Samedi, 15 December 2018
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L’Afrique entre miracle et mirage

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Si l’envie vous prend d’évoquer le Botswana dans une conversation avec un Camerounais au chauvinisme à fleur de peau, comme on en rencontre encore par milliers, celui-ci en parlera certainement avec la condescendance que mérite, à son sens, ce « petit Etat » devant le « grand Cameroun ».

Par Georges Alain Boyomo

De fait, bien qu’elle soit aussi grande que la France (581 726 km2), cette République d’Afrique australe est moins peuplée que la ville de Douala. 2,2 millions d’habitants contre un peu plus de 3 millions pour la capitale économique camerounaise.
Mais, se limiter à ce prisme pour cataloguer le Botswana serait réducteur. Et la dernière actualité politique dans ce pays limitrophe de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe en dit long. Hier 1er avril, cet Etat a vécu une transition exemplaire à son sommet. Après la démission de Ian Khama, au pouvoir depuis 2008, Mokgweetsi Masisi a pris les rênes.

La Constitution du Botswana limite la durée du pouvoir présidentiel à deux mandats de cinq ans. Agé de 65 ans, Ian Khama a non seulement tenu à respecter cette disposition constitutionnelle, mais il a fait plus en se retirant 18 mois avant la fin de son mandat. Avant lui, Festus Mogae avait lui aussi démissionné, après 10 ans de pouvoir. « J’étais un soldat, je n’avais aucun intérêt à entrer en politique et j’ai plein de projets pour l’avenir, très loin de la vie politique », a indiqué Ian Khama à ses partisans, au cours de sa tournée d’adieux.

Le Botswana n’est pas seulement le « miracle africain » sur le plan démocratique. C’est le meilleur élève du continent en matière de lutte contre la corruption. 3e producteur mondial de diamants, ce pays est également dans le peloton de tête des classements internationaux sur le climat des affaires, dont le célèbre Doing Business. Sa dette intérieure et extérieure est faible et les réserves de change importantes.

Le tableau n’est pas totalement reluisant au Botswana. Loin s’en faut. En matière d’accès aux services de proximité tels que l’eau et l’électricité, le « pays des Tswanas », du nom de l’ethnie principale, a encore ses classes à faire. Les jeunes botswanais sont encore en butte au chômage et au moins 22% de la population adulte est séropositive.
Cela dit, sur de nombreux indicateurs, dont ceux cités plus haut, le Botswana est la preuve qu’il ne faut pas désespérer de l’Afrique, précisément l’Afrique subsaharienne. L’exemple botswanais doit inspirer d’autres Etats africains.

Dans un discours prononcé au Ghana en 2009, l’ex-président des Etats-Unis Barack Obama déclarait que « chaque nation façonne la démocratie à sa manière, [mais] les gouvernements qui gouvernent par le consentement et non par la coercition sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas ».

Si ce postulat semble s’écrouler à l’analyse des expériences de la Chine de Xi Jinping ou de la Russie de Vladimir Poutine (élu en 2008 et fraîchement reconduit pour un mandat de six ans), il se vérifie, à défaut d’être simplement un dilemme pour nombre d’Etats africains. Ici, le peuple fait mine de se contenter de la stabilité à défaut de la démocratie et la prospérité promises. Mais jusqu’où tiendra ce qui passe pour un chantage à la paix ou pour le mirage de la stabilité ? Faute de clairvoyance, la forteresse alléguée d’aujourd’hui peut se transformer demain en château de cartes.

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