain à tous les prix, au mépris des valeurs humaines. A nous africains de décider d’y mettre un terme et de commencer à nous assumer en préservant notre intégrité morale, culturelle, civilisationnelle et économique. Nous avons toutes les cartes en mains.

La preuve, nos innombrables richesses, matérielles et immatérielles, attisent toutes les convoitises extérieures depuis des siècles. D’où vient-il que nous tolérions des injonctions venues d’ailleurs alors même que nous avons tous les atouts y compris les plus insoupçonnés ? Que cherchons-nous d’autre lorsque la nature même, source de toute inspiration est notre meilleure alliée ? Nous disposons du sol, du sous-sol, du soleil 9 mois sur 12 quand d’autres en rêvent, des pluies quand il en faut. Nous n’avons pas besoin d’importer la main-d’œuvre, tant notre continent en regorge, qualitativement et quantitativement. Que demandons-nous de plus ? D’où vient-il que ceux qui nous envient tout depuis l’origine deviennent ceux à qui on veut ressembler ? Sommes-nous tombés si bas ? Avons-nous subi un tel lavage de cerveau que nous ne savons même plus qui nous sommes ? L’Afrique n’a pas besoin d’aide au développement, ni d’aide militaire ni d’aucune aide quelconque.

L’Afrique a besoin de liberté. La libération des chaînes mentales par la décolonisation de la pensée est un impératif catégorique. L’Afrique a besoin de respirer en mettant fin à cette asphyxie étrangère. Nous avons tout à donner et rien à recevoir des autres, encore moins des orientations sur comment gérer nos sociétés. On n’enseigne pas à la mère de l’humanité ce qu’elle sait le mieux pour ses enfants.

*Expert-financier 

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