Lundi, 14 Octobre 2019
Accueil quotidien mutations maladie au scanner Les myomes. Dr Yvan Ngaha: »L’obésité majore le risque de survenue des myomes »

Les myomes. Dr Yvan Ngaha: »L’obésité majore le risque de survenue des myomes »

456
- Publicité -

Le médecin indique aussi l’anémie secondaire comme l’une des complications de cette maladie qui entraîne un dérèglement du cycle menstruel.

Par Guy Martial Tchinda

Comment peut-on définir le myome ?

Le myome est une tumeur bénigne qui intéresse le tissu musculaire. Dans le cas des atteintes de l’utérus, nous faisons très souvent face à des myomes utérins que l’on pourrait définir comme des tumeurs bénignes formées à partir des cellules musculaires de l’utérus.

Qu’est-ce qui cause cette maladie ?

Il n’est pas clairement établi, dans la littérature scientifique, qu’il y a des éléments qui pourraient causer la maladie. Mais, ce que l’on sait en revanche, c’est qu’il y aurait un certain nombre de facteurs prédisposant à la maladie. Cette nuance entre cause et facteurs prédisposant est à faire car, dans la cause  on voit un rapport direct (j’ai bu de l’eau sale donc je vais avoir une infection digestive !) alors que quand on parle de facteur prédisposant, on se réfère à une probabilité de survenue de la maladie qui est plus ou moins forte : il s’agit d’éléments que l’on a retrouvé chez la plupart des patientes diagnostiquées porteuses de myomes utérins. Ainsi, toutes les femmes présentant les facteurs de risque n’ont pas forcément la maladie et toutes les femmes porteuses de myomes utérins ne présentent pas toujours les facteurs de risque. Ces facteurs sont : l’âge (en particulier entre 30-45 ans, stade dit pré-ménopause) ; la race (cette maladie serait plus fréquente chez les personnes de race noire) ; l’obésité ; la nulliparité (le fait de ne pas avoir eu d’enfant) ; le début précoce des menstruations (avant 12 ans) ; l’utilisation de Dispositif intra-utérin.

Il faut noter qu’il existerait un facteur génétique c’est-à-dire qu’il existerait des gènes favorisant la survenue des myomes. Mais, nous n’avons pas encore d’éléments concrets et les scientifiques se penchent encore sur la question.

Comment se manifeste-t-elle ?

Pour comprendre comment se manifeste la maladie, il me semble important de comprendre ce qui se passe en réalité, comment le myome se forme. Selon les chercheurs, tout commencerait par une hormone, l’œstrogène, qui est normalement présente dans le corps et qui, à cause d’une raison ou d’une autre, va stimuler de manière permanente les cellules musculaires de l’utérus, entrainant un effet mitotique exagéré, c’est-à-dire entrainant une multiplication exagérée de ces cellules. Il  va s’en suivre la formation de masses que l’on appelle myomes et qui vont, soit rester à l’intérieur du tissu musculaire, soit s’extérioriser dans la cavité abdominale (où l’on retrouve les intestins) ou dans la cavité utérine (cavité d’où viennent les règles et qui est aussi chargée d’accueillir l’embryon). Tout ceci explique donc les différentes manifestations de la maladie qui sont :

Une augmentation en quantité et en durée des menstruations (ménorragie) et parfois un saignement en dehors des périodes de menstruation (métrorragie). Ce saignement anormal peut causer, à la longue, une anémie et une fatigue persistante chez la femme ; la sensation de pesanteur pelvienne comme s’il y avait une masse au-dedans de nous qui essaie de tomber mais est retenue par quelque chose.

Nous avons aussi des désordres urinaires à type d’envie fréquent d’uriner (pollakiurie) qui s’expliquent par le fait que l’utérus, ayant pris du volume à cause des myomes, s’affaisse sur la vessie obligeant cette dernière à se vider régulièrement ; la constipation qui est due au fait que ces masses peuvent parfois comprimer les intestins ; l’infertilité car le myome peut empêcher l’implantation de l’œuf à l’intérieur de la cavité utérine.

Mais, très souvent, cette maladie est asymptomatique et la découverte ne se fait que de manière fortuite, lors d’une consultation et de la réalisation d’une échographie.

Existe-t-il un rapport entre cette maladie et les règles douloureuses ? 

Il est important de noter que, même si les myomes peuvent être incriminés dans l’apparition des règles douloureuses, ils ne sont pas la seule cause et il s’agit généralement d’une approche au cas par cas. Ainsi, les règles douloureuses chez la jeune fille seraient plus liées à la libération excessive de prostaglandines (substances qui favorisent la contraction utérine produisant dès lors la douleur ressentie) et chez la femme d’âge mûr à la présence d’une endométriose (développement d’une partie du tissu de l’endomètre hors de l’utérus) ou d’une infection génitale chronique.

Parlez-nous des complications du myome.

La taille du myome croit avec le temps, et au-delà d’un diamètre de 10 cm, il y a des risques de dégénérescence du centre de la masse (nécrobiose). Une autre complication très fréquente est l’hémorragie qui va entrainer une anémie secondaire. Nous pouvons aussi parler de la torsion du myome, qui est moins fréquente et qui s’accompagne d’une douleur pelvienne brutale et d’emblée maximale.

Peut-on en guérir ?

Plusieurs maladies bien prises en charge évoluent vers une rémission et c’est le cas des myomes. Le diagnostic posé tôt, avant l’installation de complications et la prise en charge instituée à temps, bien entendu avec le concours et l’observance de la patiente, favorise une rémission de celle-ci.

En quoi consiste le traitement ?

Avant de parler du traitement, il est important de dire un mot sur les modalités diagnostiques. Les plaintes de la patiente vont orienter le médecin qui généralement demande une échographie pelvienne ou endovaginale. Selon le contexte, votre médecin peut demander des examens morphologiques supplémentaires (échosonographie, hystérosalpingographie, hystéroscopie, scanner ou Irm) et même biologiques, pour évaluer le retentissement de la maladie (par exemple  la NFS pour rechercher une anémie). Le traitement est donc fonction des résultats.

Nous distinguons deux grandes modalités de traitement : le traitement médicamenteux qui est en fait des molécules agissant sur le fonctionnement des hormones ; le traitement chirurgical où plusieurs approches peuvent être utilisées selon les cas : on peut enlever les myomes (myomectomie), une partie de l’utérus (hystérectomie partielle) ou tout l’utérus (hystérectomie totale) ou fermer l’artère utérine qui irrigue le myome (embolisation).

Les modalités thérapeutiques sont donc au cas par cas. Parfois, certains praticiens associent les méthodes. Et, bien entendu, le coût et la durée du traitement sont fonction du protocole de prise en charge institué.

Ce traitement se fait-il avec succès au Cameroun ? 

Au Cameroun, les différentes modalités de traitement sont disponibles et donnent de bons résultats. C’est ici, il me semble, le lieu de rappeler qu’il s’agit d’une maladie gynécologique et que pour cela, la modalité thérapeutique doit être instituée par un gynécologue. Celui-ci doit aussi assurer le suivi et il est le seul à pouvoir déclarer une rémission complète de la maladie. Il faut aussi noter que le risque de récidive est important d’où la nécessité d’un suivi régulier même après disparition des symptômes.

Peut-on avoir une idée de l’ampleur de la maladie au Cameroun ?

Difficile à dire à cause du peu de données que nous possédons et du caractère très souvent asymptomatique de la maladie. Ce que l’on sait par contre c’est que dans la population caucasienne, à 30 ans, 25% des femmes portent des myomes alors que dans la population noire, à cet âge, le pourcentage avoisinerait 50%. De plus, une étude réalisée en 2009 à l’Hôpital Gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé avait révélé que près de 75% des hystérectomies par voie abdominale avaient pour indication la résection de myomes symptomatiques.

Comment prévenir la formation des myomes ?

Prévenir la formation de myomes utérins revient à éviter les facteurs de risque. Ainsi, bien que nous ne puissions changer notre race, éviter l’obésité et l’utilisation de dispositifs intra-utérins pourrait réduire le risque de développer les myomes. Comme nous l’avons aussi vu, porter une grossesse diminue le risque de développer les myomes.  Plus encore, même si nous ne comprenons pas trop pourquoi, l’activité sportive semblerait avoir un effet protecteur et empêcherait donc la survenue de myomes.

Mais, parler de la prévention revient à soulever l’épineuse question du dépistage. En effet, faudrait-il développer des campagnes de dépistage dans le contexte de pauvreté et de difficulté d’accès aux soins qu’est le nôtre et étant donné que généralement ces maladies sont asymptomatiques et que dans de tels cas, l’observation et la surveillance médicale est prescrite, je m’en remets à votre réflexion.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP