Mardi, 12 Novembre 2019
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Le triste voyage à Ngyen Mbo

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Je pense qu’il est nécessaire d’écrire cet article, non seulement pour dire la vérité sur la tentative de kidnapper Akere, moi-même et George, les descendants masculins Muna survivants, mais surtout parce que notre expérience démontre qu’il y a un espoir, si le gouvernement du Cameroun veut vraiment apporter la paix par une négociation pacifique, à notre nation assiégée.

La paix est en effet possible pour le Cameroun grâce à un dialogue honnête entre toutes les parties concernées dans cette malheureuse situation qu’on surnomme désormais « Le Problème Anglophone ».

Introduction et notes historiques

Il est vraiment dommage qu’en ces temps difficiles pour tous les Camerounais, en particulier ceux des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui, par amour pour leurs frères et sœurs du Cameroun colonisé par les Français, avaient voté pour la réunification avec la nouvelle République indépendante du Cameroun, l’ancienne possession française. Je dis bien possession française en connaissance de cause, non pas parce que je ne suis pas au courant que cette grande partie de l’ancien Kamerun allemand a été accordée à la France en tant que territoire sous tutelle, et deux morceaux, l’un à l’extrême Nord-Ouest et l’autre à l’extrême Sud-Ouest, tous deux voisins du Nigeria, de l’ancien Kamerun allemand, ont été cédés au Royaume-Uni. La lutte pour l’indépendance dans le territoire sous tutelle française s’est transformée en rébellion de l’Union des populations du Cameroun (UPC) tandis que le Sud-Cameroun britannique, par un plébiscite populaire, tenu le 11 février 1961, a choisi de se réunir avec l’ancien Cameroun français, devenu indépendant le 1er janvier 1960. Lorsque l’Organisation des Nations Unies accéda aux souhaits de réunification des peuples du Cameroun méridional, il donna la priorité aux intentions néocoloniales des anciennes puissances coloniales, plutôt qu’aux légitimes souhaits des peuples du Cameroun méridional. Mais c’est une autre histoire que seule l’histoire nous révèlera.

Pour continuer, je disais qu’en manifestant cet amour fraternel à des personnes que nous considérions comme des frères et sœurs dans l’ex-Cameroun français, en votant massivement pour la réunification, les peuples du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun ont été traités depuis la réunification, par ceux qui, croyions-nous, nous aimaient aussi, comme des Camerounais de seconde classe, existant pour le bénéfice des Camerounais de langue française. Lorsque nous avons commencé à demander que soit respecté notre patrimoine culturel, tant colonial que celui que nous avions hérité de nos ancêtres, un ministre du Gouvernement qui était en charge de l’Administration territoriale a déclaré ouvertement et publiquement que nous pouvions retourner d’où nous venions.

Eh bien, il ne voulait pas dire que l’ancien Cameroun occidental avait le droit de faire sécession et d’être rattaché au Nigeria, mais plutôt que les Anglophones du Cameroun occidental devaient abandonner leurs terres et leurs foyers ancestraux et émigrer au Nigeria d’où, selon lui, nous venions, et leur permettre, eux les véritables propriétaires, d’exploiter en paix le pétrole et les autres ressources minérales de nos terres ancestrales. Peu de temps après, un autre ministre francophone en charge de la Justice a dit avec arrogance aux Anglophones de l’ex-Cameroun occidental que nous n’avions pas le droit de nous plaindre, car, après tout, c’est nous qui avions voté pour l’unification.

L’abolition de la fédération a été faite, non pas pour apporter plus d’unité nationale, mais pour en finir avec la culture anglophone que ces régions ont acquise, qui est de loin supérieure à celle acquise par nos frères du Cameroun français, surtout en matière de liberté, de démocratie et de droits humains. Tous les politiciens francophones vivent dans la peur des gens qui ont été éduqués dans la culture anglaise parce que ces gens n’ont pas peur de se battre pour leurs droits. Même peu de temps après l’unification, certains ministres du gouvernement Ahidjo ont commencé à avertir les gens que s’il survenait des problèmes dans notre pays, ils commenceraient par l’Ouest du Cameroun.

Malheureusement pour eux, la première tentative de coup d’État dans notre Nation le Cameroun ne vint pas de l’ancien Ouest Cameroun. Nous avons été éduqués pour lutter pour nos droits et libertés et contre toutes les formes de dictature. L’abolition de la fédération et l’introduction de l’État unitaire étaient la seule façon pour les politiciens du Cameroun francophone de prendre en charge tous les aspects de la vie dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et de les transformer au mode de vie francophone. Bien sûr la richesse pétrolière de l’ex-Cameroun occidental, qui a été exploitée par une petite clique de gens sans aucune responsabilité envers le peuple camerounais ou les indigènes du département du Ndian sur le sol duquel le pétrole est exploité, est au centre de cette quête de domination par le régime actuel. Seule l’histoire nous révèlera un jour, et je l’espère bientôt, combien d’argent cette petite cabale de voleurs privilégiés camerounais, composée d’une oligarchie tribale et dominée par une ethnie, a détourné des revenus pétroliers, et combien ont été utilisés exclusivement pour développer leur propre partie du territoire.

Quiconque respecte la vérité et l’honnêteté n’hésitera pas à confirmer que les dirigeants sociaux, traditionnels, intellectuels et politiques camerounais des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont écrit et écrit des centaines de pétitions au gouvernement central du Cameroun, fortement dominé par des Camerounais francophones, originaires de l’ex-Cameroun français, depuis plus de quarante-cinq ans. Ces pétitions portaient sur les pratiques discriminatoires à l’encontre des Camerounais originaires du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dans tous les aspects de la vie nationale et sur le non-respect de l’esprit des accords de Foumban de 1961, notamment en matière de justice, d’éducation, de langue, de culture, de gouvernance démocratique.

Aucune réponse n’a été donnée à l’une de ces pétitions ni aucune mesure appropriée n’a été prise pour corriger les torts subis, étant donné que certaines de ces pétitions émanaient de hautes personnalités du paysage politique camerounais, telles que l’ancien vice-président J. N. Foncha et un autre ancien vice-président S. T. Muna. Entretemps, une autre génération d’habitants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest grandissait. Ils savaient très peu de choses sur les bombardements, et les destructions insensées, cruelles et méchantes des villages des régions Bamiléké et du Moungo ainsi que de la région Bassa, pendant la lutte pour l’indépendance et pendant neuf ans après l’indépendance. Ils ne savaient rien non plus de la véritable histoire de la réunification, à commencer par le 11 février, date du plébiscite historique au Southern Cameroons uniquement, et le 1er octobre, date à laquelle les deux Camerouns se sont réunis en une seule nation. Ces dates historiques avaient été volontairement abolies en tant que fêtes nationales et une nouvelle fête nationale avait été créée, le 20 mai. N’importe quel imbécile saura que sans le 11 février et le 1er octobre, le Cameroun n’existerait pas sous sa forme actuelle. Quelle est donc la date la plus importante, le 1er octobre ou le 20 mai ?

Cette nouvelle génération en a eu assez de la déformation de notre histoire et des mesures discriminatoires dont elle a souffert dans tous les domaines, notamment l’emploi, l’éducation et le système judiciaire, et de la rapide mise en œuvre du programme d’assimilation par le gouvernement du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Ils ont donc commencé à organiser des réunions et des manifestations de rue. En réponse, le gouvernement a envoyé des troupes pour battre les manifestants ; de jeunes universitaires ont été violées par les troupes et beaucoup ont été contraintes à se rouler dans les eaux boueuses des nids de poule des rues et des chemins négligés des villes de ces deux régions. Les troupes ont tiré et tué des manifestants et ont procédé à des arrestations massives de citoyens dans les villages et les villes des deux régions.

Au fur et à mesure que la situation s’aggravait, certains citoyens ont commencé à répondre avec des catapultes, des machettes et des fusils artisanaux à poudre. En peu de temps, certains d’entre eux ont obtenu des armes modernes et la confusion et la violence dans les villes et les villages ont lentement pris racine. Le résultat final est la violence gratuite, qui se manifeste par l’incendie des villages, des maisons et des écoles, et l’assassinat de citoyens innocents par les soldats du gouvernement et par certaines forces dites ambazoniennes…

Les Forces dites Résistantes Ambazoniennes sont composées de nombreux groupes armés indépendants répartis sur l’ensemble de l’ex-Southern Cameroons. Ces groupes sont dirigés par des généraux et des maréchaux autoproclamés. En réalité, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ils ont en effet repris certains arrondissements qu’ils disent administrer et ils perçoivent toutes sortes d’impôts auprès des villageois qui n’ont nulle part ailleurs où aller. Ces groupes armés indépendants opèrent de différentes manières. Certains font une véritable tentative pour protéger la population sur le territoire qu’ils contrôlent. Certains sont d’une violence inexplicable et font de l’enlèvement d’autochtones de l’ex-Cameroun méridional leur principale activité. Ils jugent toute personne qu’ils capturent et peuvent l’exécuter ou demander une rançon qui peut se chiffrer en dizaines de millions de francs CFA camerounais. Certains d’entre eux sont activement manipulés par certains Camerounais de la diaspora, qui prétendent se battre pour l’indépendance de l’ex-Cameroun occidental…

*(de Lincoln’s Inn London) Avocat

*Ancien Président du Conseil de l’Ordre des Avocats du Cameroun

*Ancien procureur en chef adjoint chargé du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Par Bernard Muna*

>>>>A suivre, mercredi prochain : Le triste voyage à Ngyen Mbo (Partie 2)

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