Samedi, 21 Juillet 2018
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Le cirque des vœux

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Droit comme une sentinelle chinoise, le chef de l’Etat a serré la main aux membres du corps diplomatique et à ceux des corps constitués nationaux jeudi dernier au palais
de l’Unité.

Par Georges Alain Boyomo

En 35 ans de magistrature suprême, Paul Biya ne se lasse guère de ce rituel, sans doute important pour la convivialité républicaine, mais qui a fini par être submergé par des insolites. Au-delà de faire l’objet de marchandages divers, certains pontes du régime manœuvrant pour être intégrés dans des délégations ou pour être positionnés sur l’itinéraire du chef de l’Etat, la cérémonie de présentation des vœux, par sa solennité et le temps d’attente de l’instant fatidique – la poignée de main -, inhibe la sérénité de bien de personnalités. Va pour des chutes ou écroulements spectaculaires, parfois au nez et à la barbe du prince, qui, dans une indifférence monacale, poursuit l’exercice.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, en a eu pour son grade jeudi dernier.

Son insistance à expliquer on ne sait quoi au président de la République n’a eu d’égale que l’insensibilité de ce dernier, le tout agrémenté d’un sourire jouissif, qui n’a pas échappé au suivant immédiat du chancelier des ordres académiques, le débonnaire Luc Magloire Atangana, ministre du Commerce. La capture d’écran a fait le tour du
monde, questionnant une fois de plus ce qu’il est convenu d’appeler le « code Biya ».
En effet, dans un cas comme dans l’autre, le vainqueur de ces « faits divers », c’est toujours Paul Biya.

C’est bien lui qui tire les dividendes de ces gags au sein l’opinion publique. Depuis jeudi dernier par exemple, Fame Ndongo est mangé dans toutes les sauces sur les réseaux sociaux, qui aurait essuyé le châtiment inaugural sur le dossier des ordinateurs PB HEV. Et d’aucuns d’entrevoir en pointillés son avenir au sein du gouvernement. Personne ne se pose la question de savoir si danscette histoire d’ordinateurs qui n’a pas fini de révéler ses secrets, le patron de l’Enseignement su-
périeur a agi de son propre chef ou sur ordre de la présidence de la République.

A-t-il été induit en erreur (si dysfonctionnement il y a dans le processus) ou est-il la cible du jeu de massacres qui précède généralement les remaniements ministériels ? En tout état de cause, le système, lorsqu’il est pris dans un engrenage supposé ou réel, aura toujours besoin d’un fusible, d’une victime expiatoire… Ajouté aux dévotions, contorsions, salamalecs, le désamour affiché par le chef de l’Etat vis-à-vis de certains collaborateurs au cours du rituel des vœux est significatif de ce que Paul Biya tient à rester sur un piédestal, à se distinguer de la mêlée, mais surtout à n’assumer que les succès de l’équipe gouvernementale. A chaque épisode controversé de l’histoire du Cameroun, un bouc-émissaire doit être servi à la vindicte populaire, pour la gloire du chef.

D’évidence, il ne s’agit pas ici de déresponsabiliser tous ces ministres ou directeurs généraux qui ne respectent pas toujours les directives données par la hiérarchie, par zèle ou ambition personnelle. Il n’est pas question de dédouaner ces Brutus qui prennent des libertés avec l’éthique républicaine. De la Rome antique, nous avons hérité de l’expression « du pain et des jeux », qui révèle la tendance des empereurs romains à distribuer du pain et à organiser des jeux pour s’attirer la bienveillance de la population. Il n’est pas exclu que les péripéties autour des vœux s’inscrivent dans un cirque pour distraire le peuple.

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