Lundi, 27 Janvier 2020
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Le Cameroun tribal:Un assassinat prémédité

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Par William Bayiha*

La mort du poste de délégué du gouvernement nommé était souhaitée dès les premiers jours du retour du multipartisme au Cameroun. Mais la loi sur la décentralisation qui réhabilite les postes de maires élus dans les grandes villes porte en elle des germes d’un fléau plus dangereux pour notre pays : l’éclatement communautaire.
La notion d’autochtone au Cameroun est une hérésie, de la nitroglycérine. Je le dis d’entrée de jeu. Le gouvernement a eu tort d’y céder dans le fond puisqu’il ne s’agit ni plus, ni moins que de tribalisme officialisé et d’une fuite en avant qui laisse la porte ouverte aux guerres fratricides. Mais aurait-il pu faire autrement ?

Le Nord-ouest et le Sud-ouest sont à feu et à sang depuis plus de trois ans. Il est revendiqué, fusil à la main, que les postes de responsabilité sur place reviennent aux Anglophones. Dans un premier temps, les observateurs de bonne volonté ont pu comprendre que les populations de ces régions ont le droit d’avoir la justice par exemple dans la langue qu’elles pratiquent le mieux. C’était avant que les menaces et les enlèvements de fonctionnaires étiquetés francophones, c’est-à-dire non-originaires de ces régions ne se généralisent.

Il est alors devenu évident que l’anglophonie revendiquée n’est pas celle technique du locuteur de l’anglais. Mais elle est ethnique ; elle ne concerne strictement que les personnes originaires du Nord-Ouest ou Sud-Ouest. Avec le non-dit que les citoyens mêmes de l’une de ces deux régions ne sont pas interchangeables dans les nominations. Né à Buea, responsable à Buea. Né à Bamenda, responsable à Bamenda. La cloison communautaire est étanche.

C’est là, à mon avis, le plus grand péril.

Le pire sans doute est que, au nom de l’opposition à l’administration de Paul Biya, une partie de la classe politique applaudit cet état d’esprit. Quand Patrice Nganang, écrivain, tribun et propagandiste parle d’une guerre alimentée par les Bulu, qu’il appelle à un génocide Bulu et prône un État grassfield sur les réseaux sociaux, on s’en fait complice en gardant le silence. Or, le silence dans ces circonstances est une neutralité opaque et coupable.

Au moins, suscite-t-il la réflexion, encore tiède, mais toute aussi définitive et au moins aussi dangereuse d’un Dieudonné Essomba, économiste et idéologue, qui en appelle à la balkanisation tribale du Cameroun par le truchement d’un fédéralisme ethnique.

Un ton en dessous, Cabral Libii parle de fédéralisme régional. Bien qu’il ne défende pas ouvertement une ethnie, je ne pense pas que cette proposition soit dans le sens de l’histoire !

Parce que derrière le mur d’enceinte des considérations anthropologiques flatteuses, se cachent le cataclysme des particularismes en cours en Éthiopie et la folie du Biafra d’il y a 50 ans. À chaque fois, ce sont nos populations africaines qui vont remplir les cimetières et les fosses communes.

Certains politiques, médias, intellectuels, activistes, envient déjà, à longueur de débats télévisés, le courage trompeur des sécessionnistes, leur violence et le sang et la guerre. La démocratie, pensent-ils est l’expression de la force de chaque région, chaque ethnie, chaque famille, chaque citoyen dans sa stricte individualité. C’est faux. C’est de l’anarchie !

Il s’agit là d’une immaturité politique impardonnable.

À présent, voici l’impasse. Chacun chez soi. Le Cameroun que souhaitent ceux qui ont le pouvoir de dire se présente divisé à nos yeux, fractionné. Les idéaux de l’unité nationale remis en cause, secoués, violés volent en éclats.

Mettons notre pays en perspective sans patriotisme exagéré. Le Cameroun est un ensemble africain, multiethnique, multiculturel unique, incroyable. Cela a toujours été sa force et c’est aussi là son principal défi. Nous sommes une matrice pour tout un continent et nous n’avons pas le droit d’échouer.

Aussi la responsabilité de l’effondrement auquel nous nous apprêtons à assister revient-il en priorité à ceux qui ont pris des armes pour revendiquer, non pas une plus grande jouissance de nos efforts collectifs, non pas une meilleure intégration dans l’ensemble de la Nation que nous construisons, mais le retour fantasmé à des cultures et à des civilisations étrangères, pire coloniales.

Encore que la faiblesse de cet argumentaire accable les leaders sécessionnistes. Leur agenda ressemble à celui des diables, puissances armées, qui prônent l’« instabilité constructive » contre notre maison commune, notre histoire et contre notre continent.

Depuis trois ans, le débat tribal a littéralement explosé. La dernière présidentielle et les grilles de lecture ouvertement tribales de Maurice Kamto devant le Conseil constitutionnel, au nom du contentieux électoral, ont davantage fait vaciller l’édifice. Et puis les condamnations de la barbarie sécessionniste et de la duplicité fédéralisante sont toujours attendues.

Pendant longtemps, il a été demandé qu’une chance soit donnée au dialogue. Un dialogue s’est tenu, en l’absence des plus téméraires d’entre nous. Ceux qui ont participé à la rencontre au Palais des congrès ont plébiscité l’urgence de la déconcentration de l’État. Mais la mire de ces discussions étaient déjà mal réglée du fait de cette menace sécessionniste aux relents tribaux certains. Il a été acté que les régions anglophones doivent revenir exclusivement aux Anglophones, si ce n’est pas par une proclamation d’indépendance pure et simple, au moins par la fédération ou par des statuts spéciaux.

Mes ancêtres Bassa’a prétendaient que, dans une basse-cour, ce qui vaut pour les coqs et les poules, vaut également pour les canards et les cannes. Et la sociologie politique complète que « Gouverner, c’est prévoir ». Si Paul Biya valide la « responsabilité autochtone » – lisez responsabilité ethnique/tribale) – au NoSo sur quelles bases la rejetterait-il dans les autres huit régions du Cameroun ? Et puisque chacun est fier de revendiquer sa culture, au point de ne pas se soucier d’en construire une nouvelle où il se trouve, de quoi se plaint-on ? Et les implications économiques, un Claude Simo Njonou pourrait-il encore diriger la Société nationale de raffinage (Sonara) à Limbe ou un Talba Malla ou encore un Charles Metouck ?

Opposition, pouvoir, société civile, médias… Nous aurons le Cameroun et l’Afrique que nous méritons. Sera-ce des ensembles échafaudés sur des instincts primaires, tribaux, grégaires ou des Nations bâties sur le socle de l’intelligence ? Si la réponse est contenue dans la nouvelle loi sur la décentralisation, nous avons toutes les raisons d’entendre monter, toujours plus fort, du tréfonds des chutes où furent jetés les héros de notre réunification, de notre union et de notre indépendance, des complaintes et des cris de terreur autrement plus lancinants que ceux qui ont précédé leur propre supplice : « Seigneur, ils ont assassiné le Cameroun ! »

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