Samedi, 21 Avril 2018
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L’épidémie des mémorandums

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C’est reparti pour un tour ! Invoquant la jurisprudence de l’Ecole normale supérieure de Maroua (il avait suffi aux filles et fils du Septentrion de postuler au premier concours d’entrée dans cette école pour être tous déclarés définitivement admis sur instruction du chef de l’Etat), un mémorandum anonyme attribué à la région de l’Est demande au président de la République Paul Biya de faire admettre tous les candidats originaires de cette unité administrative au sein de l’Ecole normale supérieure (Ens) de Bertoua « sur simple étude du dossier ».

Par Georges Alain Boyomo

Le document va plus loin en exigeant l’octroi de 80% de places à ce concours aux ressortissants de l’Est et la création d’une université d’Etat à Bertoua. Si l’on convient que les mémorandums (ou memoranda) constituent, à certaines occasions, des modes d’expression opportuns et réalistes, dans une société où l’information ne circule pas toujours comme il se doit entre la base et le sommet, il est de plus en plus clair
au Cameroun que cette démarche est devenue une arme de chantage politique. Sur certains points, le mémorandum attribué à la région de l’Est est sans aucun doute pertinent, mais il n’échappe à personne que celui-ci intervient à la veille d’importantes consultations électorales, dont l’élection présidentielle.

De tout temps considérée comme l’un des « bastions granitiques » du régime dit du Renouveau, avec les régions du Centre et du Sud, l’Est réclame, en creux de son mémorandum, une plus grande part du « gâteau national », du moins une tranche de ce gâteau qui serait proportionnelle à son soutien constant et indéfectible à Paul Biya.
Bien plus, nous entendons déjà d’ici des voix s’élever pour dire, après le grand Nord, le Centre, le Nord-Ouest, le Sud-Ouest, pourquoi pas l’Est ? Le pouvoir de Yaoundé n’a-t-il pas ouvert la boîte de Pandore en accédant aux desideratas de l’élite du Septentrion au sujet de l’admission des candidats de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord à l’Ens de Maroua ? En tout état de cause, au moment où la gestion du vivre-ensemble au Cameroun est sérieusement mise au mal, du moins questionnée, l’exaltation du repli identitaire ne peut qu’interroger, du moins hérisser le poil.
Si nous sommes toujours en République, il faudrait qu’avant d’agir, les citoyens et
groupes de citoyens aient toujours à l’esprit cette maxime du philosophe Emmanuel Kant :
« Et si tout le monde en faisait autant ? ». Et si chaque région réclamait une université d’Etat ? Et si chaque région exigeait que les sociétés d’Etat qu’elle accueille sur son sol soient dirigées par les natifs du coin ? Et si chaque région revendiquait que la capitale du Cameroun soit sur ses terres ? Et si chaque région réclamait la présidence de la République ? Quand bien même l’Etat du Cameroun serait disposé ou en capacité de satisfaire tout le monde, pourrait-il tout faire tout de suite ? Cela dit, on ne bottera pas en touche les sérieux problèmes de planification et de développement équilibré qui se posent encore avec acuité au Cameroun. Mais continuer de faire une fleur aux partisans des mémorandums à la sauce camerounaise est suicidaire
pour la République.

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