Mardi, 11 December 2018
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Ebebda: comment le corps de l’évêque de Bafia a été retrouvé

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pêcheur d'origine malienne

La dépouille du prélat a été découverte par Ali Aoudi Dienta, un pêcheur d’origine malienne.

Par Ludovic Amara

Du mercredi 31 mai au vendredi 02 juin, Ebebda a vécu au rythme de l’actualité sur la disparition de Jean Marie Benoît Bala, évêque de Bafia. « J’ai arrêté de travailler depuis mercredi », confie Micheal Enguene, moto-taximan à Ebebda. Dans ce bourg d’environ 29.000 âmes, adossé à la rive gauche de la Sanaga, à un peu plus d’un kilomètre du pont de l’axe Yaoundé-Bafoussam (nationale n°4) qui enjambe le fleuve, la plupart des personnes ont abandonné leurs activités pour suivre les opérations de recherche du prélat.

Des plongeurs du Corps national des sapeurs-pompiers et des nageurs de combat de la marine nationale sont déployés sur les berges du fleuve. Présents également, les autorités administratives et religieuses, et des éléments des forces de sécurité. Des pêcheurs locaux sont aussi mis à contribution. « C’est le maire (Syrinus Awono, Ndlr) qui nous a demandé d’aider les sapeurs-pompiers », rapporte Gabriel, un pêcheur originaire de la région du Nord.

Eaux troubles

Selon le pêcheur d’origine malienne, les opérations de recherche ont débuté dans l’après-midi du 31 mai, « au niveau de la huitième pile du pont. Parce que c’est à ce niveau que la voiture de l’évêque a été retrouvée ». Gabriel se rappelle, avec amusement, les réticences des plongeurs des forces de défense à entrer dans les eaux de la Sanaga. « Leur matériel ne leur sert pas à grand-chose ici, explique-t-il. Le courant est fort et la visibilité est quasiment nulle dans l’eau ». Il rapporte d’ailleurs cette scène : « A la demande du maire, nous sommes arrivés sur les bords du fleuve. Nous avons trouvé les plongeurs en train de préparer et d’enfiler leurs équipements. L’un d’eux a plongé et est ressorti tout de suite après. Je me suis alors déshabillé pour ne rester qu’avec un short, puis j’ai plongé à mon tour. Je lui ai alors demandé d’en faire autant, et de me suivre ». Ils seront dès lors près de 14 pêcheurs, maliens et ressortissants du grand Nord majoritairement – encouragés par Lassiné Traoré leur chef – à descendre à bord de pirogues dont certaines à moteur.

« Là où l’évêque a plongé, la profondeur est d’environ trois mètres », développe un autre pêcheur. Lorsqu’une personne tombe dans l’eau, le corps ne fait pas plus de 100 mètres après le décès. Il va par le fond d’abord. Cela dépend maintenant de la température. Lorsqu’il fait très chaud, le corps peut remonter après une journée seulement. Dans le cas contraire, il remonte après trois jours maximum. Mais pas avant, peu importe la force du courant », explique-t-il. C’est fort de ces expériences des eaux capricieuses de la Sanaga que les recherches vont être menées suivant le courant, d’abord à plus de 500 m du lieu estimé de la chute, puis au-delà. Le tout, en couvrant une surface circulaire. « Le fleuve fait 5 à 7 mètres de profondeur en fonction de notre progression. Le premier jour, nous avons fini à la tombée de la nuit ; le second jour, nous avons commencé à 6 h, jusqu’à 18h. Nous savions que de toutes les façons, nous allions le retrouver le troisième jour », affirme Ousmane, un pêcheur d’origine malienne.

Découverte fortuite

Un homme – un pêcheur – assiste sans y participer, aux opérations de recherche. Ali Aoudi Dienta, jeune malien de 27 ans, au Cameroun depuis 2015 et installé à Ebebda depuis deux ans, se trouve dans la foule de curieux massés hors du périmètre de sécurité. « Je les regardais juste », déclare-t-il, sans expliquer pourquoi il n’a pas prêté main forte.  Jeudi soir, le pêcheur d’origine malienne quitte le bord du fleuve en se disant qu’il faut qu’il reprenne ses activités de pêche. Il ira donc vendredi, dès deux heures du matin, comme il en a l’habitude. Ce fils d’une famille de pêcheurs maliens raconte que contrairement à ses camarades, lui il lance ses filets à Tsang, un village à un peu plus de 15 km au sud d’Ebebda, non loin de la frontière administrative avec l’arrondissement de Monatele. « J’y vais en moto, je gare au bord du fleuve et je prends ma pirogue », dit-il.

Après sept heures d’une pêche particulièrement infructueuse, et alors qu’il regagne la rive, Ali avise un corps qui descend le long du fleuve. Le corps flotte sur le ventre. «Un peu plus loin, il y a des chutes. S’il avait été emporté par ces chutes, il y aurait eu très peu de chance qu’on le retrouve», explique Ousmane. Ali va empoigner le corps par l’arrière du col et le hisser dans sa pirogue. Il avoue ne pas avoir vraiment regardé la dépouille, mais se souvient de quelques détails : une chemise à motifs, un pantalon de toile noir et des sandales. « Il avait une montre au bras qui fonctionnait encore », se rappelle-t-il néanmoins.

Le pêcheur d’origine malienne va dans un premier temps accoster sur l’un des îlots inhabités qui encombrent le lit mineur du fleuve, descendre le corps, l’attacher au pied d’un arbre, puis le recouvrir de feuillage. Ali reconnaît n’avoir pas su de qui il s’agissait, mais avait dans l’idée que c’est probablement la personne recherchée par le groupe en amont. « Où je l’ai vu, ils ne l’auraient sans doute jamais retrouvé, explique-t-il, parce que cette partie du fleuve est dangereuse, les chutes sont proches, et eux, ils étaient encore loin ».

Emotion

Il va ensuite regagner le bord et enfourcher sa moto. Il est un peu plus de 8h. «Ma moto est tombée en panne sur la route. J’ai d’abord marché, puis j’ai emprunté la moto d’un ami pour aller à la gendarmerie », explique-t-il. Mais c’est sur le site de recherche, sous le pont, qu’il va retrouver le commandant de brigade. Après quelques questions au pêcheur, l’équipe de recherche, guidée par Ali, va mettre le cap plein sud. Sur la rive, attendent le gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Bea et ses proches collaborateurs ; l’archevêque métropolitain de Yaoundé, Jean Mbarga, le visage grave ; le nonce apostolique, Piero Pioppo ; le maire d’Ebebda, les préfets des départements de la Lekié et du Mbam-et-Inoubou, ainsi que des prêtres et des religieuses inconsolables.

La dépouille de l’évêque est retrouvée et enveloppée dans un sac mortuaire noir, puis chargée dans une pirogue motorisée. De retour sur les berges, le corps est identifié, traité au formol, recouvert ensuite d’un drap blanc, puis embarqué dans une ambulance rouge du Corps national des sapeurs-pompiers. Direction, la morgue de l’hôpital général de Yaoundé.

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